Les accointances fusionnelles entre national-socialisme et islamisme

Publié le 26 décembre 2011 - par - 3 570 vues
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1 – Introduction

Ce n’est pas pour rien qu’après le Deuxième Guerre Mondiale, de nombreux Nazis ont trouvé refuge au Proche-Orient. Ce n’est pas pour rien que des scientifiques allemands, après avoir collaboré à la mise au point des V1 et V2 pour le compte d’Hitler, ont travaillé en Égypte à un programme initié par Nasser[1]. de missiles destinés à frapper l’État hébreu. Ce n’est pas pour rien que nombre d’entre ces «réfugiés» se sont même convertis à l’islam, et ce, non point par opportunisme, mais avec sincérité. Ce n’est pas pour rien que Mein Kampf est un best-seller[2] dans les pays musulmans (alors qu’il est interdit dans la plupart des pays européens). Le national-socialisme et l’islam ont toujours entretenu les meilleurs rapports et ont d’ailleurs de nombreux points communs qui les rapprochent. L’antisémitisme est assurément l’un d’entre eux, et non pas le moindre[3]. Cependant, leur convergence idéologique est plus profonde. La démarche intellectuelle qui mène au national-socialisme et celle qui conduit à une conversion à l’islam se ressemblent fort et font appel aux mêmes concepts et aux mêmes pulsions.

Cela, ce n’est pas moi qui le dis, mais Adolf Hitler lui-même.

2 – Ainsi parlait Adolf Hitler…

Dans les Propos de table, ce dernier déclare (conversation du 5 juin 1942) : Et cette fois, nous éprouvons une violente sensation de colère à la pensée que les Allemands ont pu s’enliser dans des doctrines théologiques privées d’une quelconque profondeur quand sur la vaste Terre il y en a d’autres, comme celle de Confucius, de Bouddha et de Mahomet, qui, à l’inquiétude religieuse offrent un aliment d’une bien autre valeur.

Toujours dans ces Propos de table, le Führer, le 1er août 1942, réitère son admiration pour l’islam. Nous ne comprenons pas, dit-il, que les prêtres s’imaginent Dieu à la ressemblance d’un homme. De ce point de vue, les disciples de Mahomet sont, de loin, supérieurs aux prêtres, parce qu’ils n’éprouvent pas le besoin de figurer Allah physiquement.(…) L’époque arabe fut l’âge d’or de l’Espagne la plus civilisée. Puis vint le temps des persécutions toujours recommencées.

Le 18 août 1942, il disait : la civilisation a été un des éléments constitutifs de la puissance de l’Empire romain. La même chose se produisit en Espagne, sous la domination des Arabes. La civilisation y a atteint un niveau rarement atteint. Une époque, indiscutablement, d’humanisme intégral, dans laquelle régna le plus pur esprit chevaleresque. L’intrusion du christianisme y a apporté le triomphe de la barbarie. L’esprit chevaleresque des Castillans est en effet un héritage des Arabes.

C’est idiot et, d’un point de vue historique radicalement faux, mais qu’importe, ce qui compte, c’est qu’Hitler le pensait. Hitler regrettait que Charles Martel n’eût pas été battu à Poitiers, en 732. En effet, selon le Führer, si Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit, le christianisme, est une chose tellement insipide !) il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêché par le christianisme. Veut-on d’autres citations d’Adolf Hitler sur ce sujet ? En voici :

Tout l’islam vibrait à l’annonce de nos victoires. Les Egyptiens, les Irakiens et le Proche-Orient tout entiers étaient prêts à se soulever.  […] C’est en effet une particularité du monde musulman que ce qui touche les uns, en bien ou en mal, y est ressenti par tous les autres, des rives de l’Atlantique à celles du Pacifique.

Ou encore : Je suis persuadé que […] les peuples régis par l’Islam seront toujours plus proches de nous que la France, par exemple, en dépit de la parenté du sang qui coule dans nos veines.

3 – Les convergences doctrinales

Heinrich Himmler (dont, paraît-il, le Coran était le livre de chevet), avouait, en 1943, qu’il n’avait rien contre l’islam parce que cette religion se charge elle-même d’instruire les hommes, en leur promettant le ciel s’ils combattent avec courage et se font tuer sur le champ de bataille ; bref, c’est une religion très pratique et séduisante pour un soldat.

Interviewé en 1978, Léon Degrelle déclarait : une chose aussi que le public ignore : 60.000 de nos camarades [Waffen SS] étaient des musulmans. Hitler était très sensible à… à l’islam, ça c’est vrai. Mais d’autre part, il savait les possibilités immenses que représentait l’islam pour une Europe unie.

On pourrait se livrer à une lecture comparative du Coran et de Mein Kampf. L’exercice est édifiant ! D’ailleurs, dans l’édition française de Mein Kampf, publiée avant la Seconde Guerre Mondiale, figure un avertissement dans lequel on peut lire : [Mein Kampf], répandu en Allemagne à plus d’un million d’exemplaires, a eu sur l’orientation soudaine de tout un peuple une influence telle qu’il faut, pour en trouver l’équivalent, remonter au Coran.

Mohamed et Hitler avaient la même vision prophétique de leur mission. Ils ont utilisé les mêmes procédés. Par exemple, le national-socialisme comme l’islam ne tolèrent aucun rival. L’un comme l’autre se sont attaqués au judéo-christianisme (mais en aucun cas le Führer ne s’en est pris à l’islam, bien au contraire). L’un comme l’autre ont unifié leur ennemi. Ceux qui sont infidèles en aident d’autres (Coran, sourate VIII, versets 73 à 75), tandis que le Führer attaquait la «ploutocratie juive» et accusait pêle-mêle juifs, catholiques, protestants, libéraux, socialistes, communistes et démocrates de tout poil de se coaliser pour imposer le marxisme et la domination juive mondiale.

