L’enseignement à tirer de la crise catalane

Publié le 14 octobre 2017 - par - 18 commentaires - 945 vues
Share

Il y a au moins un point sur lequel tous les exégètes se rejoignent concernant ce que certains nomment la crise catalane, c’est l’importance majeure de cette affaire, non seulement sur le cours des choses en Espagne mais d’une façon plus globale sur l’appréhension de l’Union Européenne elle même.
Observons tranquillement la situation objective de cette partie.
La Catalogne n’est pas seulement un territoire, une fraction de la péninsule Ibérique, un bout du continent Européen, fondu dans un ensemble cohérent et qui existerait sans idiosyncrasie.

Le statut d’autonomie qui la définit, la comprend et la nomme NATION. C’est à dire que le texte constitutionnel reconnait l’existence, sur ce territoire, d’un peuple ayant une identité découlant notamment d’une histoire singulière et de traditions fortes et clairement établies. Il l’a même doté d’un gouvernement et d’un parlement, ainsi que de la capacité à gérer sa police, son armée, sa justice. Il s’agit là d’un droit et non d’une complaisance de circonstance.
Elle est l’une des 17 communautés autonomes de cette monarchie constitutionnelle dont l’organisation politico-économique s’apparente à un état fédéral.
Dès lors, et sans se prononcer sur la pertinence du mouvement séparatiste, n’y a- t-il pas lieu de s’intéresser aux motivations et à la recevabilité de la démarche conduisant non plus à une large autonomie mais à une indépendance (pourquoi pas dans une union égalitaire) ? Ne peut-on s’interroger sur les raisons profondes qui conduiraient la population, ou en tout cas une grande proportion d’entre elle à réfléchir sur la question du maintien dans l’état de dépendance avec l’état central ou au contraire de divorcer d’avec lui ? En d’autres termes, n’y-a-t-il pas de légitimité à ce que le peuple catalan se prononce sur sa volonté d’avenir ?

Certes, il est facile de décrypter les craintes du gouvernement et des édiles du monde politico-économique Espagnols. La Catalogne est, de loin, la région la plus riche et la plus dynamique du pays. Elle représente à elle seule plus de 20 % du PIB global. Elle est au deuxième rang par le nombre de sa population qui représente environ 15% de l’ensemble. Sa croissance est plus forte que celle du pays et son taux de chômage plus faible. Elle est donc le fleuron du pays et on comprend sans difficultés les réticences du pouvoir. Dans le camp des indépendantistes, un des points majeurs de la contestation réside dans ce frein que constitue la contribution fiscale largement déficitaire de « Barcelone » à l’égard de « Madrid ».

Ainsi si elle est ce magnifique ornement du pays, la Catalogne est aussi cette épine qui souvent exaspère le pouvoir central par ses revendications toujours disputées mais jamais violentes et brutales comme d’autres le sont, portées par la sédition à caractère terroriste.
Vue de France la revendication de la Catalogne peut paraître insurrectionnelle et exorbitante. Beaucoup, se basant sur l’essence du droit, la considèrent illégale, ce qu’elle est au regard de la loi constitutionnelle espagnole. Ce point de vue est cohérent pour nous qui sommes, qu’on le veuille ou non, qu’on s’en réjouisse ou que cet état nous afflige, un pays jacobin à la mentalité profondément jacobine. Même si nous avons la capacité à dénoncer, souvent à raison d’ailleurs, une oligarchie active et masquée, substituée à la voix du peuple, nous sommes attachés à l’idée de pouvoir central dont beaucoup attendent tout. L’histoire de la France est celle de tous les Français qu’ils soient Provençaux, Picards ou Jurassiens. Elle prévaut plus que toutes les particularités régionales. Elle est continue, linéaire et inclusive.

Concernant l’Espagne, la situation est toute différente du seul fait que ce pays (comme l’Allemagne ou comme la Belgique, voire la Grande Bretagne) est d’essence fédéral même si sa constitution ne l’établit pas de façon explicite.
Ce qu’il est possible d’observer dans cette affaire est que la réaction de l’Etat espagnol a envenimé la situation. Son comportement fut à la fois inadapté et incohérent.
Il fut inapproprié car il est  » interdit » d’utiliser la violence contre le peuple lorsque celui-ci souhaite exprimer sa volonté. Or, on a vu très clairement des militaires harnachés dans leur combinaison de combat s’en prendre à des hommes d’âge avancé dont le crâne s’est vu ensanglanté. Ces méthodes ressemblent étrangement aux méthodes fascistes que l’on croyait disparues ou tout le moins réservées aux pays livrés à la dictature tels certains pays d’Amérique du sud ou d’Afrique. Sur ce coup, le gouvernement de Monsieur RAJOY s’est déshonoré.

