Le voile démystifié, Leïla Babès, Bayard, 2004 (14,20 €)

Publié le 27 octobre 2007 - par - 675 vues
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Dans Le voile démystifié, Leïla Babès abordait en 2004 un sujet qui reste d’actualité : l’instrumentalisation de la religion, en l’occurrence l’islam.

Cette professeure de sociologie des religions affirme que, contrairement aux déclarations des responsables d’organisations islamiques comme l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) ou des représentants du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), le voile n’est ni une prescription religieuse ni une pratique religieuse.

Elle souligne que le voile est devenu l’emblème de la communauté islamique et qui touche à ce symbole touche au plus profond de la foi des musulmans et porte atteinte à leur honneur, alors que le voile n’a rien de religieux.

Dans le Coran un seul et unique verset (XXXIII, 53) fait allusion au hijâb en tant qu’ « habit » réservé aux femmes.

Leïla Babès rappelle qu’ ‘Umar, l’un des compagnons du Prophète, aurait conseillé à ce dernier de voiler ses épouses pour les protéger de la convoitise d’hommes sans éducation, notamment lorsqu’elles sortaient la nuit pour satisfaire leurs besoins naturels, risquant d’être épiées et agressées.

On dit que c’est ‘Umar l’inventeur du voile, qu’il aurait même été l’inspirateur de certains versets, notamment celui cité plus haut, et qu’il était très dur à l’égard des femmes.

Un autre verset (XXXIII, 59) fait allusion au jilbâb, vêtement qui existait mais n’était pas toujours porté.

La prescription avait pour but de donner aux « femmes des croyants » un signe distinctif, indiquant leur appartenance au clan et les distinguant des prostituées et des esclaves.

D’après l’auteure ces deux prescriptions, qui n’ont rien de religieux, rappellent tout simplement que les femmes devaient à la fois obéir aux normes dictées par les hommes et se protéger des convoitises et des obsessions sexuelles de ces derniers.

Les cheveux, le corps et la voix de la femme sont considérés comme obscènes. « La voix est un attribut de pouvoir et une femme réduite au silence est une femme mise sous tutelle, neutralisée ». On comprend pourquoi les salafistes préconisent le port du niquâb, qui couvre complètement la femme, l’empêche de parler et la prive de son identité.

Au contraire des salafistes/wahhabites, les Frères Musulmans prescrivent le hijâb (qui ne couvre ni le visage ni les mains). En revanche ils intedisent parfum, maquillage et bijoux, symboles de beauté et séduction.

D’après Leïla Babès le voile est devenu le symbole fort d’une communauté qui se croit homogène et pure et qui se sent menacée par la « perversion occidentale ».

Le voile, qui relève du registre de la morale sexuelle et des coutumes patriarcales, est sacralisé et devient principe de foi.

Aucun théologien musulman avant le 20è siècle n’a affirmé que le port du voile était nécessaire pour déterminer l’islamité d’une femme. En portant le voile, la femme musulmane ne prouve pas son adoration de Dieu, mais plutôt sa soumission à l’homme et aux normes de sa communauté.

Pour Leïla Babès les (jeunes) femmes qui manifestent, revendiquent le droit d’être voilées et se disent féministes ne réclament absolument pas de changement dans leur statut de musulmanes. Elles ne souhaitent pas faire de nouvelle lecture des textes religieux, elles ne demandent pas le droit à diriger la prière, à être des mufties autorisées à délivrer des fatwas (des avis juridiques), elles n’exigent pas pour les femmes des pays islamiques la fin des discriminations en matière d’héritage et de témoignage, de la polygamie, de la lapidation des femmes, de l’exclusion de l’exercice du pouvoir politique.

L’auteure affirme que les jeunes filles qui croient qu’en portant le voile elles obéissent à une obligation canonique sont victimes d’une gigantesque supercherie. En effet il n’y a pas dans l’islam des obligations religieuses pour les hommes et d’autres pour les femmes.
Celles qui affirment que c’est un choix fait en toute liberté se contredisent car elles déclarent se soumettre à une obligation canonique.

En réalité elles subissent la pression exercée par la prédication.

Le voile renvoie à un ensemble d’interdits : non-mixité, horaires séparés dans les piscines, refus des cours d’éducation physique, contestation de certains programmes scolaires, etc.

Leïla Babès s’indigne en pensant à tous les musulmans qui se disent outragés par la loi du 15 mars 2004 et qui restent indifférents face au sort des femmes et des fillettes Afghanes et des victimes de la lapidation.

Elle conclut en s’adressant aux politiques qui, en refusant de heurter la sensibilité des musulmans pour éviter de les « stigmatiser », mettent en péril l’égalité des sexes aux pays des droits de l’Homme.

Rosa Valentini

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