Les approximations de deux historiens qui font la leçon à Zemmour

Publié le 30 septembre 2018 - par - 32 commentaires - 2 267 vues
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À nouveau, Florian Besson et Simon Hasdenteufel, les mêmes  » historiennes et historiens » (dixit) qui s’étaient autrefois acharnés (vainement) sur Sylvain Gouguenheim (infra) s’en prennent (ici pour le compte de Slate) à quelques passages du dernier livre de Zemmour du haut de leur « savoir » de « médiévistes » en finissant leur diatribe par ceci (je commencerai  par là) :

« (…) Contrairement à ce qu’écrit Éric Zemmour à la page 71 –« Pour fonder et justifier leurs attaques meurtrières sur le sol français en 2015, les propagandistes du Califat islamique sonnèrent l’heure de la revanche contre les “croisés”. Cette appellation fit sourire nos esprits laïcisés et incrédules. Nous avions tort. Cette histoire longue est encore très vivante en terre d’Islam, alors que notre présentisme consumériste et culpabilisateur a tout effacé de nos mémoires »–c’est bien d’Occident qu’est venu un discours de la croisade appliqué au monde contemporain: le 16 septembre 2001, George W. Bush parlait ainsi de la «croisade» contre le terrorisme. Le mot provoqua alors un tollé de protestations, notamment venu du monde musulman, et le président américain tenta de s’en excuser et de rattraper sa bourde. Il n’y a donc pas d’oubli occidental: le vocabulaire de la croisade n’a jamais véritablement déserté les imaginaires contemporains, en Orient comme en Occident. (…)  »

Or, qu’apprend-on à la lecture du recueil « Al-Qaida dans le texte » (PUF, 2008) rassemblant divers textes de « la Base » et « présenté par Gilles Kepel « ? Qu’un opuscule du recueil (signé par Ben Laden, al-Zawahiri, Égypte), Mounir Hamza Pakistan, Khalil, Pakistan, Mohammad Khan, Bengladesh, Ahmad Taha, Égypte) et intitulé «  Déclaration du Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les croisés » (pp.63-69) est paru le 23 février 1998 soit trois ans avant l’arrivée effective de GW Bush au pouvoir…

Cette erreur, grossière, pour des » historiennes et historiens » (il est vrai « médiévistes »…) n’est pas le produit du hasard tant il illustre cette idée préconçue de toute la gauche post-tiersmondiste, décolonialiste et aujourd’hui racialiste (qui servira d’ailleurs de cheval de bataille contre Gouguenheim, infra) stipulant que l’agression, la guerre, viennent surtout de l’Occident capitaliste (selon le vieil adage: « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage ») donc que le terme même de « croisade » forgé pourtant, du moins au tout départ (la 1re) pour libérer la terre dite sainte, ce terme serait en soi la preuve normative même de l’Occident impérialiste alors que cette terre, juive, était pourtant déjà occupée, administrée, par des individus se réclamant de l’islam (soyons prudent) après avoir chassé bien sûr devant eux les divers autres occupants qui les précédèrent…

Cette apparente boutade ci-dessus (terre occupée par des individus se réclamant de l’islam) n’en est guère une à vrai dire, tant l’islam reste calqué par nos « historiennes et historiens » sur le narratif musulman lui-même, sans recul, en tant que l’islam aurait apporté la lumière (la « direction »: coran) au sein de l’obscur, du « falsifié » (juifs, chrétiens, idolâtres) ce qui implique que toute affirmation agressive venant de sa part ne serait « que » défensive (définition usuelle du petit jihad) ce qui implique dans ces conditions, que l’islam des supposés islamistes en serait une déviation, et qu’alors employer un tel terme de croisade contre eux introduirait un amalgame entre le bon islam, celui qui aurait apporté la connaissance en Israël occupé (appelé Palestine par les Romains) et le faux, le « falsifié » l’islam des islamistes donc, nos « historiennes et historiens » plaquant ainsi (sans s’en rendre compte ?) le narratif musulman mainstream sur l’islam amenant la lumière (discours usuel en fait de tout narratif hégémonique, ainsi les Grecs appelaient « barbares » tout non-grec, repris ensuite par le discours dit « progressiste et républicain » façon Jules Ferry) nos « historiennes et historiens » en viennent également à déployer ce même narratif contre Zemmour :

