Les anciens Résistants n'ont peut-être rien compris… à la Résistance d'aujourd'hui !

Né à la fin des années soixante, je suis bien trop jeune pour avoir connu la terrible période 1939-45.
Néanmoins, comme enseignant, j’ai parfois rencontré des notoriétés de la Résistance : nos anciens résistants n’étaient pas avares de conférences données dans des collèges ou des lycées. À présent, la
plupart d’entre eux sont décédés, ou très vieux… Par précaution professionnelle et aussi par respect pour ces vénérables anciens, je ne citerai aucun nom. Mais je voudrais faire état d’une sorte de
déception, une irrémédiable déception qui n’enlève rien par ailleurs à l’admiration que je porte à ces figures tutélaires du Passé, de la génération de mes grands-parents.
Les quelques célébrités qu’il m’a été donné de rencontrer venaient de la résistance de gauche, et ces personnes vouaient une haine viscérale à l’encontre de l’actuel Front National, qu’elles accusaient (à juste titre, il est vrai) d’avoir usurpé le nom d’un des plus prestigieux groupes de résistants de gauche qui fût : à savoir le Front National de la Résistance. Ces augustes résistants se présentaient plus ou moins toujours comme antifascistes et antiracistes, ce qui donnait à leur haine contre l’actuel Front National une singulière intensité. Du reste, je me souviens d’une plaisanterie qui fusait fréquemment dans ces milieux de la vieille résistance de gauche à propos de tel ou tel membre de l’actuel Front National qui se présentait, à telle ou telle élection, sous le label « ancien
résistant » : – Résistant ? Résistant ? Il doit être résistant à la grippe !

Nos vieux résistants de gauche y allaient de leur persifflage, mais derrière le persifflage se cachait l’idée un peu sectaire, hélas, selon laquelle la résistance serait l’apanage de gens de gauche ; l’idée d’une résistance de droite, voire de droite nationaliste, se réduisait, selon eux, à une contradiction dans les termes… Plus sérieusement, au-delà des simples quolibets concernant le Front National, ce qui me frappe, avec le recul, chez ces anciens résistants de 1939-45 à la fin de leur vie pourtant auréolée de prestige, c’est leur aveuglement total, et tellement navrant, concernant le dossier de l’islamofascisme et de tous les thèmes qui lui sont connectés : immigration, voyoucratie, exaltation de la jeunesse et de la violence, collaborationnisme d’État, etc.
Certains de ces anciens résistants avaient des positions tout à fait favorables aux sans-papier et se targuaient de militer dans des associations où l’immigrationnisme le plus décomplexé se mélangeait à l’angélisme antiraciste le plus tonitruant. D’autres ou les mêmes martelaient à qui mieux mieux l’éternel parallélisme entre
les juifs de 1939-45 et les musulmans d’aujourd’hui : parce qu’on a été très méchant avec les juifs d’autrefois, il faudra faire attention à ne pas devenir très méchant avec les musulmans d’aujourd’hui…
Bref : au moment où les soixante-huitards se convertissaient au néolibéralisme fin-de-siècle, nos trente-huitards résistants se convertissaient à l’idéologie soixante-huit ! Au bout du compte, on finissait par ne plus distinguer la génération des parents et celle des enfants, vétérans de la Révolution-68 et rescapés de la Résistance finissant par nous débiter la même idéologie bobocrate et islamophile. La génération des petits-enfants (la mienne, en définitive) était elle-même emportée par le grand torrent compassionnel, et l’on rencontrait aisément, dans le même collectif ou la même association, tel(le) ou tel(le) sémillant(e) octogénaire, flanqué(e) d’un quinqua grisonnant
imbu de son héroï-gauchisme, au milieu d’une cohorte de boutonneux néo-post-baba-cool, grunge ou punk. Et ça continue, n’en doutons point ! La relève est assurée : des résistants de cet acabit, il y
en a autant que d’organisations gauchardes.
Si d’aventure quelque lecteur sourcilleux considérait mes propos avec un rien de méfiance, il n’aurait qu’à se reporter à cette vidéo tragi-comique, publiée en 2004 par le Conseil National de la Résistance (en réalité, la survivance cacochyme de ce que fut le C.N.R. clandestin de 1944), reprise avec une complaisance et une componction béate par tout ce que la Toile compte de sites angélistes et bien-pensants. Je passe sur la platitude « créer, c’est résister, et résister, c’est créer » à peine
digne d’un lycéen encarté au PS ou chez Besancenot, et j’en viens au fond : de quoi nous parle cet appel bien solennel ? De résister au grand capital et au néolibéralisme. Fort bien, c’est d’ailleurs ce que j’essaye de faire moi-même au quotidien (après tout, je suis aussi syndicaliste). De résister au démantèlement des acquis sociaux. Fort bien, fort bien, le républicain de gauche que je suis ne peut que se réjouir d’un tel mot d’ordre, ne peut qu’y souscrire…
Mais le problème avec tous ces mots fleuris, c’est que leur publication ne coûte pas cher. Il ne suffit pas de dire qu’on est contre le libéralisme et le démantèlement des acquis sociaux pour résister ; du reste, une foule de personnalités de gauche, voire de gauche radicale, nous bassinent à longueur de temps avec leur anti-libéralisme héroïque, et passent leur temps à cautionner tout ce qui favorise la collusion entre l’islamisme, les mafias communautaires et le capitalisme financier. Et de toute manière sur ces dossiers précis, l’appel de nos chers vétérans de la Résistance est totalement muet.
Oui, je le répète, c’est une grande déception, qui s’ajoute à bien d’autres… J’avais écrit que résistance et lutte de classe ne devaient point se confondre ; malheureusement la Résistance des années Quarante, devenue sénile, a fini par confondre. Du reste, l’aspect répressif du Programme du CNR de 1944 a totalement disparu du champ de référence de ces vétérans de 2004 ; je me plais pourtant à rappeler cet aspect dans notre contexte actuel de collaboration échevelée avec l’islam : « veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration » (Programme du CNR, II, 2).
Jacques Philarcheïn
À consulter : Site du CNR (actuel)
http://www.conseilnationaldelaresistance.fr/
Site de l’Appel du CNR
http://www.appelducnr.fr/
Vidéo de l’Appel
http://www.dailymotion.com/video/x39b60_appel-du-conseil-national-de-la-res_news
Programme du CNR historique en ligne (dont le fameux § II, 2)
http://fr.wikisource.org/wiki/Programme_du_Conseil_national_de_la_Résistance

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