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L’échec de l’humanisme post-soixante-huitard

Nous avons sans doute tous reçu une éducation similaire à quelques détails près. Mes parents m’ont recommandé de bien me comporter, de ne pas chercher la bagarre, de bien travailler à l’école. Nous avons globalement suivi cette voie. Nous avons constaté à un moment que cette éducation était insuffisante et faisait de nous des Bisounours, des proies idéales du Mal.

Après le passage de mai 68, les apprentis voyous furent traités de façon plus indulgente que nous car considérés comme à plaindre. Ce fut flagrant pour moi lors d’un camp d’été adolescent où je vis que les moniteurs étaient impitoyables avec Isabelle la chapardeuse et beaucoup plus coulants avec les jeunes issus de l’immigration (pas de vague, peur de passer pour raciste déjà). J’avais retenu la leçon du camp précédent et ne venait avec rien de précieux, pas de cassette, peu d’argent.

J’ai constaté aussi que les voyous en devenir comprenaient très rapidement que le rapport de force psychologique était en leur faveur. Il se sentaient en terrain conquis et savaient qu’ils passeraient trois semaines tranquilles, à condition tout de même de ne pas aller trop loin. Je tiens à dire que personnellement je n’ai pas rencontré  de problèmes car ils avaient compris à qui ils avaient affaire (ne jamais sous-estimer l’intelligence du délinquant qui sait mesurer la peur de son vis-à-vis) et ils m’avaient plutôt à la bonne. Je tiens aussi à préciser néanmoins qu’il n’y a pas eu, lors de ce camp, d’incidents majeurs (bagarres, agressions sexuelles) à part des vols fréquents. C’était, je pense, le principal but de nos moniteurs, pouvoir présenter un bilan honorable à nos parents.

J’étais adolescent et ne l’ai pas analysé de façon aussi précise à l’époque mais notre société était déjà soumise. L’humanisme moderne s’avérait un boulevard à l’incivilité.

Alors voilà ce que je vous recommande de dire à votre enfant quand il va à l’école la première fois : dites-lui de ne pas chercher la bagarre mais surtout de ne jamais se laisser faire quitte à frapper le premier, que même s’il perd la bagarre l’autre aura retenu la leçon, ce gars-là, on ne l’aura pas. Et tant pis pour l’humanisme chrétien ou pas.

Platon du Vercors