Dans Mein Kampf, Hitler l’a d’ailleurs écrit noir sur blanc : L’efficacité d’un véritable leader national consiste principalement à empêcher la division de l’attention d’un peuple, en le concentrant toujours sur un ennemi simple. Le combat sera plus uniforme, la force sera plus grande, la cause plus magnétique et le coup plus puissant. Cela fait partie du génie d’un grand leader de faire en sorte que les adversaires dans différents domaines apparaissent comme appartenant à une seule catégorie. C’est exactement ce qu’a fait Mohamed !

L’un comme l’autre avaient le culte de la violence et de la mort. Dans son livre, Hitler écrit L’armée enseigne l’obéissance à de jeunes hommes, ou encore : pour conditionner le soldat aux terreurs de la guerre, l’ennemi doit être présenté comme un barbare. Ces phrases semblent faire écho à ce verset du Coran : Assurément, Allah aime ceux qui combattent pour sa cause dans de grandes formations militaires formant un mur compact. (sourate LXI, v. 4)

4 – Les convergences dans les faits

4 – 1 – L’avant-guerre

Dès sa naissance, le nationalisme arabe moderne, a eu des fréquentations troubles.

Dès 1933, des tentatives eurent lieu pour entrer en contact avec Hitler et les nationaux-socialistes, notamment par le truchement d’Hadj Amin El Husseini, Grand Mufti de Jérusalem, mais à l’époque, Hitler s’imaginait qu’il pourrait s’allier avec les Britanniques contre le reste de l’Europe et souhaitait les ménager. Sans doute aussi, l’Allemagne, encore empêtrée dans les conséquences de sa défaite de 1918 et confrontée à la crise mondiale, avait-elle d’autres préoccupations que le Moyen-Orient. L’Allemagne des années 1930 laissa donc les mains libres à l’Italie dans cette région, conformément aux discussions secrètes qui ont accompagné la signature du Traité de l’Axe (24 octobre 1936).

Dans les mois qui ont suivi, l’Italie adopta la cause arabe et, le 18 mars 1937, Mussolini reçut à Tripoli le Glaive de l’Islam (sayf al islam) et condamna l’impérialisme britannique et les implantations juives de Palestine. Un programme de propagande radiophonique antibritannique à l’usage du monde arabe fut émis à partir de Bari. Et au Yémen, l’Italie soutint l’imam zaydite Yahia, tout en critiquant la politique des Anglais à Aden.

Toutefois, l’Italie ne réussit jamais à séduire les Arabes qui la suspectèrent de vouloir remplacer les Anglais et les Français dans la région, notamment après ses exactions en Libye.

L’Allemagne et le national-socialisme furent plus populaires. Dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, des messages de félicitation lui parvinrent de tout le monde arabo-musulman. Les Frères Musulmans, en particulier, cherchèrent à l’islamiser ; on lui trouva des origines arabo-musulmanes, comme pour Jorg Haider aujourd’hui. Il fut rebaptisé Abou Ali–Mohammed Haidar (le Brave) en Egypte, et ses sympathisants firent régulièrement un pèlerinage à Tanta, dans le delta du Nil, pour aller se recueillir dans la maison où serait née la mère du dictateur allemand. Mussolini était considéré comme un vrai musulman et il fut affublé du nom de Moses Nili (Moïse du Nil).

En octobre 1933, Ahmed Hussein fonda le mouvement nationaliste et paramilitaire égyptien misr al fatat (Jeune Egypte) et ses «chemises vertes» inspirées par les «chemises brunes» S.A, calqué sur le mouvement national-socialiste Jung Deutschland. Comme leurs homologues allemands, les militants saluaient le bras tendu[4], réunissaient des meetings de masse, organisaient des processions avec des torches… Les slogans en usage étaient : «un peuple, un parti, un chef», traduction pure et simple de celui des suppôts d’Hitler : ein Reich, ein Volk, ein Führer ou encore : l‘Egypte par dessus tout, là encore traduction littérale de Deutschland über alles.. Ce parti prônait des actions comme le boycottage des entreprises ou des commerces juifs. Ses membres cherchaient à intimider les juifs Egyptiens, boycottaient leurs boutiques ou les attaquaient physiquement Nasser a été membre de ce parti.

La même année, en Syrie, Anton Saada, mieux connu sous le nom de «Führer syrien» créa le parti du Hisb-el-qaumi-el-suri (PPS), ou Parti National Socialiste (c’est on ne peut plus clair !), qui prenait pour modèle le national–socialisme allemand. La bannière du PPS portait la croix gammée sur fond noir et blanc.

*

A la suite du rapport Peel, El Husseini, dont nous reparlerons longuement plus loin, rencontra le 15 juillet 1937 le Consul Général allemand à Jérusalem pour demander que le Reich déclare publiquement son opposition à ce rapport. L’Allemagne ne réagit pas, préférant laisser toute liberté aux Anglais, puis aux Italiens après le début de la guerre. Le 17 juillet 1937, Hikmet Sulaiman, Ministre des Affaires Etrangères irakien, demanda lui aussi le soutien allemand lors de la discussion du rapport Peel à la Société des Nations. Mais les Allemands furent réticents et un mémoire rédigé par le baron diplomate von Weizsäcker conseilla de ne pas donner suite aux réclamations arabes afin de ne pas froisser l’Angleterre, qu’Hitler voulait encore ménager.

Le Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin El Husseini, co-fondateur de l’OLP, fomenta des troubles en Palestine après les accords Sykes Picot prévoyant un foyer juif en Palestine, conformément à la Déclaration Balfour de 1917. Les Allemands finirent par s‘opposer à cet accord. En effet, selon eux, ce «foyer juif» «servirait à doter le judaïsme international – comme dans le cas de l’État du Vatican et du catholicisme – d’une base de pouvoir sanctionnée par le droit international». Ce dernier point était la reprise d’une idée inscrite dans Mein Kampf.

Hitler finança la rébellion arabe qui dura de 1936 à 1939. El Husseini fut condamné par les anglais à dix ans de travaux forcés; mais il réussit à s’enfuir en Syrie.

