Les ailes d’argent : hommage aux femmes pilotes héroïques

Publié le 12 septembre 2020 - par - 32 commentaires - 588 vues

Hommage aux héroïnes du WASP -Women Airforce Service Pilots – au service de leur Patrie

1943–1944

 

Ce livre est certes un roman, mais si bien renseigné, documenté, citant des personnages historiques tout en relatant au plus près la vie de femmes dont l’identité est aussi imaginaire que leur personnage est attachant, multipliant les détails autant que les précisions techniques, qu’il amène le lecteur à s’imprégner de l’engagement, la vie et parfois la mort de ces pilotes hors du commun. Ces femmes avaient déjà une personnalité bien marquée et transcendaient les considérations machistes de leur époque. Déjà pilotes dans le civil au grand dam des tenants de la femme fragile et des innombrables partisans de la ménagère docile, elles se portèrent volontaires pour intégrer un service à statut civil, mais d’une importance reconnue de l’US Air Force.

Créé par la célèbre Jacqueline Cochran, détentrice encore aujourd’hui de nombreux records et premières expériences féminines de pilotage, secondée par Nancy Harkness Love qui fut son premier pilote, le WASP forma plusieurs centaines de femmes au pilotage des avions de guerre, à Avenger Field (le Camp du Vengeur) après que le général Henry Harley Arnold, chef d’état-major de l’US Air Force eut reconnu l’intérêt et la nécessité de l’expérience. Celle-ci, partant du fait qu’il fallait remplacer au plus vite et régulièrement les équipages masculins que l’ennemi allemand ou japonais abattait en grand nombre, prenait en compte que vivaient aux USA des femmes passionnées d’aviation que le patriotisme, allant de soi à l’époque, pouvait conduire à piloter des avions militaires au moins hors du cadre des opérations de guerre. Si toutefois la formidable industrie américaine pouvait renouveler le matériel détruit, il n’en était pas de même pour les équipages qui demandaient de nombreux mois de formation et d’entraînement intensifs.

Notons que d’innombrables femmes remplacèrent aussi les hommes à cette occasion dans l’industrie, notamment aéronautique, où leur souplesse corporelle était appréciée pour inspecter avec risques l’intérieur des réservoirs d’ailes, ainsi que leur dextérité manuelle pour la fabrication des instruments de précision, comme cela s’était déjà vu et se renouvelait dans de nombreux pays.

Il est important de préciser que cet engagement fut totalement basé sur le volontariat et que donc rien n’obligea ces femmes d’exception à choisir une vie militarisée et tous les risques que celle-ci comportait comme nous allons le voir. Elles mirent leur passion de voler au service de leur Patrie par sens du devoir et sans revendiquer aucun droit. Si toutefois leur personnalité et leur activité aéronautique les singularisaient socialement, elles auraient pu continuer à voler tranquillement dans leurs aéro-clubs malgré la guerre. Leur fortune personnelle où leur engouement amenant à des choix et sacrifices financiers auraient pu les amener à réserver pour leur seul plaisir ce pilotage féminin si mal considéré en leur temps. Mais elles choisirent de l’engager au service de leur Patrie, considérant qu’elles devaient remplacer les hommes partis au front, même dans un cockpit, puisque leurs choix de vie les avaient amenées à cette compétence particulière et recherchée.

Nous voici donc à Avenger Field, à quelques kilomètres de la petite ville de Sweetwater, au Texas. Un endroit inhospitalier où les vents soulèvent une terre sableuse et rouge qui s’infiltre partout et rend la visibilité aléatoire. C’est là que se trouve la base aérienne affectée à la formation des WASP. Une base récente aux constructions longuement provisoires dont l’intérieur spartiate n’a d’égal que le mobilier sommaire. Les uniformes sont tout aussi provisoires et inélégants, les combinaisons de vol prévues pour des hommes et le menu de la cantine n’a rien de gastronomique. La discipline, la morale, la charge de travail et l’instruction militaires règlent tout. Le statut des WASP est civil, pas l’encadrement ni le matériel.

