L’enquête annuelle de la CNCDH sur le racisme ne doit plus stigmatiser le peuple français

Publié le 3 avril 2013 - par
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Depuis plus de 20 ans, à chaque retour du printemps, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH)  nous livre son rapport  sur « le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie en France ». Et chaque année, l’ensemble des commentateurs publics reprend  l’antienne du dernier rapport qui, immanquablement, tire la sonnette d’alarme sur la montée du racisme dans notre pays, sans que jamais personne ne se livre à une analyse critique des conclusions de ses travaux ou ne s’interrogent sur les présupposés qui les fondent.

Manipulation et culpabilisation

Et pourtant, l’exercice mérite le détour et laisse vite apparaître, sous l’apparente rigueur méthodologique, le masque sournois de la manipulation et de la culpabilisation. 

La manipulation repose d’abord dans l’analyse des chiffres. Non pas que les sondages soient truqués, ils corroborent l’ensemble des études sur le sujet, mais leur mise en perspective remettent  en cause le message relayé par les rapports successifs. La première distorsion consiste à tirer des conclusions générales sur des variations à la hausse souvent peu significatives d’une année sur l’autre.

Le rapport 2012 qui vient d’être publié a donné lieu à une surenchère de commentaires alarmistes, pieusement relayée par les médias. 69% des Français, constate la CNCDH, considèrent qu’il y a trop d’immigrés en France, soit une progression de 10 points par rapport à 2011 et de 22 points comparé à 2009. De quoi crier au loup, n’est-ce pas ? Or, l’étude des sondages sur une durée de plusieurs décennies, démontre que, fondamentalement, ces chiffres restent très stables.

Stabilité des opinions

En 1984, une enquête de la Licra, qui reprenait des statistiques de 1968 et 1977, montraient que 61% des Français estimaient que les étrangers étaient trop nombreux, chiffre qui correspondaient, comme le soulignaient les commentateurs, aux résultats des décennies précédentes. Les décennies 90 et 2000 ont confirmé cette tendance.

Un sondage Ifop/L’Express d’octobre 1991, faisait ressortir que 64% des Français percevaient l’immigration comme une menace pour l’identité nationale. De même, une étude TNS Sofres/Le Monde de décembre 2005, montrait que 63% de nos compatriotes jugeaient qu’il y avait trop d’immigrés en France. Le léger décalage à la hausse de 2012 (69%) par rapport aux décennies précédentes, traduit d’abord l’aggravation d’un climat général, marqué par des faits divers de plus en plus spectaculaires, type l’affaire Merah; ce que souligne d’ailleurs le rapport de la CDNCH.

48% des Français se disent « plus ou moins racistes » s’indigne le commentaire de la CNCDH qui se garde bien toutefois de préciser que dans son rapport publié au printemps 1995, deux Français sur trois confessaient des sentiments « plus ou moins racistes », un pic qui n’a jamais été dépassé depuis puisque, sur les deux dernières décennies, le taux moyen tourne autour de 40%, ce qui situe simplement l’année 2012 dans le haut de la fourchette de la moyenne statistique.

Mais si l’on examine plus en détail l’étude de 1995, on constate, qu’au-delà d’un plus grand rejet global de l’immigration, cette méfiance se focalise essentiellement sur les Maghrébins (67%), assimilés à une peur croissante de l’Islam et vice versa.

Un net raidissement à l’égard de l’Islam

Ce raidissement des Français à l’égard de l’Islam, perceptible dans la deuxième moitié de la décennie 90, répondrait « lucidement »- le rapport du CNCDH le constate lui-même du bout des lèvres- à une dramatisation objective des situations politiques et des enjeux de civilisation liés à l’Islam. Racisme ou réaction de légitime défense de son identité ?

Le durcissement des opinions de nos concitoyens n’a en fait rien à voir avec une explosion de racisme, en dépit des propos alarmistes rependus par nombre de commentateurs. Ce que prouve d’ailleurs clairement le rapport de 1995. Hors effet Islam, l’analyse détaillée du sondage qui accompagne le rapport donne l’image d’une France ouverte aux étrangers et aux minorités. 62% des Français, n’estimaient-t-ils pas alors qu’une démocratie se juge à sa capacité d’intégrer les étrangers ?  Une opinion qui recueille même un niveau d’adhésion de 80% dans le rapport 2005 de la CNCDH !

Dans toutes ces séries de chiffres très stables, rien ne permet donc d’entretenir le mythe d’une France travaillée par ses pulsions racistes, sauf à travestir la réalité des chiffres et des sentiments.

Cette manipulation est particulièrement frappante dans l’analyse des données qui concernent le recensement des actes à caractère « raciste, xénophobe et antisémite ». Le rapport 2012 relève ainsi   qu’après deux années de baisse, la France connaît de nouveau une forte hausse de ces actes : +23% en 2012. Ces chiffres prouvent-ils, enfin, la dangerosité grandissante du racisme des Français ?

