L’Égypte s’enfonce de plus en plus dans l’obscurantisme islamique…

Publié le 21 décembre 2011 - par - 2 000 vues
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La « révolution du Nil »  a tourné à l’avantage des islamistes lors de la première phase des élections législatives et il m’est apparu important de rappeler les résultats pour tenter de comprendre les troubles qui se produisent actuellement en Égypte. La chute de Moubarak n’a pas donné les résultats escomptés par une partie des manifestants qui avaient osé défier le pouvoir despotique de ce dictateur pendant des mois Place Tahrir.

Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la formation politique des Frères musulmans, a obtenu 36,6% des 9,73 millions de suffrages, suivi par le parti salafiste ultra-conservateur Al-Nour, qui en a recueilli 24,4%.

Ces deux partis ont donc à eux deux remporté ensemble plus de 60% des voix, une grande victoire pour les islamistes, qui a surpris les forces laïques dans le pays le plus peuplé du monde arabe.

J’invite les lecteurs de Riposte Laïque à écouter ou réécouter l’émission C dans L’ Air du 1 décembre dernier dont le thème était «  Sous le printemps ; l’islam ( voir  la vidéo ci-dessous)

http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index.php (cliquer sur 1er décembre).

Il y  avait en autre notre ami Sifaoui, qui a condamné en termes très justes les Frères musulmans, Ennahda, etc. Mais il faudrait rapprocher cette vidéo de ses interventions à C Dans l’Air lors du « printemps arabe », où il était très flatteur pour ces « révolutions » et où il nous expliquait que c’était le meilleur rempart contre « l’islamisme »… Là curieusement, il a tout oublié, malgré quelques relances d’Yves Calvi dans le genre « est-ce qu’on n’a pas été manipulé ? » D’ailleurs sur le plateau, d’autres intervenants pointaient l’organisation en sous-main des « printemps arabes » par les USA… qui comme par hasard copinent actuellement avec les « islamistes modérés »…

Jeannette Bougrab remettait  les points sur les i le 2 décembre 2011 dans Le Parisien Libéré en indiquant avec lucidité et courage qu’il n’existait pas d’islam modéré ou de charia light et précisait  pour expliciter son propos :

« Non. L’égalité ne peut pas être à géométrie variable. L’ État de droit se mesure notamment en fonction du degré ou du respect des droits des femmes et je n’accepte pas l’idée qu’on puisse fonder une Constitution sur la charia, système religieux fondamentalement inégalitaire. La démocratie n’est pas un supermarché où l’on pourrait prendre uniquement ce qui nous fait plaisir. »

http://www.leparisien.fr/politique/jeannette-bougrab-je-ne-connais-pas-d-islamisme-modere-02-12-2011-1749609.php

Il ne lui reste plus maintenant qu’à dénoncer non seulement « l’islamisme », mais tout simplement l’islam…

Avant le premier tour des élections législatives, nous avions déjà assisté à une recrudescence de la violence contre l’armée et son gouvernement de transition dont une partie du peuple considère que celle-ci lui a confisqué  sa révolution et la soupçonne de vouloir conserver à tout prix le Pouvoir.

Cette  violence a repris de façon aussi intense, ces deniers jours au Caire ce qui ne préfigure rien de bon pour la suite des événements.

Nous ne savons pas trop qui se cache derrière ces actes de violence. Ces actes de violence peuvent venir de tous les bords, tant la tension paraît grande dans un pays qui semble sombrer dans une grave crise économique, sociale et politique.

Les dernières violences sur la place Tahrir ont provoqué l’incendie de la bibliothèque de l’Institut d’Égypte, fondé il y a plus de deux siècles. « Que ressentez-vous lorsque vous voyez l’Égypte et son histoire brûler sous vos yeux ? » s’est indigné le général à la retraite Abdel Moneim Kato, conseiller de l’armée, dans le journal Al-Chorouk, dénonçant des « vagabonds qui mériteraient de brûler dans les fours crématoires de Hitler ».

Lors de ces affrontements avec les forces de l’ordre, durant ces cinq jours il y aurait eu 12 morts et plusieurs centaines de blessés.

En Égypte, on continue à tuer, à arrêter et à  torturer, presque dans l’indifférence générale.

Le  17/12/2011 à Kasr Al Aini,  des actes de violence ont été commis par les forces de l’ordre dans un quartier de Caire, et surtout celles –ci s’en sont prises violemment à une femme qui manifestait ce jour là : voir ci-dessous la vidéo :

http://www.youtube.com/verify_controversy?next_url=/watch%3Ffeature%3Dplayer_embedded%26v%3D4iboFV-yeTE

Les médias sont étrangement moins bavards et moins enthousiastes pour relayer ce qui se passe en Égypte, sinon par des brèves et sans trop s’y attarder comme ils l’ont fait au début des manifestations contre Moubarak, et pourtant ce n’en est pas moins important.

Où sont les commentateurs qui nous expliquaient que l’armée protégeait les manifestants? Ne les a-t-elle pas plutôt contenus pour préparer la passation de pouvoir entre hommes du même régime ; le régime reste le même.

Un régime corrompu et clientéliste. Que font les frères musulmans ? Silencieux, ce qui les intéresse c’est la prise de pouvoir et non la liberté pour les citoyens.

Est-il normal que l’armée intervienne contre les manifestants ? Sont-ils des soldats ou des thugs, des bandits déguisés en uniformes.

Ce qui se passe en Égypte gêne les USA et sa clique pour diaboliser la Syrie et préparer leur plan d’invasion. Ils adoptent un profil bas et attendent que l’armée égyptienne ait bien fait régner sa terreur et que le calme permette de parler exclusivement de la Syrie pour se présenter comme sauveurs du peuple syrien opprimé par ses dirigeants.