Nous suivons ces femmes si différentes à leur arrivée, dont la personnalité de certaines paraît anachronique, dans leur parcours semé d’examens qu’elles ne réussiront pas toutes. Nous partageons leurs espoirs et leurs efforts. Nous montons avec elles dans les avions d’entraînement et descendons avec elles aussi dans leurs doutes et leurs moments de découragement, certes furtifs.

Nous les accompagnons dans leurs craintes pour un mari ou un frère parti au front, nous nous réjouissons de leurs amours et comprenons leurs faiblesses de la chair que la guerre facilite.

Comment en serait-il autrement ? Le mépris et la désapprobation de l’encadrement masculin sont omniprésents, les déconsidérations certes verbales mais réelles ne leur sont pas épargnées et il semble que seules leurs personnalités exceptionnelles et leur solidarité féminine les protègent d’une fin de parcours volontaire aussi humiliante que brutale. Non seulement le machisme ambiant les pousse à se tenir plus haut que les hommes, mais les zones d’opérations de guerre accaparent la quasi-totalité de la production industrielle. Il en résulte que les avions sont en mauvais état, les pièces de rechange partant au plus près des différents fronts, les mécaniciens ayant pour ordre de maintenir essentiellement les moteurs en état de marche. Il est craint de piloter un avion sur la fiche d’état duquel des repères rouges ont fini par former une croix entière. Certaines paieront de leur vie cette situation. Mourir pour un pneu éclaté car trop vétuste ou un loquet de cockpit inopérant au moment d’un crash n’a rien de glorieux mais fait partie des risques librement acceptés.

Malgré tout, ces femmes admirables arrivèrent à un équivalent de grade d’officier et furent affectées à des missions à l’intérieur des USA. Certaines prirent le rôle très dangereux de remorquage de cibles pour l’artillerie anti-aérienne dont les servants étaient plus novices qu’elles.

La plupart emmenèrent des avions d’un lieu de production à leurs bases de dotation.

Elles évoluèrent sans cesse, pilotant toutes sortes d’appareils, les chasseurs les plus rapides tel le P51 Mustang et les bombardiers les plus gros tel l’ultra-moderne et coûteux B29 Superfortress.

Ce fut l’une d’elles qui testa le premier avion à réaction américain ; une remarquable preuve de confiance, de courage, d’abnégation et de sens du devoir. Pourtant, malgré cette haute performance collective et individuelle, la politique de l’époque mit fin à cette glorieuse aventure.

Dans l’impossibilité répétée d’obtenir un statut militaire aux WASP, le général Arnold décida de cesser l’expérience et prononça son arrêt total et définitif pour le 20 décembre 1944, alors que la guerre n’était pas encore terminée. Le 7 du même mois, il vint au Camp du Vengeur pour prononcer un discours où il reconnut avec émotion la haute valeur des WASP et sa reconnaissance personnelle envers elles toutes. Certaines demandèrent à poursuivre leur activité même sans être payées, mais rien n’y fit. Aucune ne put retrouver du travail en tant que pilote, pas même Jacqueline Cochran. Seuls des prétentieux de la politiques dirigeant la première puissance mondiale avaient pu se permettre ce gâchis humain et stratégique ; leur hégémonie machiste allait encore durer longtemps, y compris parmi les frères d’armes des WASP.

Trente-trois d’entre elles périrent dans des accidents d’avions. Singulièrement, il fallut attendre le même nombre en années pour qu’enfin, le 3 novembre 1977, une loi attribue aux WASP le statut militaire et donc les droits des anciens combattants. Encore que cela se fit sans gloire : peu de sénateurs défendant ce projet maintes fois remis en question, par lassitude et en l’absence d’objection, cette loi fut adoptée à l’unanimité, c’est-à-dire sans débat ni vote dans ce cas comme le prévoit la procédure parlementaire américaine. Ce sujet n’intéressait plus personne et les parlementaires préférèrent débattre d’autres sujets de l’actualité du moment. Ce mépris ne sembla pas les gêner. Les WASP et leurs défenseurs furent ainsi privés du panache d’une joute oratoire argumentée et pertinente où le passé glorieux au service de la Patrie aurait été justement reconnu.

