Les Algériens de France ont aussi des devoirs

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de le rappeler, notamment en répondant à la théorie de « l’effet Obama » réclamé par madame Benbassa après l’élection présidentielle américaine : contrairement à ce que prétend cette universitaire, la République n’a rien accordé aux Juifs vivant dans ce pays qu’une citoyenneté conditionnée.
Ce fut vrai et brutal, quand le Premier Consul Bonaparte, n’autorisa pas le Sanhédrin à se séparer avant d’avoir mis les normes juives en conformité avec les contraintes légales françaises de l’époque ; ce fut vrai en 1870, avec l’application du décret Crémieux aux Juifs vivant en Algérie. Et si Blum devint président du conseil, ce n’était pas parce qu’il bénéficiera d’aide parce qu’il était Juif, mais uniquement parce qu’en 1921, au congrès de Tours du parti socialiste SFIO, il su affronter les émissaires de la troisième internationale et maintenir les fondements de la vieille maison socialiste, cette vieille maison que l’équipe Aubry est présentement en train d’incendier.
Pour dire les choses autrement et plus simplement, la nationalité ne fut accordée aux Juifs qu’à la condition qu’ils affirment leur loyauté envers la République, envers ses principes et ses lois.
On nous dirait aujourd’hui, du côté du MRAP et des comparses qu’il entraîne dans sa dérive hostile aux fondements français consolidés par la révolution française, que c’était « stigmatisant » et « xénophobe », en faisant dire aux mots autre chose qu’ils veulent dire.
La loyauté au pacte social, l’auto-défense démocratique, « stigmatisant » ? « Xénophobe » ?
Quand j’ai fait mon service militaire, on m’a versé dans les transmissions. Les gendarmes sont venus enquêter dans mon voisinage ; ils ont investigué sur moi et mes fréquentations ; ils voulaient connaître mieux mes opinions et mes relations. Un camarade de chambrée ne pourra aller faire son stage à Montélimar dans les services du chiffres, ni rester dans les transmissions ; il sera reversé dans un autre corps à cause d’opinions qui pouvaient laisser douter de sa loyauté. Xénophobie ? Stigmatisation ? La France, comme tous les pays non assujettis à l’ordre politique du pacte de Varsovie – que l’on vit se dresser de toute sa hauteur totalitaire pour broyer le mouvement ouvrier du printemps de Prague en 1968-, la France était confrontée à un adversaire. C’était un fait.
Des gens honnêtes étaient convaincus que la dictature totalitaire en URSS était émancipatrice. Fallait-il faire comme si ces personnes ne pouvaient se trouver confrontées à un choix de conscience entre leurs illusions sur la nature de l’URSS et leur loyauté vis-à-vis de leurs compatriotes et des institutions du pays?
Quand le Japon et l’Allemagne se retrouveront en guerre contre les USA, il fut exigé des Américains- japonais et des Américains-allemands qu’ils choisissent. Cette situation produisit des drames humains. Des injustices aussi ; des mesures d’internement furent prises. Il se trouve aujourd’hui des personnages, style Chomsky pour prétendre qu’il ne fallait pas s’assurer de la loyauté des uns et des autres.
La République française n’est fort heureusement pas dans une relation avec l’Algérie comparable à celle des USA avec le Japon et l’Allemagne des années 41-45, mais elle est confrontée à des autorités algériennes qui ne connaissent rien de la démocratie politique. Ces autorités algériennes sont nées de l’ALN de l’extérieur. Ce sont des autorités sélectionnées par en haut, à l’issue de la guerre civile impitoyable menées pour liquider le nationalisme historique algérien (messalisme).