Pas vraiment, si l’on s’en tient aux données développées par la CNCDH. Et pour cause, la principale raison de cette hausse est l’augmentation de 58% des actions antisémites. Quand on sait d’où vient pour l’essentiel ce type d’agressions, que la présidente de la CNCDH relie elle-même au contexte de l’affaire Merah, on a du mal à comprendre pourquoi la population française dans son ensemble doit être créditée de cette violence antisémite, alors que toutes les études d’opinion sur la durée montrent un sentiment massivement positif des Français à l’égard des juifs (89% selon le rapport de 2004) ?

L’augmentation des actes raciste est aussi alimentée par une hausse de 30% des actions contre les musulmans qui confirme la tendance de 2011 (+34%). Hors ces actes, précise le rapport, les actions racistes ont en revanche peu évolué (+2%).

Cette constatation nous renvoie à la spécificité de la place de l’Islam dans les sociétés européennes. Comment évaluer l’évolution de la perception que les Français ont de l’Islam, sans prendre en considération, en parallèle, les attitudes conflictuelles qu’une partie non négligeable des musulmans affichent, à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières ?

Pourquoi ignorer les violences identitaires que subissent les « Français » ?

Cela nous conduit à poser la question que les enquêtes sur le racisme  éludent systématiquement : comment peut-on recenser les violences faites à toute identité et communauté sans évoquer pareillement celles commises à l’égard de l’identité majoritaire ?

Comment, par exemple, légitimer le recensement des profanations de cimetières juifs ou musulmans et des incendies de mosquée, si l’on ne met pas en parallèle  les chiffres du nombre de profanations de cimetières chrétiens ou d’églises, alors que les statistiques prouvent que les lieux de culte chrétiens sont, et de loin, les premières victimes de profanations ?

Pourquoi également ignorer systématiquement dans ces statistiques sur le racisme, l’ensemble des attitudes agressives perçues par le vécu  des Français, notamment les injures à caractère identitaire- type « je nique ta mère » ou « je baise la France »- qui forment tout spécialement le quotidien des espaces publiques de nombreux quartiers. Sans oublier également, la masse incalculable des agressions physiques où la dimension ethnique est souvent omniprésente, comme l’a fait justement ressortir l’ouvrage de Laurent Obertone sur la violence en France.

Cet oubli volontaire pourrait trouver un début de justification si cette violence banalisée circulait dans tous les sens, mais, de toute évidence, elle fonctionne du fort au faible. Elle réplique fidèlement les rapports de force identitaires qui structurent tout particulièrement l’univers des jeunes, où les petits blancs ont  appris depuis longtemps à raser les murs devant les caïds de la « diversité » triomphante.

Quant aux insultes sexuelles qui touchent les femmes, il faut être particulièrement  de mauvaise foi pour ignorer leur dimension identitaire, alors que, depuis toujours, la profanation du corps et de l’image des femmes du groupe jugé ennemi est, dans le mental masculin archaïque, l’arme d’humiliation massive déployée dans les conflits identitaires.

La  stigmatisation des « Français de souche »

En effet, toutes ces enquêtes sur le racisme ne font qu’entretenir et aggraver une stratification raciale de la France, en opposant une population de souche européenne à toutes les autres composantes identitaires du pays.

Cette stigmatisation construite sur une délimitation en négatif de l’identité française  laisse entendre que seuls les blancs peuvent manifester une intolérance xénophobe compte tenu  d’une identité qui leur appartient par essence et qui seule peut-être source de racisme. Toute autre cause identitaire ne peut être rattachée à la  problématique du racisme en France, uniquement centrée sur les blancs, qui seuls peuvent exprimer une violence raciste construite autour de l’identité historique française, européenne, chrétienne et laïque. Une façon indirecte et refoulée de signifier en quelque sorte que ceux qui n’appartiennent pas à cette identité historique ne sont pas vraiment français !

Cette culpabilisation des « Français de souche », définis à contrario par la spécification négative de leur dangerosité raciste, ne peut plus et ne doit plus être acceptée comme une donnée d’évidence qui ne se discute pas. De quel droit une institution publique peut-elle isoler sur la base de critères ethniques, en violation de la loi, une partie des Français par rapport aux autres catégories  de la population pour autopsier leurs sentiments racistes à l’égard des maghrébins, des noirs, des juifs et, désormais, des roms et des gens du voyage ?

 Si ces enquêtes évaluent l’ensemble de la population nationale selon sa composition ethnique, pourquoi laisser entendre qu’elle vise d’abord les Français blancs, clairement définis par opposition aux autres groupes ethniques désignés plus haut ? Sinon, pourquoi identifier seulement cette partie de la population, sauf à vouloir stigmatiser explicitement ceux susceptibles de porter en  eux l’image de l’identité historique de la France ?   

Didier Beauregard

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