La cohérence et la sagesse auraient voulu que le pouvoir central, au lieu de se bloquer, agisse de concert avec le gouvernement catalan pour organiser cette consultation dans l’ordre et la sérénité. L’Angleterre et l’Ecosse avaient montré l’exemple en 2014.
Rien ne dit que le peuple catalan se serait prononcé pour l’indépendance dans une majorité convaincante. Et dans cette éventualité, c’est à dire un rejet ou une adhésion a minima, le régime se serait trouvé légitimé à négocier un agencement de la constitution qui remodèle les contours et le contenu de la loi d’autonomie dans l’honneur et le respect des citoyens.
Dans le cas d’une adhésion massive au processus d’indépendance, Monsieur RAJOY se serait grandi en entamant les accords nécessaires qui auraient été de toute façon inéluctables. Car l’histoire le démontre, jamais un peuple ne peut plus aujourd’hui être privé de son indépendance s’il la souhaite.
Et de cela nous ne saurons rien puisque la parole a été muselée.

Mais cette affaire catalane a des élans qui dépassent de loin les limites de ses propres frontières. Elle est l’image exacte de la lente mais certaine déchéance de la démocratie en Europe. L’hégémonie que l’UE exerce sur les peuples qui en sont membres est éminemment démontrée chaque jour. Qu’un membre décide souverainement de quitter l’union et tous les hiérarques de la clique Bruxelloise se lèvent comme un seul homme pour promettre à ce vilain petit canard rebelle les pires menaces, les plus horribles représailles, les plus épouvantables punitions économiques qui soient. D’un seul coup, il devient l’ennemi au lieu d’être considéré comme un partenaire à part entière avec tous ses devoirs mais aussi tous ses droits. L’exemple de l’Angleterre est là pour le prouver. Que la Pologne élève la voix pour refuser telle ou telle injonction de la commission Européenne et sur elle s’abattent les admonestations et les mises en garde les plus directes et les plus sévères. Que la Hongrie décide de protéger son intégrité et sa souveraineté, voire son identité et la voilà mise au banc, sermonnée avec vigueur et accusée des plus grands crimes tel celui de racisme.

Quand un des membres accepte, parce que contraint et forcé, de se soumettre comme la Grèce, c’est alors qu’on lui fait payer en monnaie sonnante et trébuchante le prix de son maintien sous la tutelle féroce du monstre monétaire et de ses sbires le FMI et la Banque Centrale Européenne. Les riches sont faits pour être très riches (l’Allemagne) et les pauvres très pauvres (la Grèce)… Dixit Don Salluste.
Dans certains pays, dont la France fait partie, la puissante oligarchie de l’ombre financière a délégué ses affidés qui font la loi comme cela leur chante et même si cela ne convient pas au peuple dont on n’a plus rien à cirer. On décide par ordonnances comme naguère le Roi régnait par édits ou comme Staline régentait par oukases. Pour cela, il suffit d’imposer par le matraquage journalistique un jeune impétueux président formaté aux règles de l’énarchie et le tour est joué. L’avenir montrera surement que ce choix sera plus fatal encore à notre pays que les précédents qui déjà avaient étouffé la voix du peuple.

Est-il nécessaire de rappeler que lorsque le peuple de France s’est ouvertement prononcé contre le traité de constitution européenne, il ne fut pas tenu compte de son avis ; le pouvoir d’alors contourna ce refus allègrement par un procédé digne des régimes les plus antidémocratiques qui soient. C’était en 2005, une époque où, pourtant, il était encore autorisé de croire qu’un bulletin de vote valait encore quelque chose.
Mais ça c’était avant !

Jean-Jacques FIFRE

Print Friendly, PDF & Email
Share
Notifiez de
Manuel

Comparaison n’est pas raison; mais prenons exemple de France/ Algérie (Dépt Français en 1961)tout d’abord 1 référendum de toute la Nation (8 Janvier 61) pour changer le statut puis un autre (de la seule métropole)pour approuver où non « l’autodétermination « (8 Avril 62) puis enfin une consultation locale pour où contre l’Indépendance (1 Juillet 62) bien sur soumis à controverse en France mais ce fut le parcours suivi ! Traduisez le
pour la Catalogne après changement indispensable de la constitution Espagnole (adoptée par tous aprés le Franquisme )pour permettre l’autodétermination d’une région !
 Vous n’en sortirez pas !

josé M

A peine 40% de votants 94% de oui et encore trafiqués par les indépendantistes seuls tenant les urnes illégales! et seuls à aller voter sans aucun controle il valait mieux demander un controle multi partis avec une campagne vérité sur la sortie de l’europe et de l’euro mais les juges ne pouvaient violer la constitution qui doit etre d’abord réformée avant un référendum; la majorité de la poblation en catalogne est originaire du sud et ne veut pas perdre la nationalité et le passaporte Espagnol et quant elle va se reveiller se sera une guérre civile avec l’armée Espagnole au Perthus
Les Catalans restent très partagés sur l’indépendance de leur région: 49,4% sont contre la sécession et 41,1% selon les sondages

dufaitrez

Certains se passionnent pour des identités régionales, alors que les Identités Nationales sont bannies !
Expliquez-moi !
Certains se foutent de la France et glorifient la Bretagne ou la Corse !
Expliquez-moi !

