L’élection présidentielle 2022 : quels attendus, pour quels résultats ?

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S’agissant des candidats élus lors de primaires (Jadot, Hidalgo, Pécresse, Taubira (même pas candidate !), le plus parlant est tout simplement leur résultat : des scores faibles, très en-dessous des partis qui les portaient ou auraient pu les porter. Certes, le vote utile de premier tour causé par le duel entre Marine Le Pen et Mélenchon a joué à plein, mais pas seulement ; même sans cela, ces candidats n’auraient selon tout vraisemblance pas été au second tour. Une primaire, en France, ça flingue le résultat électoral.

Le pire est sans doute pour le PS et LR : à force de n’avoir pas de leader, ce sont des partis sans tête qui disparaissent. Il leur manque un chef. Qui décide. Seul, s’il le faut. En ralliant, dès qu’il peut. Ce qu’a oublié Marine Le Pen à la tête du RN : chef très bien, mais si c’est pour se retrouver tout seul à la fin … pas le but !

En regard, les petits candidats quasi-indépendants (Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle – pardon de qualifier de « petit » son 1,90m) s’en sortent plutôt bien, même si eux aussi ont pâti du vote utile. Ceux issus directement des petits partis (Fabien Roussel, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou) font leur score, ni plus ni moins, sans doute était-ce là toute leur ambition d’ailleurs. Leur lutte fut plutôt âpre pour les signatures, leur victoire était parfois déjà d’avoir été là. François Asselineau aurait aimé en faire autant, une fois de plus …

Éric Zemmour : parti trop tard, beaucoup trop tard ! L’annonce de candidature, c’était au plus tard avant l’été… On ne peut en même temps monter une organisation, faire campagne, séduire, même si on a déjà prévu ses idées depuis longtemps et qu’on les connait sur le bout des ongles. Sur les idées, ne jamais oublier qu’il faut plaire d’abord, donc avoir un mot pour tous et qu’avoir raison sur le fond ne sert hélas à rien. Fut-il simple, ce mot pour tous, pour chacun à son tour, doit être présent.

Des manques, aussi, sur l’écologie notamment car coincé dans le système de pensée libéraliste ; la réplique de Marine Le Pen au Débat fut excellente sur ce thème, en substance : « tant qu’on continue à faire du libre-échange qui détruit la planète par construction, on peut parler d’écologie autant qu’on veut, ce discours est du pipeau ». Napoléon III, ce fut un coup d’état avant tout, pas la démocratie d’aujourd’hui, devenue un mélange d’Instagram et de Twitter pour populations en voie de décérébration aux neurones contrôlés Outre-Atlantique.

Jean-Luc Mélenchon : un parti propre (qui aurait parié sérieusement à son succès lorsqu’il a quitté le PS ? Les éléphants ricanant lui prédisaient le succès du Parti Socialiste Unifié d’Huguette Bouchardeau !), une candidature incontestée, annoncée très à l’avance, un programme ambitieux tant sur les changements en économie que, corrélativement et non sans cohérence sur l’écologie, parlant par là même aux préoccupations de long terme de la jeunesse. Une rupture, porteuse d’un espoir d’une vie meilleure ou du moins d’éviter une catastrophe millénariste, un souffle certain agrémenté de coups de griffes forts et acérés (« petit bonhomme » lancé à Zemmour) donnant l’image d’un combattant du bien commun. L’image, toujours l’image ! Peu importe le fond … Résultat : presque le second tour, raté tout juste. Heureusement pour ses concurrents, l’âge du tribun (70 ans) le rattrapera pour la prochaine fois, il lui sera difficile de concourir encore.

Emmanuel Macron : conserver son socle de retraités, pour cela changer de discours à chaque fois qu’il risque de se faire écorner. Ça a marché. Pas besoin de pensée complexe, l’idée fixe suffisait. Enrobée.

Il a à cet égard été remarquable, sur deux plans au moins :

– avoir gardé toujours en tête qu’il doit son élection d’abord aux retraités, son socle électoral. Pas une de ses réponses lors du débat avec Marine Le Pen qui n’ait pas été dirigée vers cet objectif : conserver l’électorat retraité en lui promettant la stabilité de sa situation face au Covid, à l’inflation, aux déficits, etc., quitte à faire payer les autres, tous les autres.

