L’Egypte en route vers la dictature suprême des Frères Musulmans

Publié le 20 août 2012 - par - 1 547 vues

Après les visites remarquées au Caire d’Hillary Clinton puis de Leon Panetta venus présenter l’allégeance du gouvernement d’Obama au président égyptien Morsi, un autre visiteur de marque est apparu dans le ciel de l’Égypte pour déposer dans une banque un chèque de 2 milliards de dollars pour les menus frais des Frères Musulmans promus récemment futurs « sauveurs » de l’Égypte. Vous l’avez deviné, il s’agit du prince du Qatar en personne. Comment ne pas faire le rapprochement entre ces visites, le massacre de 16 garde-frontières égyptiens dans le Sinaï et le dernier « coup d’état » de la présidence contre la tête de l’armée égyptienne ? Comment ne pas voir que l’Égypte passe de Charybde en Scylla, d’une dictature militaire à une dictature théocratique ?

   Logo des Frères Musulmans

Le Coran, deux glaives et le premier mot du verset coranique

(Le butin, al-Anfal 8-60) :

« Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force »

Le vert est la couleur de l’islam

On avance que le coup contre l’armée dans le Sinaï a été manigancé par les Frères Musulmans en collusion avec les groupuscules d’al-Qaeda implantés dans ce désert et qui agissaient en sous-traitants. On a voulu démontrer ainsi l’incapacité de l’armée à protéger le pays et prouver la nécessité d’un changement à la tête de cette armée. Il fallait un prétexte pour avoir de l’audace politique, eh bien, ce prétexte a été programmé et exécuté le moment venu. Depuis sa fondation en 1928, l’histoire des Frères Musulmans est jalonnée d’assassinats et de trahisons. Par exemple, en 1967, pendant la Guerre des six jours contre Israël, ils avaient souhaité la victoire de l’ennemi pour montrer l’échec du socialisme arabe sous Nasser. L’affaire récente du Sinaï est de la même eau …

Donc, usant de ses prérogatives présidentielles, Morsi a mis à la retraite le maréchal Mohammad Hussein Tantawi, président du Conseil Supérieur de l’Armée et a écarté Sami Annan, le chef de l’État-major. Il faut rappeler que l’armée égyptienne avait refusé de s’engager contre la Syrie,  ce qui explique que  l’Égypte soit restée dans une position de quasi neutralité. L’islamisation de l’armée est une nouvelle donne car, en Syrie, les Frères Musulmans étant le fer de lance de la contestation, l’armée égyptienne pourrait leur prêter main forte.

Maintenant que le champ est libre, Morsi va se lancer dans la rédaction d’une nouvelle Constitution qui sera à l’image de l’idéologie des Frères appuyée par la charia comme système définitif de gouvernance. Les Frères Musulmans vont diriger complètement l’Égypte à travers leur marionnette, l’islamiste Morsi. Ils risquent fort de conduire l’Égypte vers une catastrophe, autant politique que militaire, sous l’égide de leur principal mentor, le prince du Qatar et ses gazodollars.

L’armée égyptienne est donc maintenant sous commandement qatari, par Frères Musulmans interposés et sous l’œil bienveillant de Washington. On est en droit de se pose la question suivante : l’Égypte des Frérots n’irait-elle pas en guerre contre la Syrie sous couverture d’une coalition de forces islamiques des pays sunnites ? L’armée égyptienne est la seule capable de se mesurer à l’armée syrienne, contrairement aux États du Golfe qui n’ont que des milliards à offrir à l’Égypte. Ces derniers l’ont déjà fait à l’OTAN pour la Libye. Les deux premiers milliards déjà versés ne sont qu’un acompte. Cette coalition serait aussi une couverture pratique et un prélude à un appel à l’OTAN sous prétexte de sauver le peuple syrien. Or ce n’est pas le sort de ce peuple syrien qui a été pris en compte quand plusieurs états  (le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et les pays occidentaux) ont décidé de déstabiliser ce pays en mars 2011. L’objectif était la chute du régime, peu importe les malheurs du peuple.

Pour mener à bien ces guerres, ces états ont tendance à envoyé des mercenaires comme ce fut partiellement le cas lors de la guerre d’Irak. Maintenant c’est en Syrie. Mais les mercenaires ne suffisent pas. On a maintenant recours à des États mercenaires ou à une organisation comme l’OTAN, comme en Libye où les commanditaires ont pris en charge les frais de guerre. Comment appelez-vous cela ?

Ce scénario risque de déclencher une guerre régionale et même un conflit international dont personne ne peut prévoir les limites. Comment la Syrie pourrait-elle réagir ? Il n’y a pas plusieurs alternatives : elle déverserait ses fusées sur Ankara et sur Tel Aviv. C’est là le point d’achoppement de cette stratégie des forces islamo-égyptiennes sunnites car la dissuasion syrienne assurerait son échec. Quant à l’avancée terrestre de ces forces islamo-égyptiennes à travers la Jordanie pour atteindre la frontière syrienne, elle a besoin de beaucoup de puissance pour franchir ce cap car la Syrie boucle sa frontière sud. D’ailleurs, si la Turquie n’est pas intervenue en Syrie, c’est à cause du bouclage de la frontière nord pas l’armée de Damas.

Le facteur iranien joue aussi contre le projet islamo-égyptien. L’Iran, qui est la grande puissance chiite régionale,  brandirait la menace contre l’OTAN et fermerait le détroit d’Ormuz qui aurait des conséquences désastreuses sur l’économie mondiale puisque 35% du trafic pétrolier mondial transite par ce détroit.

Le calcul de l’Occident n’ira pas jusqu’à s’engager vers une guerre au Moyen-Orient et sa stratégie divergera tôt ou tard de celle des pays du Golfe en tête dans cette campagne contre la Syrie. Sans oublier que toute intervention internationale nécessite un consensus dont la clé est détenue par Vladimir Poutine et ses alliés du BRICS (1).

L’internationale islamiste risque de se fracasser sur le chemin de Damas.

Bernard DICK

(1) BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud. En 2012 ces 5 pays représentent une population de 3 milliards, un revenu global de 13,7 trillions de $ et des réserves en devises de 4 trillions de $. Le Venezuela soutient le BRICS sur le dossier syrien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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