« (…) De fait, l’Europe n’émerge véritablement comme concept que dans la pensée des humanistes au XVe siècle, qui, inquiets de la montée de l’Empire ottoman, vont opposer l’Europe chrétienne à l’Asie musulmane. Deuxième erreur: l’assimilation entre culture grecque et Europe. En effet cette culture grecque –il faudrait d’ailleurs plutôt parler de culture gréco-romaine– a également été reçue par le monde musulman. C’est d’ailleurs, dans la quasi-totalité des cas, via des textes arabes, que l’Occident latin va redécouvrir le corpus grec (les textes médicaux, scientifiques ou philosophiques, notamment Aristote). L’affirmation d’Éric Zemmour ne sort pas de nulle part. Il semble en effet reprendre la vision avancée en 2008 par Sylvain Gouguenheim, qui provoqua à l’époque une très vive réaction du monde universitaire européen. En plus de sa vision politiquement orientée, l’auteur fut accusé d’avoir manipulé, voire inventé des sources pour soutenir ses idées.(…) »

Nonobstant le fait que la dernière affirmation reste totalement fausse voire diffamatoire (Sylvain Goughenheim n’a rien inventé du tout, et il a même étendu, précisé ses recherches si contestées dans son livre sur Byzance pour montrer l’apport décisif de cette dernière à la civilisation européenne sans passer par l’islam) observons qu’à nouveau nos « historiennes et historiens » avancent que c’est via des « textes arabes » et ce « dans la quasi-totalité des cas » que l’Occident aurait redécouvert « le corpus grec » (supra) ; comme si les travaux d’Augustin (datant de deux siècles avant l’arrivée de l’islam) n’avaient jamais existé (ne parlons pas de Plotin bien auparavant) ou que Thomas d’Aquin aurait eu besoin de la lumière « arabe » pour commenter Aristote. (infra).

Ne parlons pas des mathématiques (les chiffres étant par ailleurs indiens) car même l’algèbre, terme persan, et malgré Al-Khwarizmi (perse), et Al-Bathani (turc) son réel développement aura plutôt débuté avec François Viète (non ?)…

Autrement dit, s’il est possible de parler de textes écrits en arabe (ce qui n’est pas la même chose) provenant par exemple d’Avicenne (qui est perse) concernant la médecine et la psychologie, d’Al-Fârâbi (également perse) à propos de Platon, Al Kindi (mésopotamien) sur Plotin, par contre la façon dont Averroës (d’origine maure/berbère/andalou) s’est appuyé sur Aristote reste si sujette à caution (ainsi pour lui l’homme ne pense pas mais est pensé par un intellect greffé en quelque sorte par le milieu, Helvétius, Marx et Bourdieu ont repris ce béhavorisme avant la lettre) que Thomas d’Aquin se crut obligé d’écrire un Contre Averroës tant ce dernier déforme Aristote en faisant de l’homme un ectoplasme (ou « monopsychisme« ) et surtout rate l’objet de la philosophie distincte de la théologie : ainsi dans son « Discours décisif » (ici Gf Flammarion, bilingue,1996) en prise implicite avec Al-Ghazali (perse, très prisé par Ben Laden and Co, cité dans le texte ci-dessus, note 12 p.64) parce que celui-ci considère que la philosophie s’avère en fin de compte nuisible, Averroës ira jusqu’à concéder que la philosophie avec sa dialectique et ses interprétations doit être réservée à l’élite tandis que le peuple peut toujours trouver ce qu’il faut pour penser (puisque « l’homme ne pense pas ») dans la vraie religion (paragraphes 46 et suivants) ainsi les 55, 56, 57, et 58 explicitent (pp.157-159 du Discours décisif) que les  » interprétations ne doivent donc pas être révélées à la foule, ni couchées par écrit dans des livres rhétoriques ou dialectiques (…) celui qui expose ces interprétations à ceux qui ne sont pas hommes à les connaître, c’est un infidèle dans la mesure où il incite les gens à l’infidélité, ce qui est le contraire de ce à quoi appelle le Législateur, en particulier lorsqu’il s’agit d’interprétations viciées au regard des principes dogmatiques fondamentaux de la Révélation, comme cela est arrivé à certains de nos contemporains. Car nous en avons vu certains qui croyaient avoir appris la philosophie, et compris grâce à leur merveilleuse sagesse des choses contredisant la Révélation de toutes les manières, c’est-à-dire des choses non interprétables, et qui se sont estimés dans l’obligation de les exposer à la foule. En exposant ces croyances viciées à la foule, ils ont ainsi causé la perdition de la foule et la leur, dans ce monde comme dans l’autre ! (…) »

Peine perdue, Averroès croyait bien faire en amadouant ainsi les durs tels Ghazali, il ne fit qu’ouvrir la voie à plus dur encore comme Ibn Taymiyya, principal inspirateur du wahhabisme à partir du XVIIIe siècle où pour l’essentiel, même la tentative de Ghazali de s’accaparer uniquement les sciences physiques et organiques ou celle d’Averroës de réserver à l’élite la dialectique et la Révélation au peuple ne trouvent grâce à ses yeux en ce que tout doit être inspiré par cette dernière de façon scrupuleuse, jusqu’au chant du Muezzin qui ainsi désigne la direction, amène le jour, l’élève à son zénith, et l’accompagne dans son déclin nécessaire, unicité cosmique dont le Révélateur (Mahomet) est lien, d’où le fait de suivre à la lettre ce qui est incréé et donc désigné, gravé, telles les Tables, de toute éternité.