– et, à chaque fois qu’une proposition adverse le mettait en porte à faux, la reprendre à son compte (on fera des référendums, immigration dans un sens puis l’autre, etc.). Paraître à l’écoute, changeant mais pas trop, ilot de stabilité qui vous regarde toujours de face.

Marine Le Pen : une bonne première partie sur le programme et les idées, mais l’oubli de la contre-offensive … Tout le monde l’a noté, le traumatisme du débat de 2017 y a contribué sûrement. Cela dit, c’était perdu dès avant le débat de 2022 … Un débat d’entre deux tours change quelques pourcents, pas plus : à 56/44 c’était déjà fini, tout comme Éric Zemmour savait qu’il était hors course dès le Trocadéro.

Quel avenir, comment gagner enfin ?

Alors, pour l’avenir, pour gagner ? Comment retrouver les forces du vote sur le traité de Maastricht, une presque victoire (comme nous le payons cher depuis, ce mark monnaie unique !), celles du référendum de 2005, victorieuses dans les urnes, méprisées et contournées ensuite par Sarkozy ?

Reprendre du début, avoir une organisation avec un chef incontesté, qui cherche d’abord à plaire (Chirac ? « sympa » … quelle force !) Pour être élu, et seulement cela. Ensuite … ce qu’on en fait, sauver la France … il y a du travail, mais ce sera le sujet suivant. Car hélas, ce noble objectif devra passer après. D’abord, on gagne.

Ce but d’un programme, d’un parti politique, d’un candidat est : gagner l’élection. Rien d’autre. Marion Maréchal cherche, je pense, la combinaison. Ce n’est pas la seule.

Alors, de la part des Français qui crèvent de la politique de Macron : prenez qui vous voulez, choisissez vite et maintenant ; je ne veux voir qu’en seule tête jusqu’en 2022. Exécution !

Je veux un chef, qui gagne et fasse ce qu’il faut pour cela. Un seul. L’heure n’est plus aux discours. Bientôt, peut-être même plus à la démocratie. Soyez sérieux. Pour une fois.

John Vallès

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9 Commentaires

  1. Remarquable analyse, mais quelles sont les actions ? Où sont les moyens, les réseaux, les appuis ?

  2. Fichtre ! Évoquer Machiavel pour avoir des réflexions de Café du Commerce, il fallait oser…

  3. comment gagner quand quelqu’un qui fait 40% estime avoir remporté une grande victoire?

  4. Comment gagner lorsque les retraités continuent à voter massivement pour les fossoyeurs de la France ? C’est impossible ! Les retraités, qui représentent 1/3 du corps électoral français (+ de 16 millions), sont les véritables faiseurs de roi élyséen. Ce sont les retraités qui, comme en 2017, ont reconduit le morveux félon à l’Elysée. Ce sont aussi les retraités qui constituent la seule catégorie socio-professionnelle qui ne voit aucun problème à ce que … les autres travaillent jusqu’à 65 ans d’abord et 70 ans ensuite !

    • Cela semble le fond du problème : les retraites sont quasiment une majorité électorale. Comme le seront demain les musulmans. Ce dont ils louent car ils ne seront plus là outre le vote et en subir les conséquences.
      Comment les faire prendre conscience qu’il y a plus grand que leur petite personne ???
      (Finalement, le vote familial n’était pas un mauvais concept … : on vote pour ses enfants, cela rééquilibrerait un peu).

    • Cela semble le fond du problème : les retraités sont quasiment une majorité électorale. Comme le seront demain les musulmans. Ce dont les retraités se moquent car ils ne seront plus là pour le voir et en subir les conséquences. Comment leur faire prendre conscience qu’il y a plus grand que leur petite personne ??? (Finalement, le vote familial n’était pas un mauvais concept … : on vote pour ses enfants, cela rééquilibrerait un peu).

  5. Comme il s’agit de convaincre des cloches, il faut un baratineur, un camelot qui embobine tout le monde. Et une fois en place, il redevient sérieux. Un peu comme a fait Macrocon sauf qu’il faut être sérieux une fois élu.

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