Comme les talibans ont détruit les statues de Bouddhas de Bâmiyân en 2001, les islamistes ont toujours montré un mépris total pour l’archéologie préislamique. C’est un patrimoine mondial qui est aujourd’hui en danger en Égypte.

http://www.liberation.fr/monde/01012378369-l-institut-d-egypte-fonde-par-bonaparte-est-parti-en-fumee

Un autre secteur est menacé : le cinéma égyptien et pour ce qui est du tourisme, celui-ci est en grave danger, puisque les salafistes veulent voiler les femmes occidentales et séparer les hommes des femmes sur les plages.

Des acteurs de cinéma et des écrivains ont rejoint les contestataires en signe de solidarité. « Les autorités doivent nous soutenir », explique Ahmed Ghoubril, employé d’une agence de voyages. « Sans maillot de bain, ni alcool, les plages n’auront plus aucun intérêt pour les touristes. » L’un de ses collègues s’exclame : « Les salafistes veulent même interdire les visites de sites archéologiques où les statues sont nues ! »

L’obscurantisme gagne du terrain en Égypte et l’absurdité de l’islam et de ses croyances archaïques dépasse tout ce que nous pouvions imaginer.

Le site égyptien  Bikya Masr rapporte l’information suivante : un religieux musulman résidant en Europe et dont l’identité n’a pas été révélée, aurait statué que les femmes devraient rester à l’écart des bananes et des concombres, afin d’éviter toute « pensée sexuelle. »

Le cheikh anonyme, présenté dans un article publié sur el-Senousa News, a été cité comme disant que si les femmes souhaitent manger ces aliments, une autre personne, de préférence un homme de la famille tel leur père ou leur mari, doit couper ces aliments en petits morceaux et leur servir. Il a dit que puisque ces fruits et légumes « ressemblent au pénis », ils pourraient exciter les femmes ou « leur inspirer des pensées sexuelles ». Il a  ajouté les carottes et les courgettes à la liste des aliments interdits pour les femmes.

Une personne a demandé au cheikh comment « contrôler » les femmes de la famille qui achètent des aliments à l’épicerie et si le fait qu’elles tiennent ces aliments dans leurs mains était mauvais pour elles. Le cheik a répondu que c’était entre elles et Allah. Répondant à une autre question sur ce qu’il faut faire si les femmes de la famille aiment ces fruits et légumes, le cheikh a conseillé de couper ces aliments dans un endroit caché de manière à ce qu’elles ne les voient pas.

Nous apprenons également sur le site de nos amis  Poste de Veille qu’un autre imam salafiste, un dénommé Al Houieini justifie pourquoi la femme doit couvrir son visage. Le prêche est reproduit sur le site elaph.com, qui contient également une vidéo (en arabe). 

                                                     L’imam al Houieini

Vers une République islamique des Interdictions

Les islamistes, particulièrement les plus « sincères » d’entre eux, sont convaincus d’avoir le vent dans les voiles. Enhardis par leurs succès électoraux en Égypte ils laissent tomber la taqqia qui les a si bien servi et s’en donnent à cœur joie. La surenchère est de mise entre les imams salafistes et les gros bonnets du parti salafiste el Nour (le parti de la lumière) ; ils prônent à l’unisson un retour pur et simple à l’obscurité des temps primordiaux de l’islam. Les caciques du parti se frottent les mains et préparent un menu législatif de leur cru qui fera de l’Égypte la République Islamique des Interdictions :

  • interdiction de produire, de vendre et de consommer de l’alcool,
  • interdiction pour les femmes de circuler le visage découvert (le niqab sera obligatoire),
  • interdiction pour les femmes de porter des hauts talons (même sous le niqab) pour ne pas exciter la concupiscence des mâles,
  • interdiction pour un couple de se tenir par la main en public,
  • interdiction de publier et de vendre les œuvres littéraires de Naguib Mahfouz (prix Nobel de la littérature) ; ses écrits font de lui un apostat de l’islam (Mahfouz ne sera pas seul longtemps et il est à prévoir que tous les auteurs égyptiens lui tiendront bientôt compagnie),
  • interdiction pour les touristes de sexe féminin de porter le bikini,
  • interdiction de la mixité dans les piscines pour les touristes.

La précédente liste n’est pas exhaustive, on ne saurait penser à tout mais on compte sur le zèle des militants et de ceux qui feront respecter ces interdictions pour colmater les éventuelles brèches que ne manqueront pas d’ouvrir les ennemis de l’islam.

Dans un tel contexte, il sera difficile aux partis laïques ou libéraux, tout comme chez les coptes (chrétiens d’Égypte) que dans la nouvelle Constitution soit préservée la liberté de culte et d’expression.

Le deuxième tour des élections législatives s’étalera jusqu’au mois de janvier 2012. Les islamistes espèrent bien accentuer leur avance sur les laïques et les libéraux.

Aux termes de la loi, un tiers des 498 sièges au Parlement est réservé aux candidats individuels, les deux autres tiers étant attribués à la proportionnelle au scrutin de liste.

Les résultats du premier tour  laissent prévoir que les partis islamistes, même divisés, pourraient contrôler les deux tiers des sièges au Parlement.

Nous ne savons pas comment les islamistes se comporteront s’ils renforcent encore leur position lors de la deuxième phase des élections législatives vis-à-vis de leur voisin Israël et quel rôle l’armée acceptera de jouer dans cette nouvelle donne politique.

En tout cas nous sommes à peu près certains que la démocratie telle que nous l’entendons ne prévaudra pas et que le peuple égyptien et surtout les femmes  en seront les premières victimes.

Fabrice LETAILLEUR

Voir son blog

http://lebloglaicdechamps.over-blog.com/

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