Eric

Parce que ce que vous considérez comme une région est bien une nation pour beaucoup de ses habitants.

Yves ESSYLU

Quelle est l’idéologie des activistes indépendantistes ?

Vova

Pourquoi Rajoy est intransigeant ? Hypothèse : il veut créer un malaise , un désordre , qui poussera les plus radicaux à mettre le pouvoir espagnol devant un fait accompli , ils auront l ‘ indépendance , les entreprises vont délocaliser , ça commence déjà , des frontières vont se fermer , l ‘ économie Catalane va dégringoler , ensuite , comme les Bourgeois de Calais , ils vont faire pénitence et rentreront dans le rang . Après cela , le gouvernement n ‘ aura plus de problèmes avec la Catalogne !
Utopie ?? Observons ….

Vova

(suite) ….Les Allemands non plus ne veulent plus « payer pour les autres feignants » !! Dans un Monde en crise , les égoïsmes nationaux font un retour en force , elle est OÙ l ‘ Europe solidaire ?? On n ‘ est pas sorti de l ‘ auberge …. espagnole ….

Vova

Comment la Catalogne est devenue riche ? Personne ne se pose la question ! Pourquoi ??Le tourisme est un moteur puissant , sa situation géographique en fait un passage obligé vers l ‘ Europe , son climat et son sol favorables , tous avantages qui incitent les entreprises à s ‘ y installer . Dans un cadre « espagnol » , le pouvoir central n ‘ y voit que des avantages pour TOUTE l ‘ Espagne . Mais voilà , les « nouveaux riches catalans » ne veulent « plus payer pour les autres » Espagnols , comme la Ligue du Nord en Italie et la Flandre en Belgique , bel exemple d ‘ ÉGOÏSME . Les Catalans veulent rester en Europe , c ‘ est elle qui les fait vivre , mais accepteront-ils de « payer pour les autres » que sont les Roumains , Bulgares , Roms , …. ?

Eric

Donc les Andalous et Castillans sont pauvres et s’intéressent à la Catalogne pour son pognon? Ne serait-ce pas au moins aussi égoïste? Avec la même logique est-ce que la riche Suisse majoritairement germanophone ne devrait-elle pas se voir illico annexée par l’Allemagne?

Guy

Un Catalan sur deux est contre l’indépendance. Joli merdier en vue, quoique fassent Rajoy et Puigdemont…

Eric

L’un a organisé un vote pour trancher la question, l’autre a tout fait pour semer le chaos afin de ne surtout pas savoir…

Brouillon

Je me souviens des conséquences de la guerre au Nigeria des années 68/70. Le sud, peuplé par les Ibos voulait se séparer du reste du pays, car le pétrole Nigérian se trouvait là. Évidemment, les autres ethnies se voyaient privées de la manne pétrolière. Elles ont réagi en écrasant les Ibos. C’est un peu pareil pour la Catalogne plus prospère que le reste de l’Espagne. Il n’y aura pas de génocide Catalan, mais le gouvernement espagnol réagira fermement. Souvenons- nous de la Ligue du Nord en Italie qui prônait la partition du pays pour se débarrasser de la partie la plus pauvre au Sud. Se déclarer en accord avec les indépendantistes, c’est se désolidariser des régions plus pauvres.

le Franc

le but du boxon originel vient probablement d’une doctrine d’imposition multiraciale d’accaparement des lieux européens pour en faire un stade de jeux vierges de toute mémoire frontiarisée issue de la 2°guerre mondiale, la démocrassie devant mourir de par ses faiblesses constitutionnelles, à savoir qu’il n’est pas le plus « juste » qui doit gagner, mais le plus vorace et le plus malin tout en s’asseyant tous deux sur leur slogan favori, « des droits de l’homme » du Peuple Blanc Originel pris à partie comme un supremacisme qu’il va falloir par tous les moyens, anéantir…

Benito

Chapeau bas, cette analyse est de loin l’une des plus pertinentes, et objectives, concernant ce qui se passe dans un pays étranger.

Haggar Dunor

J’espère que l’Espagne va exploser et par voie de contamination l’Europe toute entière…

bitemol

Rien ne changera en Espagne, ni en France d’ailleurs, tant que ceux d’en bas supporteront ce que leur imposent ceux d’en haut.

Éric

Un excellent texte qui rappelle qu’il ne faut pas regarder la situation en Catalogne avec des lunettes françaises.

MORICEAU CLAUDE

C est sure que le peuple ils n en ont rien a cirer sauf si il y avait une vrai révolte de celui ci .C est ce que les gouvernements craignent le plus et c est ce qu il faut faire et vite .