Cherchant à «apaiser» le climat politique, le nouveau gouverneur anglais (et juif) de la Palestine des années 1920, Herbert Samuel gracia El Husseini. Il le nomma même Grand Mufti à vie (ce qui était une innovation peu appréciée par les Arabes), puis Président du conseil suprême des communautés musulmanes. Ces deux titres lui conféraient en fait à la fois le pouvoir religieux et politique, sans qu’il en eût les compétences. En effet, sa formation à l’université d’Al Azhar du Caire ne dura que quelques mois et il n’y put obtenir aucun diplôme. Et il ne devait ses nominations qu’à la situation privilégiée de sa famille à Jérusalem.

En 1940, le Mufti avait demandé aux puissances de l’Axe de reconnaître le droit arabe sur toute la Palestine et de trouver une solution aux «éléments Juifs» qui s’y trouvent, selon la même ligne que celle adoptée pour résoudre la question juive en Europe.

D’autres pays étaient favorables aux Allemands. De 1913 à 1924, un obscur chef de tribu du centre de l’Arabie, le Nadjd, avait lancé ses troupes à la conquête de la péninsule arabique, devenant le roi Ibn Saoud, avec l’assentiment des Britanniques (le colonel Lawrence) qui voulaient contrôler le pétrole de la péninsule. Pour cela, ils avaient créé une douzaine d’États arabes concurrents. Mais cette initiative se faisait au détriment du roi légitime du Hedjaz, un Hachémite, qui reçut en consolation la Transjordanie et l’Irak. Le roi Ibn Saoud n’était pas heureux de la cession du port d’Aqaba à la Transjordanie que les Anglais occupaient alors. Le rapprochement avec les Allemands se fit après le rapport Peel. En novembre 1937, le secrétaire du roi sollicita l’établissement de relations diplomatiques auprès de l’ambassadeur allemand en Irak, Fritz Grobba ; celui-ci fut accrédité en septembre 1938 auprès de la cour saoudienne. L’Arabie Saoudite demanda alors à l’Allemagne de l’aider à acquérir une indépendance totale. Elle demanda discrètement son soutien au Reich, son amitié et des armes en échange d’une neutralité bienveillante en cas de guerre. La guerre approchant, l’Allemagne céda aux demandes saoudiennes. En juin 1939, Hitler et Ribbentrop assurèrent l’ambassadeur extraordinaire saoudien de leur soutien. Un crédit de six millions de Reichsmark fut attribué au gouvernement saoudien pour lui permettre d’acquérir une petite usine de munitions, de la DCA, des chars légers et 4000 fusils. Mais le programme fut annulé avec la guerre, et l’Arabie Saoudite rompit ses relations diplomatiques avec Berlin, sous la pression de l’Angleterre.

L’Irak fut également soumis aux mêmes pressions, et y céda d’autant plus facilement que, si le ministre des Affaires Etrangères, Nouri Saïd, était pro-britannique, le Président du Conseil, Rashid Ali Al Gaylani, était favorable à l’Axe. Par l’entremise de son ministre de la justice, il entra en pourparlers avec l’Allemagne afin de s’assurer que l’Italie ne ferait pas d’autres conquêtes aux détriments des Alliés. Mais les Allemands ne voulaient pas contrarier le Duce et demeuraient neutres. Al Gaylani fut chassé de son poste le 31 janvier 1941. Les premières victoires de l’Axe renforcèrent le sentiment pro-allemand et cela aboutit au coup d’État de 1941.

*

Comme on le voit, les années 1930 sont marquées par l’émergence d’une collusion objective entre le monde arabe et l’Allemagne, même si cette dernière répugna à profiter de la situation par souci de ménager l’Angleterre. La volonté de revanche après la chute de l’empire ottoman, l’ampleur du sentiment pro-allemand et la haine du nationalisme juif en Palestine marquèrent d’une façon décisive les débuts du nationalisme arabe moderne. Observons que nationalistes laïcistes (Baas) et islamistes (Frères Musulmans) partageaient la même stratégie, même si leurs objectifs, apparemment semblables (la libération et l’unification des pays arabes), différaient cependant sur le long terme, bien que nul, à l’époque ne le reconnût, ni même n’en parlât. Les nationalistes voulaient l’unité d’un monde arabe fort, alors que les autres, les «religieux», pensaient au triomphe de l’islam, de tout l’islam, de l’oumma.  Est-ce cependant une véritable différence ? Les propos de Michel Aflak, qui, bien que chrétien, soutenait que l’islam faisait partie intégrante de l’identité arabe, sont pour le moins troublants…

4 – 2 – La guerre 1939/1945

4 – 2 – 1 – Les Arabo-musulmans se rangent derrière l’Axe[5]

De son côté, Hassan el Banna, fondateur des Frères Musulmans en 1928,  professait : l’islam est dogme et culte, patrie et nationalité, religion et État, spiritualité et action, Coran et sabre, slogan qui n’est pas sans relents nazis ou fascistes.

Le 20 janvier 1941, El Husseini écrit une lettre personnelle à Hitler[6] pour lui annoncer que le monde arabe pouvait commencer la guerre contre l’Angleterre à condition d’avoir certaines garanties et une aide économique et militaire. Le 6 avril, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Weizsäcker, écrivit que les Allemands aideraient financièrement et militairement les Arabes si l’on trouvait une route sûre pour acheminer le ravitaillement.

Le 1er avril 1941, en Irak, un coup d’État, fomenté à l’instigation de Hadj Amin el Husseini par un groupe d’officiers nationalistes appelé le carré d’or, détrôna le régent pro-anglais Abdullah (un Hachémite) et remit Al Gaylani au pouvoir (Khayrallah Toufah, oncle et père adoptif de Saddam Hussein, a participé à ce coup d’État). Les Anglais envahirent aussitôt l’Irak mais se heurtèrent à une vive résistance. Al Gaylani était soutenu par l’amiral Darlan, homme fort du régime de Vichy, qui lui fournit quelques armes à partir de la Syrie sous mandat français. L’Italie envoya quelques escadrilles, tout comme l’Allemagne, mais pour cette dernière, il s’agissait surtout d’une opération de diversion. Hitler avait l’intention de conquérir cette région, mais seulement après l’achèvement de l’opération Barberousse contre l’Union Soviétique. Le régime irakien ne put résister aux bataillons anglais déployés à partir de l’Inde, et le 29 mai Bagdad  tomba. Al Gaylani s’enfuit alors en Iran.  