On est bien loin alors de l’autonomie voire l’indépendance offerte par Dieu à Adam lorsque (Gen, livre II, v.19) Il lui donne la possibilité de créer lui-même le nom des animaux, des choses, alors que dans le Coran Adam ne fait que les réciter puisque l’homme ne pense pas, « il est pensé », ce qui fausse l’idée que l’humain aurait été fait à « son image ». Dans ce cas en quoi cette penséeaurait pu être un « progrès » dans la lecture d’un Aristote, dans l’émergence de la philosophie occidentale, non pas séparée de la théologie mais distincte d’elle, respectant ainsi le défi même du divin lorsqu’il accepte la liberté humaine, y compris lorsqu’elle accomplit le mal, y compris lorsque la théologie officielle le lui a refusé pendant des siècles ?…

N’allons pas plus loin ici, il suffit juste de rappeler que le discours hégémonique actuel, stipulant qu’au fond la philosophie occidentale en se séparant, en se distinguant, peu importe, de l’eschatologie, serait en elle-même porteuse de nihilisme (ce qui est faux, l’eschatologie reste là, ne serait-ce que sous la forme d’éthique, celle refusant la soumission par exemple) ce discours complaisant envers le narratif du « bon » islam ne fait qu’ouvrir les portes à une mise en ordre des apparences dont la supposée révélation est en réalité bien plus sujette à caution que celles qui se nomment Christ ou Moïse, car elle efface la liberté d’être comme il se voit tous les jours : puisque l’homme de toute façon ne « pense pas » pourquoi en effet aurait-il besoin d’interpréter ses actes ? Qu’il change donc comme la mise en ordre (la « direction ») le somme de le faire… le léninisme avait bien commencé, le maoïsme aussi, l’alter-écologisme son allié actuel fait le reste. Il est dommage que les idiots utiles qui attaquent ce passage là du livre de Zemmour ne voient pas à quel point ils se font manipuler… mais comme ils ne pensent pas, « on » pense donc pour eux… Sauf que cela ne va pas se passer ainsi…La Table Ronde est là, toujours.

Lucien Samir Oulahbib

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Notifiez de
Du bon sens

La suite : Au contraire, les deux individus que vous citez suivent une démarche historique : ils mettent les idées à l’épreuve des sources. Leur but est avant tout d’établir des faits à partir des traces laissées par les hommes et femmes qui nous ont précédés. Pourquoi n’acceptons-nous pas que ces traces parfois nous déplaisent ou nous réjouissent ? Je vous souhaite à tous et toutes une bonne soirée en espérant avoir apporter un peu d’apaisement dans vos débats.

Du bon sens

Je suis un peu attristé en lisant cet article pompeux et les commentaires qui s’en suivent. Pourquoi cette virulence et ces jugements hâtifs ? Faisons preuve d’un peu de mesure et ayons l’honnêteté de comprendre la démarche de chacun. Eric Zemmour livre un travail de polémiste, avec un système de pensée réfléchi et construit mais qui travaille avant tout à partir d’avis et d’opinions. Au contraire, les deux individus que vous citez suivent une démarche historique (la suite juste en-dessous)

Florian Besson

Déjà, merci d’être précis : on ne s’est jamais « acharné autrefois sur Sylvain Gouguenheim » : c’est la toute première fois qu’on le mentionne.
On n’écrit pas non plus « pour le compte de Slate », mais sur un blog indépendant dont les articles sont parfois repris sur Slate. C’est à cet article, et aux nombreux commentaires, que je renvoie les (rares) lecteurs de ce site qui seraient désireux d’en savoir plus (notamment sur Gouguenheim, mais pas seulement !)

Florian Besson et Simon Hasdenteufel

Clamp

Un sophisme récurrent dans la gauche : prendre un exemple qui semble constituer un indice contraire, rarement effectif d’ailleurs ( comme ici où l’expression mise en exergue, employée une seule fois, a un sens figuré évident et courant, croisade désignant un combat de longue haleine auquel on s’astreint par acquis de conscience et n’est pas le terme désigné par Zemmour qui lui a un sens civilisationnel précis et un emploi réitéré ) pour nier une règle générale porteuse d’exceptions réelles ou ap

obelix

j’ai entendu pire , un  »historien  » affirmait que jean marie le pen etait collabo en 1940 !! un gros hic il avait 12 ans !! par contre ce meme historien oubliait que 80% des collabos notoire etaient soi de la sfio, soi radical socialiste !!