Ces autorités, via le Président Bouteflika, multiplient les déclarations les plus grossières, au nom des « crimes génocidaires » du colonialisme français. Comme on dit, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Bouteflika qui oublie les « crimes génocidaires français » le temps d’aller se faire soigner par les meilleurs médecins possible dans un hôpital de la « génocidaire » armée française, oublie aussi qu’il ne préside par une république « algérienne », mais une république « arabo-musulmane » d’Algérie ; lui et ses amis oublient que ce pays est un fruit délétère de la conquête armée, qui se déroula sur plusieurs décennies jusqu’à la mise à mort de la reine des autochtones berbères, la Kahina. Depuis, les autochtones sont des « j’accepte », des « kabyles ». Les années 80 de l’Algérie ont vu les enfants des « j’accepte », des « je me soumets », exiger le respect d’eux-mêmes, le respect de leur culture. L’ancien chef du Président algérien, Boumedienne, répondra par la mitraille aux milliers de jeunes manifestants algériens, mais il ne pourra écraser un mouvement soutenu par la masse ne se résignant plus.
Bouteflika impose au « french doctor » qu’il prononce des excuses en notre nom, parce que le drapeau vert et blanc a été offensé par une affiche du Front National.
Des juges ont eu le même raisonnement, à leur manière ils se sont excusés en notre nom. Par contre, l’homme qui vient se faire soigner en France, aux frais des assurés sociaux, n’a pas eu un mot, pas un seul, quand des jeunes algériens ou d’origine algérienne ont décroché et brûlé le drapeau tricolore et l’ont remplacé, au sommet du Capitole de Toulouse, par le drapeau de la république arabo-musulmane d’Algérie. Cela n’a pas choqué Bouteflika.
France et Algérie sont en principe en paix. Les deux pays sont officiellement en paix, mais le parlement algérien est saisi d’un projet de loi visant à, je cite : « criminaliser le colonialisme français depuis 1830 ».
Toute cette agitation ne peut évidemment qu’avoir pour effet une déchirure morale chez les jeunes français d’origine algérienne.
Résoudre la contradiction identitaire, choisir pour ou contre la République de 1792 et ses effets ?
Les Etats-Unis résoudront la contradiction de conscience, toute naturelle, quand ils seront en opposition ouverte avec l’Allemagne et le Japon. Les américains japonais et les américains allemands durent choisir. Mais que fait régulièrement d’autre le putschiste iranien, quand les responsables des quelques milliers de Juifs vivant encore en Iran doivent régulièrement prononcer publiquement des discours hostiles à Israël, doivent affirmer leur loyauté pour éviter la répression. Les représentants des Juifs vivant en Iran, pour certains depuis l’époque perse d’Assuérus, doivent ainsi dénoncer Israël s’ils ne veulent pas d’ennuis.
Bien entendu. Je ne dis pas qu’il faut demander à nos compatriotes nés en Algérie, originaires de ce pays, ou résidents en provenant, de dénoncer publiquement l’Algérie et son gouvernement. Non, bien sur. Mais par contre, je pense qu’il n’est pas exagéré de leur refuser d’injurier, sur les stades et sur les antennes, le pays qui les a accueillis, qui les fait citoyen, qui les nomme à des postes de préfet, qui en fait des sénateurs. Il n’est pas inconvenant, ni illégitime de dire que décrocher le drapeau national et le brûler pour le remplacer par le drapeau vert et blanc ne peut pas être considéré comme une activité ludique, et proclamer clairement que c’est inacceptable.
Je n’ai jamais entendu les autorités algériennes, ou leurs amis en France (écolos, Aubry…), dénoncer le chantage imposé aux Juifs par la république » islamique.
Je ne les ai pas non plus entendu dénoncer ceux qui carbonisent les voitures des voisins, brisent les vitrines des commerces et les abris-bus, parce que l’équipe de football d’Algérie a perdu un match face à l’équipe du Rwanda ou parce que des supporters égyptiens ont tendu une embuscade à des supporters algériens.
Mais en France et pour la France, ce serait différent.
Pour le MRAP, pour certains magistrats aspirants dhimmis, pas de problème, la France n’a que des obligations envers ceux qu’elle accueille, même si eux même ou leurs enfants lui crachent au visage. Pour le MRAP et pour certains magistrats, la France, elle, n’a que des obligations envers ceux qui la considèrent comme un tapis brosse.
Jusqu’où iront ces exigences et tolérances suicidaires, du point de vue des conquêtes arrachées par les combats politiques et sociaux des populations qui formeront la nation française en 1791 ?
Alain Rubin

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