4 – 2 – 2 – Naissance du parti Baas

Le chrétien Michel Aflak, diplômé d’histoire à la Sorbonne, fonda en 1941 le Comité Syrien d’aide à l’Irak libéré, d’où sortira quelques mois plus tard le parti Baas.

Le groupe d’intellectuels socialisants et nationalistes qui entouraient Aflak ont jeté les bases du «Croissant fertile». Cette entité devait regrouper l’Irak, la Syrie-Liban et la Palestine en vue de former ultérieurement une seule nation arabe et laïque, du Golfe Persique jusqu’à l’Atlantique. Les idéaux de ce nouveau parti, qui sera officiellement créé deux ans plus tard, s’inspirent à la fois du socialisme de Marx et du nationalisme d’Hitler et ils ont fortement influencé le nassérisme. À sa naissance, le Baas a été aidé financièrement par Hadj Amin el Husseini. Il créa des sections régionales en Transjordanie (1948), au Liban (1949), puis en Irak (1951). En 1953, le Baas fusionna avec le Parti socialiste arabe de Akram Hourani et prit le nom de «Baas arabe et socialiste». Son mot d’ordre devint «unité, libération, socialisme». Il se mit à recruter parmi les élites intellectuelles aigries, car elles ne trouvaient pas d’emplois correspondant à leur niveau d’instruction et de qualification, ainsi que parmi les militaires humiliés par les défaites successives face à Israël.

Actif sur les scènes politiques syrienne et irakienne (bien que les deux branches se soient toujours opposées et même combattues), le Baas sembla toucher au but quand l’Egypte et la Syrie s’unirent, en 1958, sous le nom de République Arabe Unie. Pourtant, les membres du parti ont été marginalisés au sein du pouvoir, les masses, elles, se laissant séduire par le charisme de Gamal Abdel Nasser. Le Baas n’avait aucun tribun de la taille du président égyptien. Le parti Baas prendra pourtant le pouvoir en Syrie dès 1953 puis en 1963 et en Irak en 1958 par le coup d’État militaire de Kassem. Toutefois, il ne s’agit pas du même Baas dans ces deux pays ! Depuis, le Baas, ou, plus exactement, les Baas ont été le moteur du pouvoir dans ces deux pays devenus des dictatures sanguinaires et inflexibles, dirigées respectivement par la dynastie alaouite des El Assad à Damas et par le sunnite Saddam Hussein à Bagdad jusqu’à sa chute.

Sami al-Joundi, l’un des fondateurs du parti Baas syrien, rappelle : Nous étions racistes. Nous admirions les nationaux-socialistes. Nous étions immergés dans la littérature national-socialiste et ses livres… Nous fûmes les premiers à penser à faire une traduction de Mein Kampf. Toute personne vivant à Damas, à cette époque, fut témoin de cette inclination arabe pour le national-socialisme allemand.

4 – 2 – 3 – Les Frères Musulmans principal soutien des Nazis

On sait que durant la Seconde guerre Mondiale, les Frères Musulmans soutinrent les forces de l’Axe. Des Frères s’enrôlèrent même comme espions dans l’Afrika Korps de Rommel. Un jeune lieutenant, Anouar El-Sadate, fut capturé et emprisonné dans ces circonstances. Un autre membre eut plus de chance et traversa la guerre sans encombre : il s’agit de Gamal Abdel Nasser. .

4 – 2 – 4 – Autres pays du Moyen-Orient

En Syrie, les Forces Françaises Libres et les Anglais parvinrent à chasser les troupes de Vichy. Mais il ne faut pas perdre de vue que pendant les 18 mois d’occupation vichyste, les Allemands avaient construit trois terrains d’aviation en prévision d’une future bataille qui devait prendre en tenailles le canal de Suez par le Nord (Canaris) et par l’Ouest (Rommel), à Damas, à Palmyre, et à Rayan au Liban. Ce fut ensuite au tour de la Perse de tomber. Les Britanniques adressèrent au Shah Reza Pahlevi (le père du Shah renversé par Khomeiny), qui avait déclaré la neutralité de son pays, un ultimatum lui enjoignant de livrer les navires et officiels de l’Axe se trouvant sur son territoire. Devant son refus, ils envahirent la Perse avec les Soviétiques, et le 17 septembre, les armées alliées entrèrent à Téhéran. Le Shah abdiqua en faveur de son fils et la résistance prit fin.

La Turquie flirta avec le 3ème Reich, en signant en mai 1941 un accord commercial et en juin 1941 un pacte d’amitié ; mais elle a gardé in fine une certaine neutralité qui lui a évité le renouvellement des déboires de la Première Guerre Mondiale. Par ailleurs, Atatürk (décédé juste avant la guerre en 1938) n’éprouvait aucune sympathie pour les Nazis ni pour Hitler et il appelait Mussolini «la hyène». Il avait même nommé un juif ministre des Finances pour bien montrer son hostilité au national-socialisme. Pourtant Hitler lui avait offert de nombreux territoires (Syrie, Kurdistan…) contre son engagement formel à ses côtés. De même, le 3ème Reich a facilement infiltré les partis nationalistes d’Afrique du Nord sous le régime de Vichy[7].

4 – 2 – 5 – Hadj Amin El Husseini, Grand Mufti de Jérusalem

Le Grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin El Husseini, est né en 1893 dans une riche et influente famille de Judée. Il servit dans l’armée ottomane lors de la Première Guerre Mondiale, donc aux côtés des Allemands. Il était réputé comme violent et fanatique. Tout en affirmant qu’il cherchait à affermir l’ordre, après avoir créé des milices armées, il fomenta de meurtrières émeutes antisémites en 1929 (Hébron) et en 1936/39 (Jaffa),. Il fut également à l’origine des troubles en Palestine après les accords Sykes Picot prévoyant un foyer juif. Il fut condamné par les Britanniques à dix ans de travaux forcés, mais il réussit à s’enfuir en Syrie.

