Leçons du débat halal : l’extrême droite se laïcise, la gauche se cléricalise !

Publié le 27 février 2012 - par - 660 vues
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Avec le débat autour de la viande de boucherie « halal », on assiste à une reconfiguration idéologique surprenante et inédite de la vie politique française.     

En effet, les partisans de EELV, dont c’est pourtant la vocation que de s’opposer à la souffrance animale, restent cois sur le sujet et sont tétanisés à l’idée d’être suspects d’islamophobie. A croire que les « Verts » ont  abjuré le sens écologique original de leur couleur de prédilection pour adopter un « vert » au symbolisme uniquement religieux, tant leur soumission aux revendications identitaires et alimentaires musulmanes se vérifie chaque jour davantage. Le temps n’est plus si loin où on pourrait entendre les porte-paroles du mouvement écologiste faire la promotion de l’abattage rituel aux dépens de l’étourdissement, dans le souci d’économiser l’électricité et donc de ralentir le réchauffement climatique. Éva Joly vantant l’égorgement « biohalal » pour préserver la couche d’ozone, cela vaudrait son pesant de reniement…

Quant au PS, arc-bouté sur sa stratégie d’attirer à tout prix le vote musulman aux présidentielles, il en oublie la défense de la laïcité, qui fut pourtant une des valeurs fondatrices de la gauche. Après avoir promis le droit de vote aux étrangers, les socialistes poursuivent leur racolage politique en se refusant à condamner (même moralement) la cruauté inouïe de l’abattage rituel. « Paris vaut bien une messe! » s’exclamait Henri IV, avant d’être sacré roi de France et d’instaurer la tolérance religieuse par l’Edit de Nantes ; « L’Élysée vaut bien des sacrifices » pourrait y ajouter François Hollande, après avoir été élu Président de la République et restauré l’intolérance religieuse en cautionnant l’abattage rituel…

L’UMP, pour sa part, se retrouve bien embarrassée puisque c’est sous la présidence de Sarkozy, avec le ministre de l’intérieur Guéant (responsable des cultes), que cet abattage rituel a pris un essor sans précédent. Concrètement, le parti majoritaire a laissé des préceptes religieux  contaminer tout un pan de l’économie, au mépris des valeurs laïques et en occultant soigneusement l’insoutenable agonie des animaux de boucherie. On appréciera à cet égard le double langage de Claude Guéant qui, d’un côté fait semblant de dénoncer les dérives de l’intégrisme islamiste, tandis que de l’autre il lui accorde des concessions jamais vues jusque là. Face aux revendications islamistes, la droite est devenue schizophrène: laïque dans ses déclarations d’intentions, munichoise dans ses actes. Sarkozy devant le fondamentalisme musulman, c’est Daladier devant Hitler…

C’est paradoxalement le FN, comptant pourtant encore un certain nombre de chasseurs et d’intégristes catholiques parmi ses sympathisants, qui prend à son compte la défense des animaux et de la laïcité en dénonçant l’abattage « halal »; tandis que les Verts et la gauche sacrifient (c’est le cas de le dire…) leurs convictions écologistes, humanistes et laïques au profit d’un antiracisme dévoyé qui est devenu le Cheval de Troie de l’intégrisme islamiste. En clair, on assiste à un total bouleversement des valeurs politiques traditionnelles : l’extrême-droite, autrefois très liée au catholicisme conservateur, se laïcise et semble monopoliser la défense des valeurs républicaines ; alors que la gauche, autrefois farouchement anticléricale, se désécularise au profit exclusif de l’islam le plus réactionnaire. A terme, on risquerait d’en arriver à une Marine Le Pen se réclamant de Jules Ferry et de Jean Jaurès, tandis que les ténors de la gauche chercheraient leur inspiration chez Tarik Ramadan et Mahmoud Ahmadinejad. A quelques semaines de l’élection présidentielle, cette confusion des genres et cette redistribution des valeurs risquent de décontenancer de nombreux citoyens et d’engendrer bien des surprises lors du scrutin. Quoi qu’il en soit, l’avenir nous dira si, de la part de la droite et de la gauche institutionnelles, c’était un bon calcul, une lâcheté ou une trahison que d’abandonner la défense des principes républicains au seul FN.

L’égorgement « halal » des animaux de boucherie est une pratique barbare datant du Moyen Age: nous sommes au XXIème siècle et la République se laisse imposer des coutumes et des croyances archaïques qui instituent ce qu’il faut bien appeler la torture animale. Par ailleurs, pour les citoyens athées ou chrétiens, le fait de consommer sans le savoir de la viande halal peut s’interpréter comme un prosélytisme souterrain, et constitue par conséquent une grave entorse au principe de laïcité. Imagine-t-on le tollé médiatique si on faisait manger du cochon, à leur insu, à des musulmans pratiquants?

Les sacrifices rituels doivent cesser, ou bien de prétendus descendants des Mayas et Aztèques pourraient bientôt exiger une dérogation afin de pratiquer des sacrifices humains au nom de leur foi; sans compter les raéliens qui en feraient de même pour obtenir le droit de cuire vivants des adeptes de la secte, avant de les donner à manger aux extra-terrestres!

La loi, conformément à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (reprise dans la Constitution de 1958) doit être la même pour tous, et les dérogations en matière d’abattage des animaux de boucherie n’ont pas lieu d’être. Les animaux de boucherie devraient tous être étourdis de la manière la moins douloureuse et la moins cruelle possible avant d’être tués. Torturer un malheureux bœuf, un mouton ou une volaille avant de les consommer ne rend pas leur viande meilleure ou plus tendre! Quant à dieu, s’il existe, en tant que créateur de l’univers, il a certainement autre chose à faire que de donner des recettes de cuisine et de jouer à « Masterchef ».

Enfin, il est indécent et obscène, alors que selon la FAO un enfant meurt de faim toutes les 6 secondes dans les pays en voie de développement, de tolérer, dans un pays dit « riche », le diktat de grotesques superstitions alimentaires. Si certains fanatiques religieux n’apprécient pas la saveur de la viande obtenue en abattant le bétail dans des conditions dignes, qu’ils deviennent végétariens et donnent leur part aux populations du Tiers-Monde souffrant de la famine: leur dieu leur accordera sans doute le paradis en récompense de cette bonne action.

Marc Nièvre

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