Il ne resta à chacune de ces héroïnes que le souvenir de la camaraderie féminine, du devoir accompli et le fier insigne des WASP, un bouclier losangique porté par deux ailes argentées.

Daniel Pollett

Les Ailes d’argent, Janet Dailey, Presses de la Cité, 366 pages, 1985.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Notifiez de
SALLES

Ce livre je l’ais lu en 1987 , il est bien en vu dans ma bibliothèque. Dans la série les têtes brulées un épisode et basé sur ces femmes courageuses qui pilotaient des avions de guerre alors que ceci n’étaient pas armés , elles étaient aussi courageuses que les hommes si non plus vu qu’elle étaient ” désarmées”. Le 1 er juillet 2009 le président OBAMA et le congré des USA leurs décerneent enfin la médaille d’or du congré , le 10 mars 2020 sur les 300 survivantes ,200 ce sont déplacées a Washington pour recevoir cette médaille

F. FERRANTE

J’adore voler… Il n’y a qu’à cheval, en balade en forêt avec mon chien et mon cheval, ou en traversant au grand galop un champ d’éteules, que j’ai retrouvé cette même sensation de liberté et de plein bonheur !

Mais en tenant compte des pauvres coucous que ces femmes ont dû piloter, je dois reconnaître qu’elles ont eu un sacré courage, même si voler est vraiment fantastique.

Merci pour cet article. Bravo !

limone

merci pour ce bel article !

gélase

Quand on pense que sans ces femmes nous ne serions pas libres,… libres de faire venir tous ces petits ingénieurs, poetes, médecins, qui vont enrichir nos campagnes après avoir apporté leurs contributions dans nos grandes villes, libres de payer “la dette” à la Finance Internationale” alors que les Barbares voulaient établir la “valeur travail” en lieu et place de la dette…ouf on a eu chaud…

Irina

L’aviatrice française qui a effectué la première traversée de la cordillère des Andes, c’était bien Adrienne Bolland ?

Le prince

Pas forcément un exploit, vu la durée de la traversée…pas de quoi fouetter un chat…

Charlie des Gaules

Il existe bien encore le roi?
Et vous ne seriez que le prince?

Irina

Excellent, Charlie !

Mais vous pensez qu’il écoute Brassens ?

Irina

Bon… Admettons qu’avec un Caudron qui plafonnait à 4000 mètres ce ne soit pas un exploit…

Amelia Earhart a traversé le Pacifique en classe affaires dans un Boeing 747, sans doute…

Mais où voulez-vous en venir avec tous vos commentaires ?

Nous les femmes, nous sommes toutes des incapables, juste bonnes à pondre des mioches, c’est ça ?

Irina

Tiens, j’ai trouvé un truc rigolo pour vous, ça devrait vous plaire :

(lien → https://thehardtimes.net/culture/feminist-secretly-hates-amelia-earhart/ )

Irina

Et Maryse Bastié et Jacqueline Auriol n’étaient que des hôtesses de l’air, s’pas ?

Irina

L’URSS a d’ailleurs engagé des femmes ailleurs que dans l’aviation : il y en avait également dans l’infanterie.

Il doit rester quelques survivantes, et en tout cas il en restait au moment où YouTube est devenu populaire, car on y trouve quelques reportages fort intéressants.

Le prince

Le nombre de femmes engagées en PREMIÈRE LIGNE ? Je ne trouve pas le chiffre…

Irina

Je ne connais pas le chiffre, mais c’était bien en première ligne dans l’infanterie et dans la chasse pour l’aviation.

Vous pouvez bien citer Verdun, mais Verdun c’était la Première Guerre Mondiale. Ici, on parle de la seconde.