Le temps passait, et après l’échec d’Irak et la victoire alliée de 1942 à El Alamein, il devenait évident que le projet serait difficile à réaliser…

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Le Mufti se réfugia alors à Berlin où il s’autoproclama «Premier ministre» d’un gouvernement panarabe dont le ministre des Affaires étrangères était le chef irakien exilé, Al Gaylani, et le ministre de la guerre, Fawzi El Kaujki. Il était payé l’équivalent de 10.000 $ par mois, sur des fonds secrets de la SS provenant de la confiscation de biens juifs. Par de nombreuses émissions de radio, le Mufti tenta de galvaniser ses nombreux disciples, en leur demandant de ne pas perdre espoir en dépit de l’échec de Rommel à El Alamein. Rappelons que par sa victoire sur Rommel en octobre 1942, Montgomery avait sauvé de la mort les Juifs du Moyen Orient.

Par ses appels au crime (Levez-vous, ô fils d’Arabie, combattez pour vos droits sacrés ! Massacrez les Juifs partout où vous les trouvez ; leur sang répandu plaît à Allah, notre histoire et notre religion. Cela sauvera notre honneur), Husseini tenta de provoquer une rébellion généralisée dans le monde arabe. Un commando germano-arabe fut parachuté en Palestine fin 1944, ayant comme objectif d’empoisonner des puits de Tel Aviv, mais sans succès.

Le Mufti eut aussi une certaine influence dans la réalisation du génocide juif. Il a visité avec son fidèle ami Adolf Eichmann les chambres à gaz d’Auschwitz. Fin 1942, Eichmann ordonna que 10.000 enfants juifs soient envoyés de Pologne à Theresienstadt. La Croix Rouge offrit de les échanger contre des civils allemands. Husseini eut vent de ce projet et protesta auprès de Himmler, l’avertissant que les jeunes Juifs d’aujourd’hui pouvaient devenir de grands gaillards assoiffés de vengeance. L’échange fut annulé. Il intervint également pour que les enfants juifs Roumains ne soient pas épargnés. Il fit échouer par ailleurs toute tentative de compromis relatif au sort des juifs de Hongrie à la fin de la guerre.

Dans ses Mémoires, El Husseini rapporte un entretien avec Hitler, révélant ses objectifs : la condition fondamentale que nous avions posée aux Allemands pour notre coopération était d’avoir les mains libres dans l’éradication de tous les Juifs, jusqu’au dernier, dans la Palestine et le Monde Arabe. J’ai demandé à Hitler (allusion à la rencontre du 28 novembre 1941) qu’il me donne son engagement explicite pour nous permettre de résoudre le problème juif d’une façon conforme à nos aspirations nationales et raciales et correspondant aux méthodes scientifiques inventées par l’Allemagne dans son traitement des juifs. J’eus la réponse suivante : «les Juifs sont à vous».

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Ayant lancé une fatwa par laquelle il faisait un devoir religieux pour tout musulman de collaborer avec les forces nazies, il organisa pour Himmler des divisions SS en Bosnie-Herzégovine et en Albanie. En Bosnie, il fut aidé par le Président des Jeunesses Musulmanes de l’époque, un certain Ilya Izetbegovic… La division  bosniaque était au départ croato-bosniaque. A ce moment, la Croatie était soumise à la dictature d’Ante Pavelic, allié de l’Allemagne. Cette réunion ne dura cependant pas, et la division Handschar devint purement bosniaque et musulmane. Ces divisions SS (Handschar en Bosnie, et Skanderbeg en Albanie) étaient connues pour leur cruauté et même leur sauvagerie. Même les SS allemands en étaient écœurés, ce qui n’est pas peu dire ! La division Skanderbeg massacra tous les juifs de Pristina.

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Après la guerre, El Husseini fut déclaré criminel de guerre. Après un bref passage en France, il se réfugia en Egypte et rejoignit un réseau d’espionnage, de sabotage, et de propagande antisémite auquel participaient de nombreux nazis. Il semble qu’il ait reçu une certaine protection de chefs d’État occidentaux, dont, peut-être, De Gaulle, qui rêvait déjà d’une «grande politique arabe» pour la France ! L’influence du Grand Mufti décrut avec la défaite des armées arabes en 1948, mais il conserva un immense prestige dans le monde arabe, comme en témoignent les manifestations de sympathie à sa mort, en 1974. Lorsque la Yougoslavie demanda son extradition, la Ligue Arabe refusa de le livrer. Évincé comme Mufti de Jérusalem par le roi Abdallah de Jordanie qui avait annexé la Cisjordanie en 1948, Husseini le fait assassiner en 1950, un vendredi à la sortie de la mosquée d’Al Aqsa. Hadj Amin Al Husseini est devenu dans le monde arabe le héros de l’Islam conquérant, antioccidental et anti-juif. Pourtant sa seule contribution positive à l’Islam a été la collecte de fonds pour restaurer le dôme du Rocher et le faire recouvrir d’une pellicule d’or… et la plus négative pour un démocrate a été la pratique constante de la désinformation, devenue l’expression ordinaire de tout pouvoir arabe et de toute organisation islamiste.

On notera aussi que lors de son exil au Caire dans les années 50, Hadj Amin el Husseini a eu une grande influence idéologique sur deux étudiants, Yasser Arafat (de son vrai nom Abdel Rahman al Raouf Arafat al Qoud Al Husseini et qui était son neveu) et Saddam Hussein. N’oublions pas non plus que Leïla Chahid, représentante de l’Autorité Palestinienne auprès des instances européennes est sa petite-fille et que Fayçal El Husseini, représentant de l’OLP à Jérusalem, mort d’une crise cardiaque au Koweït, était son petit neveu. De même le Grand Mufti de Jérusalem nommé par Arafat, cheikh Iqrima Sabri fait partie de la famille Husseini.

Rappelons également une des dernières interviews (juin 2001) de Fayçal Husseini avant sa mort : nous acceptons comme tactique la création de deux états en Palestine, mais notre stratégie à long terme reste la Palestine arabe du Jourdain à la mer.

