L’école : vive la médiocrité pour tous !

«L’école est un droit, les vacances aussi » titre une fiche pédagogique du site « Milan -écoles ».Ne pas pouvoir partir en vacances, c’est une privation, c’est une injustice. Enfants et adolescents doivent en prendre conscience.

Injuste également de sanctionner les fautes à l’école. Mais ça, ils le savaient déjà quand, vexés pour une mauvaise note, ils frappent leur prof.

C’est peut-être alors pour éviter des coups aux professeurs que Benoît Hamon souhaite instaurer – généraliser serait plus approprié puisque déjà expérimenté – un nouveau barème de notation basé sur la récompense et jeter aux orties la sanction jugée dévalorisante. L’enseignant ne comptera plus désormais que les mots bien orthographiés. Autrement dit, les mots correctement écrits qui ne feront pas partie de la nouvelle grille d’évaluation et que l’on suppute – par mauvais esprit, sans doute – les plus difficiles, compteront pour du beurre. Mais l’essentiel est de rétablir la justice : ne pas récompenser les petits veinards…ou les plus travailleurs. C’est la médiocrité pour tous !

Le système d’antan – avec ses excès, c’est entendu – mais qui fit cependant ses preuves auprès de millions d’écoliers depuis plusieurs siècles – est donc jugé comme une « évaluation descendante » et « décourageante » par le ministère de l’Education Nationale, parce qu’ « il ne permet pas de cerner quelles sont ses difficultés orthographiques et quels remèdes y apporter. » Ah bon ?

Les maîtres du XXIème siècle ne seraient donc plus aptes à faire progresser leurs élèves ? Leur apprendre les règles de conjugaison et de grammaire ? Les élèves d’aujourd’hui seraient-ils alors plus bêtes que ceux d’hier ? 

C’est sûr, bien moins risqué est de troquer l’instruction pour celle, plus noble, de l’éducation. De la maternelle au baccalauréat, l’Education Nationale s’est investie notamment de la double mission d’éduquer les élèves à la santé et à leur suivi. Quelques exemples :

Hygiène de vie (se laver les mains au savon plusieurs par jour pendant 30 secondes, utiliser un mouchoir jetable et le mettre à la poubelle juste après…)  C’est autrement plus « citoyen » d’apprendre à éviter de contaminer les autres que les règles de l’accord des participes passés. Serait-ce, à terme,  d’éradiquer les rhumes de cerveau et les angines ? 

  • Education nutritionnelle (apprendre à bien se nourrir, formation du goût…). Il faut  remédier à la mal-bouffe  généralisée. Est-ce le rôle de l’école ?
  • Prévention du surpoids et obésité (fontaines d’eau réfrigérée dans les établissements)
  • N’est-ce pas le rôle des familles et du médecin ?
  • Education sexuelle (apprentissage d’un comportement responsable). Apprendre à enfiler un préservatif : un geste citoyen, lui aussi ? Est-ce le rôle de l’école ?
  • Prévention du mal-être (mises en place de « dispositifs-contacts ») Là, on ne comprend plus bien : les bonnes notes pour tous rendraient donc dépressif ?
     
  • http://www.education.gouv.fr/cid50297/la-sante-des-eleves.html

Lourdes tâches, en effet, comparées au problème des notes, qui, selon le Ministère, hiérarchisent les élèves entre eux et permettent aux enseignants de les classer. Mieux vaut l’égalitarisme qui pénalise tous les élèves plutôt que l’égalité qui permet à chacun d’entre eux de s’élever. Bonnes ou mauvaises, les notes, c’est injuste !

Les vieilles lunes des pédagogistes ont décidément la vie longue et continuent de mener la vie dure à ceux qui les subissent. D’autant plus que ce mode d’évaluation qualifiée de façon perverse de « positive »   – et déjà à l’oeuvre – ne donne même pas les succès escomptés, selon les enseignants interrogés. En plus !

Une étude a mis en lumière les résultats d’une dictée qui a été soumise à des élèves de CM2 en 1987 et en 2007. Les premiers avaient commis 10,7 fautes tandis que ceux de la génération actuelle ont réalisé 14,7 erreurs. Le pourcentage d’enfants dépassant les 15 fautes était d’un sur quatre en 1987 mais il était passé à près d’un sur deux vingt ans plus tard.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1188042-dictee-ce-ne-sont-pas-les-notes-qui-sont-traumatisantes-mais-l-ecole-elle-meme.html

Effort, exigence, rigueur sont ainsi, par ce barème d’évaluation, définitivement mis au rebut.

L’école bienveillante de monsieur Peillon est devenue LE laboratoire à décerveler. Le droit des enfants à l’instruction a cédé la place à des méthodes visant l’incapacité de penser, de réfléchir et…de critiquer.

L’école bienveillante de monsieur Peillon et de monsieur Hamon est le lieu où 10% des élèves sont chaque année victime de harcèlement.

L’école bienveillante du XXIème siècle est le lieu où des gamins et des gamines se suicident parce qu’ils n’en peuvent plus d’être maltraités par d’autres petits barbares.

L’école de monsieur Hamon est le lieu où les enseignants sont interdits de professer. C’est le lieu où ils sont insultés, frappés, poignardés.

Mais si c’était précisément le refus d’instruction qui engendrait la violence chez des élèves qui, pour nombre d’entre eux, sentent bien qu’on les prend pour des imbéciles ?

L’école serait un droit…mais pas l’instruction ?

La vérité, c’est que les échecs constatés et hypocritement dénoncés correspondent au but recherché.

Caroline Corbières

 

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