L’équipe de France de foot, vitrine opaque de ce qu’est devenu la nation

Publié le 25 juin 2012 - par - 2 147 vues
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Ainsi le cauchemar continue-t-il, de Coupe du Monde en Euro, d’une confrontation à l’autre, cette fois avec les meilleures équipes de foot du continent. Quand nos rivaux, unanimement soudés derrière leurs drapeaux, livrent des matches superbes dans un signalé esprit de solidarité, de correction et d’enthousiasme, les joueurs français apportent une fois de plus la preuve que décidément, notre pays est dans un état de déliquescence majeur.

C’est qu’il ne faut pas s’y tromper. La jeunesse qui nous déshonore depuis deux ans avec la constance et l’obstination imbécile d’enfants gâtés dévastant leur propre maison est le reflet d’une société au sein de laquelle les digues rompues laissent désormais se répandre les flots ravageurs de l’égoïsme, du mépris, de la violence et de son corollaire, la bêtise grégaire.

Le désastre d’Afrique du Sud révéla, s’il en était besoin, la profondeur des failles communautaires vers quoi glisse, aveugle et sourd, notre pays. L’intrusion de la religion dans le vestiaire des Bleus en fut le révélateur. Il était clair que ce coup de force déstabiliserait un encadrement désireux par nature d’arrondir les angles et de ménager les susceptibilités tout en exerçant le minimum d’autorité nécessaire. Tous les cadres du monde sportif ont à résoudre quotidiennement cette délicate équation dont la maîtrise associée à l’éclosion et à la pérennisation des talents accouche, dans le consensus, des titres de champions. Ce fut le cas en 1998 et en 2000, après les épopées de 82, 84 et 86, avec comme dernier spasme de cohésion et de fierté, la belle aventure de 2006 jusqu’à un certain coup de tête dans le thorax italien.

Les accomodements raisonnables consentis aux joueurs depuis deux ans n’ont donc servi strictement à rien, si ce n’est à conforter des jeunes gens sans éducation dans la certitude que la règle du vivre-ensemble ne les concerne pas. Nous sommes là au-delà de la simple insolence adolescente. C’est d’une totale inconscience qu’il s’agit, fille de la faillite d’une société toute entière et cette fois, le paramètre religieux brutalement imposé à Nysna par les convertis de l’équipe de France est lui-même dépassé. Nous sommes ailleurs, là où l’autre n’existe même plus en tant qu’individu mais simplement comme gêneur, moraliste insupportable et ennemi personnel. Au besoin, on le convie à croiser les poings, comme dans les cours d’école où l’on s’étrangle jusqu’à ce que mort s’ensuive. Des invectives de Samir Nasri et de Jérémy Menez au drame de Rennes, le chemin est court, qui mène de la démission des familles, des enseignants et des cadres à la barbarie ordinaire. Nous en sommes là.

L’équipe de France de football est la vitrine d’un pays désorienté, abruti, dépossédé de ses valeurs. La France est aujourd’hui une friche dans le sol de laquelle n’importe quel planteur est autorisé à semer ses graines. Mais qu’à cela ne tienne, les distingués agronomes de Terra Nova, ceux-là mêmes qui découvrent avec effroi qu’il est possible de résister à leurs expérimentations sur le terreau multi-culturel, nous disent qu’il convient d’ajouter encore à l’édifice dont ils rêvent quelques couches de leur ciment délétère. La terre cuite comme anti-sismique! Et le nomadisme apatride pour perspective urbaine. Combien de temps le pouvoir qui semble leur prêter une oreille attentive les laissera-t-il programmer ainsi notre fin?

En 1957, l’équipe de France de foot se vit privée de ses meilleurs joueurs, algériens devenus clandestins pour le compte du FLN. Le fait appartient à l’Histoire, comme la « campagne de Suède » de 58, où un groupe rebâti à la hâte, intégrant des espoirs et promis au désastre, se hissa jusqu’à une demie-finale perdue contre le Brésil. Ces jeunes gens là avaient des tripes, un sens aigu de la solidarité et le plaisir de chanter ensemble la Marseillaise. Et Just Fontaine détient encore aujourd’hui le record de buts marqués.

À voir la pitoyable cohorte alignée sur les pelouses d’Ukraine, marmonnante ou carrément rigolarde au moment des hymnes, à ressentir la vague exaspération d’un certain nombre de joueurs de ne pas être à cet instant au bord de mer ou au volant de leurs bagnoles à cent mille Euros, on se dit que leur désertion pure et simple ferait entrer un peu d’air dans le bouge, dès lors que les responsables de la Fédération n’ont pas le cran de les foutre dehors.

Le bilan est sans appel : on a abandonné à l’errance une équipe mentalement dominée par trois ou quatre types qui n’en avaient strictement rien à faire. Quant aux recours possibles à ce vide, ils ont piaffé sur le banc des remplaçants, ruminant leur frustration et sans doute aussi  leur honte. À l’heure précise où une prometteuse équipe de rugby naissait en Argentine, quand les équipes pourtant éliminées de l’Euro 2012 se battaient jusqu’au bout pour l’honneur, les footballeurs français vaincus d’avance par eux-mêmes ont étalé, grotesques, la suffisance, l’orgueil débile, l’indifférence, en un mot l’arrogante et suicidaire stupidité d’un corps malade qui n’a plus de nation que le nom.

Et ce ne sont certainement pas les cent cinquante ou deux cents imams commis ces jours-ci par l’Algérie et le Maroc au soin des âmes en prière dans les rues et dans les mosquées de nos villes qui me diront le contraire. Ceux-là jouent en équipes et semblent pour de bon certains de vaincre.

Alain Dubos

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