4 – 3 – L’après- guerre

L’action du Grand Mufti de Jérusalem est très importante dans la constitution de l’idéologie islamiste moderne, axée à la fois sur la reconstitution de l’oumma (nation arabe) par des moyens même violents et sur une recherche identitaire s’inspirant des origines de l’islam, d’où la haine de l’Occident et d’Israël. L’argent du pétrole a financé pendant deux générations cette haine et sa transformation en dogme. Nourri de Marx et d’Hitler, le Baas (et son succédané, le nassérisme) a été le creuset politique où a sombré une partie du Moyen Orient, l’entraînant dans la régression socio-économique et l’éloignant des réalités du monde moderne. Héros et champion d’un nationalisme arabo-musulman, Hadj Amin el Husseini a jeté les bases d’un islam délinquant et suicidaire.

On peut discerner une continuité entre l’idéologie nationale-socialiste et les activismes nationalistes arabes et islamistes. Il a existé de par le monde d’autres mouvements nationalistes qui s’inspiraient peu ou prou du national-socialisme, mais la filiation n’est pour aucun aussi nette, aussi complète qu’en ce qui concerne le nationalisme arabe. Franco, qui avait été porté au pouvoir par les Allemands et les Italiens, n’en a pas moins refusé de s’associer à Hitler dans la guerre. Il y a des différences notables entre national-socialisme fascisme, franquisme, salazarisme, péronisme, etc. tant au niveau de la doctrine que du comportement. En fait, ce nationalisme, se prétendit-il laïque, socialiste ou progressiste, n’a pu «coller» au nazisme aussi étroitement, tant par la doctrine que par les faits, que parce qu’il était inspiré par l’islam. C’est la ressemblance profonde et la connivence entre islam et national-socialisme qui a conduit le nationalisme arabe à de telles extrémités. C’est parce que l’islam, qui est la culture de base des Arabes, l’un de leurs critères identitaires, et même le plus fort d’entre eux,  ainsi que le notait Michel Aflak, ressemble au national-socialisme que ce dernier a pu s’immerger si profondément dans le monde arabe. C’est en raison de ce même cousinage que les musulmans ont participé avec un tel enthousiasme aux opérations les plus ignobles du nazisme. Obéissant au Führer, ils suivaient très exactement les ordres du Prophète. Il n’existait nulle opposition, nille contradiction, entre les commandements de l’un et de l’autre.

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Après la Guerre, de nombreux Nazis trouvèrent refuge dans des pays arabo-musulmans (voir ci-dessous une liste non exhaustive). Le cas de Johann von Leers est exemplaire à ce propos. Membre dirigeant du NSDAP à la fin de 1929, colonel SS, rédacteur de Der Angriff, auteur de différentes études d’anthropologie, le professeur d’université von Leers fut l’intime collaborateur de Joseph Goebbels, lequel lui confia la direction du Nordische Welt, organe de la Société pour la préhistoire et la protohistoire germanique. Après dix-huit mois d’internement dans un lager anglo-américain, von Leers réussit à fuir en Argentine, où il dirigea un journal en langue allemande. A la chute de Perón, il se mit à l’abri en Egypte, où il se convertit à l’islam et prit le nom d’Omar Amin. Il organisa au Caire l’Institut de Recherche sur le Sionisme, dirigea des émissions de radio écoutées dans tout le monde arabe, se chargea d’une importante collection de textes islamiques destinés au public allemand et mit en œuvre diverses initiatives éditoriales de propagande. Il devint un ami proche de l’inévitable ancien Grand Mufti de Jérusalem.

D’autres que lui se convertirent à l’islam et occupèrent des fonctions d’un certain, niveau dans l’État égyptien. Citons, Joachim Daeumling, ex-chef de la Gestapo à Düsseldorf ; qui réorganisa la police en Egypte, William Boeckler (Abd el Karim), ex-capitaine de la Gestapo, qui assuma une charge au service de l’information, l’ex-SS Wilhem Berner qui entraîna les feddayin palestiniens, l’ex-SS Gruppenführer A. Moser (Hassan Suleyman) qui occupa un poste d’instructeur militaire, l’ex-commandant de la garde du corps d’Hitler, Leopold Glein (An Nasir) qui alla former les cadres des services de sécurité, Louis Heiden (al Hadj), ex-membre de l’Office central de la Sécurité du Reich, qui traduisit Mein Kampf en arabe.

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Louis Al Hadj, traducteur de l’édition arabe de Mein Kampf, best-seller dans le monde arabo-musulman, écrit avec fierté, dans la préface, comment l’idéologie d’Hitler et ses théories du nationalisme, de la dictature, et de la race sont en progression constante actuellement dans nos États arabes.

Un journal jordanien, Al-Sabil, écrivait en 1999  (non, ce n’est pas une faute de frappe, c’est bien 1999 !) : Hitler a atteint ce qu’aucun Arabe n’est parvenu à faire jusqu’à aujourd’hui ; considérez Hitler et reprenez ainsi l’espoir d’une Jérusalem libérée.

Le 23 octobre 1970, le Nazional Zeitung, journal favorable aux idées nationales-socialistes, publié à Munich, contenait l’annonce suivante : On recherche de courageux camarades prêts à se joindre à nous, un groupe d’amis politiquement engagés, pour un voyage au Moyen-Orient comme correspondants de guerre, pour étudier la GUERRE DE LIBERATION des réfugiés palestiniens, afin de reconquérir leur pays. Si vous avez une expérience des tanks, présentez immédiatement vos candidatures. L’argent n’est pas un obstacle. Seuls comptent l’esprit de camaraderie et le courage personnel. Toute information sur l’Organisation de Libération de la Palestine sera fournie sur demande.

