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L'émotion ne doit pas nous faire perdre la raison

Deux policiers
« Les grandes émotions collectives suspendent la Raison et la rendent odieuse. D’où leur utilité« . Voilà ce que disait, il y a une semaine, l’écrivain suisse Slobodan Despot.
Dix jours après les sanglantes attaques qui ont fait 130 morts, la France s’est transformée en un déversoir à émotions. On fait de la thérapie de groupe par le truchement de marches blanches et de veillées avec des bougies allumées, on parle même de décorer un chien mort. Sur l’islam, on ne sait quelle position adopter: entre la surenchère comique, et le padamalgam.
Là, un vendeur de kébabs se fait tirer dessus ; à un autre coin de rue des jeunes bobos prennent des « selfies » avec des femmes voilées et crient « musulmans, je vous aime !« . Un Français blond est interpellé dans une gare car son comportement (et sa barbe) a semblé suspect à des passagers ; un lycée est évacué suite à une fausse alerte. On parle de « Patriot Act » et les Français plébiscitent les mesures liberticides. Bref, on se croirait dans un asile de fous.
La Raison est bel est bien suspendue. Malheur à celui qui réfléchira au lieu de pleurer. Demandez une enquête sur la sécurité du Bataclan ; osez dire (sans bien sûr se réjouir des attentats) que le Bataclan était réputé comme le lieu de rencontre de bobos votant massivement à gauche ; dites que décerner la Légion d’Honneur à un animal est le reflet d’une société de spectacle ; déclarez qu’il n’y a jamais eu autant d’attentats que depuis l’arrivée au pouvoir de Hollande ; demandez si ces attaques auront un impact sur les échéances électorales qui approchent ; affirmez que l’islamisme (du moins dans ses débuts) a été armé par les USA ; ou osez simplement remettre en cause le sacrifice des libertés publiques et individuelles au nom d’une prétendue sécurisation, et qu’au lieu de promulguer l’état d’urgence (qui est une opération de com) l’État devrait armer les Français.
Dites tout cela et vous passerez assurément pour la lie de l’humanité. Vous serez le pire être (après Hitler… et encore) à avoir foulé le sol de la planète. Internautes, amis, anonymes, tous vous conchieront comme si vous aviez vous-même tiré sur ces spectateurs du Bataclan. Même le milieu nationaliste (qui est pourtant le plus rationnel sur l’échiquier politique) a cédé à ce sentimentalisme. « Ferme ta gueule et pleure !« , nous dit-on. Point de recul, point de réflexion, et encore moins d’action !
La légitime douleur que nous avons tous ressenti à la mort de 130 innocents doit-elle pour autant se muer en un mièvre spectacle de pleurs ? Ce n’est pas la tristesse en elle-même qui choque, mais plutôt l’autosatisfaction à se complaire dans sa tristesse et à refuser tout discours basé sur une argumentation logique et rationnelle.
Il y a des hommes de sentiment et des hommes d’action. Les deux sont autant respectables. Nous préférons réfléchir posément et dire les choses telles qu’elles sont, même si celles-ci sont choquantes.
Nicolas Kirkitadze