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L’écriture inclusive pour mieux assassiner la langue française

 

Oui bien sûr il est urgent d’en finir avec les inégalités hommes-femmes et pour faire bonne mesure, il faut tout féminiser. Comment se fait-il qu’on n’y ait pas pensé plus tôt ?…

Quand j’étais petite, je voulais devenir charpentière ou élagueuse, ou encore coureuse automobile, ou chauffeuse routière. Comme à toutes les petites filles, nécessairement brimées nous dit-on, le métier de pompière apparaissait le must.

Les noms de métiers deviendront interchangeables : homme de ménage, chrirurgienne, c’est très distingué. Dockeuse, pour une femme, ce n’est pas mal non plus, ça rappelle le « vététeurs, vététeuses » d’Arlette, qui avait fait rire toute la France.

Il faut reconnaître que féminiser ces noms de métiers, c’était une urgence. Une préfète ne peut sûrement pas se faire virer comme une malpropre, comme dernièrement le préfet de Lyon. Raquel Garrido, étant avocate, arrive à nous raconter des salades sur ses revenus non déclarés et à se maintenir dans son HLM malgré un salaire qui donne le vertige. Un avocat ordinaire, fut-il maître Dupont-Moretti, n’y arriverait pas.

Mais là où la réflexion atteint des sommets, c’est dans la nouvelle manière de l’écrire. Il fallait songer à inventer le point médian, qui change tout. L’idée géniale d’ écrire artisan.e.es ça vous a de la gueule. Et Agriculteur.rice.s, il fallait y penser. Non ? On se demande si le jeu de scrabble va y survivre. Combien de points pour emberlificoté.e.s ? Et les mots croisés, si agréables pour faire passer le temps ?

Pour ceux à qui ce nouveau système donne mal à la tête, rassurez-vous, c’est fait exprès pour vous donner mal à la tête à vous, futurs soumis. Mais vous trouverez toutes les explications dans ce lien :

https://www.franceinter.fr/societe/une-nouvelle-facon-d-ecrire-pour-en-finir-avec-les-inegalites-femmes-hommes

Il faudra donc obéir à ce schéma : racine du nom (invariable) + point médian + suffixe masculin + point médian + suffixe féminin + point médian + s.

Vous avez compris ? C’est clair, non ? « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément », comme disait le regretté Boileau (Art Poétique, Chants 1).

Ce qui est bien avec cette nouvelle novlangue, c’est que le langage écrit va de plus en plus ressembler à des SMS. Après tout, toute notre vie n’est plus qu’un immense SMS. Slt, tvb ? M jvb, OQP, G la N de boC, al1di. (1)

La langue écrite n’aura plus aucune élégance. A force de points médians, les discours sur l’égalité seront trop longs. Et comment écrire en alexandrins ? La rime riche sera de plus en plus délicate. Ne parlons pas de l’hémistiche. Les écrivain.vaine.s professionnel.le.s ou amateur.teuse.s n’auront plus qu’à pointer à pôle emploi si ça existe toujours.

Littéralement assommé.e.s par ces règles, on aura également beaucoup de mal à lire, surtout à haute voix, mais comme on ne lit plus, ce n’est pas grave du tout. Ce sera donc très facile pour les bonnets d’ânes… qui absolument dégoûtés n’apprendront plus rien du tout.

Autre question, comment se fera l’accord ? Il se fera par la proximité. Il n’y aura plus prédominance du masculin. Par exemple on écrira : « les maires et les mairesses sont occupées ». Bernard Pivot et ses dictées seront abandonnées (sic). (A la personne chargée à RL de la correction des textes : ceci n’est plus une faute d’orthographe).

En recourant au E pour féminiser les mots, Act Up, officine LGBTQIA etc, a pu écrire cet effarant barbarisme : « sans-papiErEs expulséEs » : pour le croire, il faut lire ceci :
https://blogs.mediapart.fr/merome-jardin/blog/011017/enthoven-ecriture-inclusive-et-faconnage-des-consciences

Parce que pour Act Up, il faut en plus mettre un e majuscule pour tout ce qui est féminin. Même au milieu d’un mot. On leur doit le glorieux mot « sanspapière » pour indiquer les femmes qui séjournent illégalement sur notre territoire.

En arriver à déformer la langue pour encourager prise de conscience et débat, cela prouve bien que quand l’idéologie prend le dessus pour laver les cerveaux, Big Brother est là. On risque de perdre et le combat, et la langue, et la liberté. On dira de ceux qui ont inventé l’écriture inclusive ce que Chrysale dit de Trissotin :
« Tous les propos qu’il tient sont des billevesées
on cherche ce qu’il a dit après qu’il a parlé
Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé. »
(Molière, Les femmes savantes, acte II scène 7)

On passera beaucoup de temps à mettre les points médians et on n’aura plus le temps de descendre dans la rue manifester pour la grammaire pour tous.

Comme cela on sera davantage soumis et la liberté d’expression davantage encadrée, si ce n’est supprimée. D’ailleurs on sera trop occupé.e.s à placer les points médians pour penser encore à utiliser la liberté d’expression. Toute pensée subversive sera interdite. Ce sera tout bénéfice pour nos censeurs et censeuses.

La langue c’est l’identité. Au moment où on va nous coller de la langue arabe à tous les étages comme le gaz de ville, crions bien fort : touche pas à ma langue ! Le français est menacé.

Le point médian en overdose va donner des points de côté à beaucoup. Il faudra donc lui mettre un définitif point à la ligne. Un point c’est tout.

Sophie Durand

(1) salut tu vas bien ? Moi je vais bien, je suis occupé, je déteste travailler, à lundi.