Le 28 mars 1970, lors d’un sommet de partis nationalistes européens à Paris, Jean Robert Debbaudt, un ancien officier SS belge, mit son parti «totalement et inconditionnellement au service de la résistance palestinienne». Des camps d’entraînement des Palestiniens furent organisés dans les Pyrénées espagnoles, et dans le Haut-Adige italien (à Malta Crouni). Le camp de Malta Crouni, en particulier, était dirigé par le groupe fasciste Avanguardia Nazionale, et visait à forger la jeunesse palestinienne.

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Il existe actuellement toute une nébuleuse au sein de laquelle les extrêmes se rejoignent, réunis par l’antisémitisme (qu’ils affublent du faux-nez de l’antisionisme). Un bon exemple de cette dérive est donnée par Dieudonné M’bala M’bala, ami tout aussi bien de Le Pen que de personnalités d’extrême-gauche. Parmi ces personnalités qui n’ont en commun que leur antisémitisme rabique, on peut encore citer Alain Soral, venu de l’extrême-gauche et qui fut membre influent du Front National de Le Pen, voire le négationniste Faurisson, grand ami de l’islamiste marocain Rami, lequel l’a présenté à Ahmadinejad. Le Pen lui-même a des amis islamistes et fait même des affaires avec certains. Durant la campagne électorale pour les élections présidentielles de 2007, espérant (mais ce fut un fiasco total) récupérer des suffrages allochtones et musulmans, il a fait valoir tous ses titres d’ami de l’islam. En particulier, il a raconté que lors de l’expédition de Suez en 1956, il avait veillé à ce que les sépultures des musulmans fussent orientées en direction de La Mecque.

Que dire également de l’accueil particulièrement favorable réservé à Tariq Ramadan par les altermondialistes et autres extrême gauchistes, accueil favorable à l’homme, certes, mais aussi et surtout à ses idées ?

Les conversions à l’islam continuent. De nombreux néo-nazis se sont convertis à l’islam, notamment les fondateurs du parti national-socialiste britannique il y a quelques années. Ce ne sont pas les seuls. En Allemagne, le chef du parti NPD (néonazi) Ugo Voidt a prononcé un discours en octobre 2002 à l’occasion d’une réunion de l’association allemande islamiste Hizb ut Tahrir (désormais interdite). Le journal de ce parti a publié une interview du chef de Hisb ut Tahrir, Shakur Assem, sous le titre «Libérer la Palestine des Sionistes». Et ce même Shakur Assem, a pris la parole à Duisbourg en 2003, lors d’un meeting des Jeunes du NPD. C’est l’avocat néonazi Jürgen Rieger qui a assuré la défense des membres de l’organisation islamiste Hisb ut Tahrir. Ainsi, la boucle est bouclée. Que dire, enfin, de Sigrid Hunke (1913 – 1999), membre du NSDAP depuis le 1er mai 1937 et de la section berlinoise de l’Association des étudiants nationaux-socialistes depuis 1938,  grande amie d’Himmler, auteur d’un ouvrage paru en France en 1960, Le Soleil d’Allah illumine l’Occident ? Il s’agit d’un livre pseudo scientifique et pseudo historique, qui n’est en fait qu’une œuvre de propagande, assez habile au demeurant, qui connut un grand succès de librairie à l’époque, qui cherche à démontrer, avec des arguments biaisés quand ils ne sont pas complètement faux, que l’Occident doit tout à l’islam[8]. Les Nazis étaient les adversaires farouches de notre civilisation gréco-romano-judéo-chrétienne qu’ils voulaient anéantir. Hitler, notamment dans Mein Kampf, ne s’en est jamais caché. Défaits, déconsidérés et condamnés au silence par la force des choses, les Nazis ont transféré leurs espoirs et leurs ambitions à l’islamisme. Lui seul, selon eux, est à même aujourd’hui de réaliser les objectifs qu’ils s’étaient fixés. Ils voudraient par conséquent l’aider à triompher coûte que coûte, afin qu’il leur donne, comme une revanche, une sorte de victoire posthume.

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Ceux qui condamnent le national-socialisme, à juste titre, d’ailleurs, comme une idéologie incompatible avec les principes de base de notre civilisation, et même délétère pour celle-ci, doivent, dans le même élan, condamner l’islam et l’islamisme. Ils sont le revers et l’avers d’une même médaille. Ils sont indissociables. Il est contradictoire de se prétendre antinazi et pro islam. Les néonazis actuels sont d’ailleurs tous des laudateurs inconditionnels de la religion de Mohamed. Cela devrait mettre la puce à l’oreille des antinazis sincères. Ce n’est pas parce que l’on vient des rangs de la gauche que l’on est meilleur et à l’abri de tout reproche et de tout opprobre. Après tout, Hitler aussi, comme Mussolini, d’ailleurs, venaient de la gauche. Ces clivages gauche/droite n’ont pas de sens ici. Il n’y a que partisans du respect humain, face aux adversaires de la civilisation occidentale, de la civilisation universelle des droits de l’homme, de la liberté, de la fraternité, de la raison et de l’harmonie. Il n’y a que les tenants de la liberté individuelle face aux fanatiques sanguinaires du totalitarisme.

Il serait grand temps d’ouvrir les yeux ! Heureusement, nombreux sont ceux, de gauche comme de droite, qui l’ont déjà fait. Hélas, nombreux aussi sont ceux qui, par lâcheté, ignorance, stupidité, aveuglement voire par cynisme se refusent à le faire. Ils risquent de connaître des lendemains qui déchantent.

Christian Marot

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Post-scriptum :

De nos jours dans notre Europe, certains groupuscules dits d’extrême droite se montrent très favorables à l’islamisme ; certains de leurs membres vont même jusqu’à se convertir à l’islam. Les causes de leur sympathie envers la religion du Prophète rejoignent celles avancées par les Nazis pour justifier leur islamophilie. Un antisémitisme virulent et pathologique les anime, qui les mène à professer une préférence aberrante de l’islam aux Juifs.

Toutefois, actuellement, c’est à l’extrême-gauche que l’on trouve la plus vive empathie envers l’islam et même l’islamisme. Pensons à l’action de sape et de charme menée par un Tariq Ramadan envers les sphères gauchistes et altermondialistes. Cette islamophilie délirante s’accompagne souvent de discours favorables à des factions islamo-terroristes palestiniennes, Hamas et Hezbollah. Cet antisionisme devient souvent le masque ou le faux-nez d’un antisémitisme inavouable à visage découvert.