Irina

Et accessoirement, Verdun ne se trouve pas sur le front germano-russe, au cas où vous ne le sauriez pas.

Irina

Merci beaucoup pour cet article très intéressant !

Je connaissais l’histoire des aviatrices soviétiques, mais j’ignorais totalement l’existence d’un corps semi-militaire d’aviatrices américaines.

L’histoire nous apprend, d’ailleurs, que les aviatrices soviétiques furent fort mal considérées après la guerre : femmes à qui l’on prêtait des mœurs légères, hommasses, bref tous les clichés…

Certains historiens avancent que l’une des raisons de leur rejet était que la femme, qui donne la vie, perd en quelque sorte son âme en donnant la mort.

L’une d’elle, dont le fiancé, pilote lui aussi, avait été abattu par la chasse allemande, était possédée par le désir de vengeance, et était redoutée par les pilotes allemands.

Sait-on s’il y a eu des pilotes françaises pendant la guerre ?

Le prince

Irina…
Il n’y avait pas de femme en PREMIÈRE LIGNE, ni dans l’infanterie ni dans l’aviation..
Que des femmes aient participé à l’effort de guerre, et ce dans tous les pays engagés, oui, mille fois oui, mais pas en PREMIÈRE LIGNE…allez au Verdun et lisez les noms insçrits sur les pierres tombales…

Irina

Lisez mon commentaire plus haut. Vous dites n’importe quoi.

Irina

Et j’y suis allée, A Verdun, et non pas au Verdun. J’ai vu des cimetières français et des cimetières allemands. Aucun cimetière russe.

Lustuc

Sidérant !
Comment les responsables ont-ils pu
laisser dans l’oubli de telles héroïnes si
longtemps ?
– Mais l’héroïsme est ordinaire quand une nation se lève !

Système

L’intérêt de cet article ? Où voulez vous donc en venir ? J’ai peur de la réponse…

Laurent P

L’intérêt c’est de montrer, à ceux qui en doutent encore, que certaines femmes peuvent, lorsqu’elles le veulent, être des hommes comme les autres, voire même avec plus de c0µ!ll€$ qu’eux.

Le prince

Pardon ? Qui a fait Verdun ? Le chemin des Dames ? « Certaines femmes », « plus de couilles qu’eux »…autant d’expressions creuses sans signification réelle…

patphil

en ce qui me concerne, j’y voit un simple rappel à la réalité, beaucoup de femmes ont le même courage et souvent plus que la plupart des hommes
et aussi la timidité des zélites à reconnaitre cette réalité

Le prince

???? Vous imaginez les femmes aller batailler dans les airs ? Faire Verdun ? Stalingrad ? Sérieux ?

Omer Dalor

Intéressez-vous aux “sorcières de la nuit” de l’Armée Rouge…..

Miryna

Omer ne pas oubliez les tireuses d’élite véritables terreurs auprès des soldats ennemis.

Miryna

Pauvre idiot de prince sachez que dans l’armée de l’air américaine les pilotes d’avions cargos et autres aéronefs sont indifféremment pilotés par des hommes et des femmes. Votre petitesse d’esprit est consternante. Vous devez être sacrément complexé.

Irina

En ce qui concerne l’armée américaine l’article nous dit qu’à l’époque elles étaient injustement cantonnées à des tâches d’arrière-garde par ailleurs fort dangereuses, mais dans l’aviation soviétiques elle pilotaient des chasseurs et volaient en première ligne, si tant est qu’il ait des premières et secondes lignes dans les combats aériens. C’est connu et avéré.

De toutes façons, il place Verdun sur le front russe, et il confond 1914 et 1941; alors…

Irina

C’est le prince charmant qui va réveiller la princesse endormie, lol !

Irina

On n’imagine rien du tout, on a étudié l’histoire, c’est tout.

Irina

??? Où il veut en venir ? Comment ça ? Je ne comprends vraiment pas où vous voulez en venir.

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