Louise

Il y a historiens et historiens. Il y a bonne foi et mauvaise foi. Honte à eux.

patphil

Malraux, 1948, postface des « conquérants »
les techniques discursives du stalinisme, c’est d’abord de déshonorer l’adversaire, rendre impossible la discussion, attaquer surtout sur le plan moral, il faut que l’adversaire soit un scélérat.
le son unique de cette propagande c’est l’indignation, la fin qui justifie les moyens…
on peut y ajouter le mensonge, la réécriture de l’histoire etc

Jill

Ben oui, ces  » brilliantes » historiennes ne nous
disent pas ce que que les Mahometans faisaient
à Jérusalem, ni à quels titres leur présence était
Justifiée. C’est vrai que leur prétendu prophète était arrivé dans la ville sur le dos d’un cheval volant.

jeannot

Ils ont eu tariq ramadan comme pro fesseur

barbot

Pourquoi faire injure aus deux ânes de la photo, ces animaux pacifiques et amicaux ?

limone

très bon article , merci !

André

Heureusement que sur la photo n’apparaissent que les deux êtres intelligents et cessez de les insulter:
J’aime l’âne si doux marchant le long des houx. Il réfléchit toujours ses yeux sont de velours.
Croyez-moi, il y a encore beaucoup d’hivers à passer avant que ceux qui se prétendent sérieux réfléchissent comme un âne.

milutin

Très mauvais choix de photo pour illustrer l’article ( très bien quant à lui ! ) . Les ânes sont des équidés très intelligents contrairement à ces deux ostrogoths s’intitulant indûment historiens !!!

Trannod

c’est insultant pour les ânes que de les comparer à ces 2 ignares

mac gyver

Que ne ferait on pas, pour aboutir à ce « bon vouloir » : tuer les porteurs de la liberté d’expression, par tous les moyens, …..même par la manipulations des écrits ; surtout par la manipulations des écrits .

bernard

Belle analyse. Rappelons aux ignorants que toute assertion scientifique sort d’abord d’un débat entre scientifiques (donc un choix) avant d’arriver dans le monde non-scientifique….Ainsi ici l’auteur montre que civilisation arabe veut dire langue arabe de savants qui étaient perses, lyriques, berbères,turcs ou autres et de plus souvent chrétiens..

Kader Oussel

« savants qui étaient perses, lyriques, berbères,turcs ou autres et de plus souvent chrétiens »
Dans la liste, j’aime bien les savants lyriques. La science demande du lyrisme pour chanter le génie du genre humain.

Mazers

Superbe et pertinente analyse excellemment argumentée avec des références probantes.

De Profundis Macronibus

C’est ce qu’on appelle communément « sodomiser des mucidés en plein vol en les attrapant avec des gants de boxe »…

Jean Tenrien

Ils n’ont d’historiens que le nom. Ces gauchistes révisionnistes collabos trahissent chaque jour que Dieu fait l’histoire de notre peuple.

Pr Sheldon Cooper

Cela dit il est vrai que le livre de Sylvain Gouguenheim regorge d’erreurs

Mazers

Lesquelles ?

artisan

soyez plus précis.

Pr Sheldon Cooper
Leviet06

Lesquelles?

Kader Oussel

C’est la phrase-type qu’il fait bon lâcher entre deux petits fours au buffet post-cérémonial de la sous-préfecture. Ça passe mieux, et les auditeurs préfèrent approfondir l’étude des plateaux qui tournent que creuser l’ineptie.

Pr Sheldon Cooper

Je n’y vais que si il y a du caviar et du Bollinger. Sinon c’est trop « populo »

Florian Besson

Des erreurs factuelles, des inventions, des approximations, des sources mal lues, des références centrales oubliées, etc.
Le livre de S. Gouguenheim a été méthodiquement démonté, point par point, par l’ensemble des spécialistes du sujet.

Il faut lire Max Lejbowicz (dir.), L’ Islam médiéval en terres chrétiennes: science et idéologie et Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach (dir.), Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante.

Marc

Professeur, ta religion de référence ne sert pas la science qu’elle a empruntée à d’autres. La razzia musulmane ne s’est pas limitée à l’esclavage et au vol des biens matériels.

Pierre C

Ne l’appelez pas professeur. Il ne l’est pas. C’est un fonctionnaire mur de la gendarmerie affecté â la propagande gouvernementale. Un genre Benalla, culotté et pratiquant la taquya

Pr Sheldon Cooper

Fonctionnaire oui. Gendarmerie non

Parlervrai

Ha ha, quand il est vain d’essayer de défendre besson et hasdenteufel on prend sa machine à remonter les polémiques ?