Est-ce le seul point commun entre ces gauchistes et les nationaux-socialistes passés et actuels ? En réalité, la convergence est plus profonde entre ce que l’on nomme (à tort) «extrême droite» et «extrême gauche». Les deux se rejoignent, malgré leur antipathie apparente.

Ce n’est pas surprenant pour qui sait qu’à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, l’antisémitisme était l’apanage des socialistes et des anarchistes. Aristide Bruant s’était présenté à la députation, en se proclamant «patriote, socialiste et antisémite». Contrairement à une légende tenace, les antidreyfusards n’étaient pas de droite et les vertueux dreyfusards des personnes appartenant à la gauche. C’était même l’inverse au début du mouvement ! Pour la gauche de l’époque, le Juif représentait le capitalisme. On ne pouvait par conséquent être anticapitaliste sans être antisémite. Certains socialistes de l’époque ont tenu des discours et écrit des textes délirants à ce propos. Par exemple cette icône du mouvement socialiste belge, Jules Destrées. Ce n’est pas pour rien non plus que des personnalités comme Henri De Man (socialiste et syndicaliste) en Belgique et, en France, Jacques Doriot (parti communiste français) ou Bergery et Charles Spinasse, entre autres, ont été des collaborateurs zélés durant les années sombres de 1939 à 1945, après, parfois, comme Doriot, être passé au fascisme avant même la Guerre.

Quant au national-socialisme, ses origines exactes se situent à gauche, et même très à gauche. Il était nationaliste, certes, mais il n’en était pas moins socialiste. Dans les années 1920, Hitler a récupéré un petit parti de gauche, le DAP (Deutsche Arbeiter Partei – Parti Ouvrier Allemand), qui avait été fondé en 1919 mais qui était une coquille vide et l’a transformé en NSDAP. (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti national-socialiste des travailleurs allemands[]). On peut donc dire que son orientation initiale était nettement à gauche. Comme il était courant à l’époque, il était également nationaliste, et parmi es premiers membres, un certain nombre venaient d’une société secrète occultiste, la Société Thulé, dont le but était de protéger le «sang aryen» des Juifs et des francs-maçons. Il existait de nombreux mouvements à l’époque qui se voulaient, à la fois, nationalistes, antisémites, populaires, voire populistes, anticapitalistes et ouvriers.

Moralité : on ne peut lutter contre une manifestation du totalitarisme sans en combattre toutes les autres formes



[1]  Un Juif d’origine allemande qui avait l’avantage d’être blond, d’avoir les yeux bleus et de n’être pas circoncis, s’est fait passer pour un ancien Nazi auprès de ces savants allemands et a réussi à les faire éliminer un par un… avant d’être lui-même arrêté et exécuté.

[2]  Mein Kampf est aussi un best-seller en Turquie, mais ce n’est pas pour les mêmes raisons. Les Turcs, en effet, n’ont pas une tradition d’antisémitisme comme les Arabes. Par contre, leur hyper-nationalisme hystérique les rend sensible aux thèses développées dans cet ouvrage exaltant la Nation et théorisant un pouvoir fort au service de cette Nation ethniquement pure. L’islam n’est pour rien dans l’admiration portée par certains Turcs au livre d’Hitler.

[3]  Maoudoudi, l’inspirateur du Frère Musulman Sayyid Qotb, commentait ainsi les versets antisémites du Coran : Par conséquent, leurs croyances, morale et conduite [des Juifs] se sont profondément dégénérées. Ce qui fait pitié est qu’ils en sont non seulement satisfaits mais qu’ils aiment à s’y raccrocher. C’est exactement le style de Mein Kampf !

[4]  Ce que font toujours les combattants du Hamas comme ceux du Hezbollah libanais !

[5] Hitler, bien que professant un parfait mépris pour les «races inférieures», avait mené une politique anticolonialiste tout azimut. Ainsi, il avait fait venir l’indépendantiste indien Subhash Chandra Bose, ancien maire de Calcutta, à Berlin, où retentit pour la première fois l’hymne indien et où furent imprimés les premiers timbres et les premiers billets de banque indiens. Bose avait été président du Parti du Congrès, mais un différend idéologique avec Gandhi l’avait conduit à démissionner. Hitler espérait, grâce à Bose, expulser les Britanniques du sous-continent. Peu avant la fin de la guerre en Europe, Bose fut exfiltré en sous-marin vers le Japon et il continua la lutte avec eux. Sa tentative de (re)conquête de l’Inde à partir de la Birmanie échoua lors de la bataille d’Imphal. De même, les Allemands avaient sorti Habib Bourguiba des geôles françaises pour le livrer à Mussolini qui devait le libérer officiellement et l’inciter à lancer un appel aux Tunisiens pour qu’ils luttent contre l’occupant français aux côtés des troupes de l’Axe. Le calcul s’avéra erroné, puisque Bourguiba recommanda au contraire à ses compatriotes de «ne pas se tromper d’ennemi».

[6]  Auquel il avait déjà écrit des 1933, mais sans recevoir alors un écho très favorable.

[7]  Algérie : CARNA, comité d’action révolutionnaire nord-africain de Yassine Abdel Rahmane, en contact avec le consul allemand Pfeifer. Maroc : l’Abwehr finança les mouvements nationalistes d’Abdel Khaled Torrès (Parti national des réformes) et de Brahim el Ouazzani (Istiqlal) Tunisie : Rudolf Rahn et le commandant Beisner soutinrent le mouvement de jeunesse destourienne de Farid Bourguiba. Lire à ce sujet « Le croissant et la croix gammée » ou les secrets de l’alliance entre l’Islam et le nazisme d’Hitler à nos jours, de Roger Faligot et Rémi Kaufer aux éditions Albin Michel (1990)

[8]  Voir Aristote au Mont Saint-Michel de Sylvain Gougenheim (op. cité)

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