Les architectes Godart et Roussel : les croque-morts de Notre-Dame

Publié le 2 août 2020 - par - 31 commentaires - 2 089 vues
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L’incendie qui a ravagé la cathédrale de Nantes, dont l’auteur, un réfugié rwandais que les autorités ecclésiastiques avaient chargé de fermer les portes de l’édifice ! et qui ne donne aucune explication à son acte criminel, tout en exprimant de vifs regrets ! ravive la polémique : il est clair que nos édifices religieux les plus significatifs de la spiritualité occidentale sont dans le collimateur des intégristes et autres excités si l’on songe au nombre d’églises chaque jour vandalisées. Mais que fait-on pour les protéger et pour punir sévèrement les coupables ? Rien, sinon les lacrymo-déplorations, les sempiternelles promesses et autres effets de torse.

Dommage pour les « rénovateurs » des édifices religieux incendiés ou vandalisés que la cathédrale de Nantes n’ait pas subi les mêmes dommages que Notre-Dame, même si, excusez du peu, un précieux vitrail du XVe siècle ait explosé et que les orgues historiques aient été réduites en cendres.

Car il existe nombre d’architectes croque-morts à tourner autour des bâtiments sinistrés pour proposer leur « vision futuriste » bien qu’esthétiquement poussive. Un exemple en était donné dans un article du JDD  du 19 juillet, nous offrant les « états d’âme » de deux architectes associés, Paul Godart et Pierre Roussel, sous le titre : « Notre-Dame méritait plus d’audace », tout en s’agenouillant par deux fois devant la décision du Président de reconstruire la flèche de Notre-Dame à l’identique et non, comme il l’avait annoncé après l’incendie, en proposant un concours international d’architectes pour une reconstruction contemporaine, ils déplorent pareille décision, précisant que leur intention « relevait moins de la mégalomanie que l’on prête à notre profession [seraient-ils donc lucides ?] que d’une véritable envie de faire renaître l’architecture sacrée de ses cendres ». Rien que ça !

Mais, que je sache, Notre-Dame n’est pas réduite en cendres, seulement la flèche érigée en 1859 par Viollet-le-Duc, copie de celle détruite à la Révolution. La prétention des deux architectes associés en dit long sur leur vision du patrimoine de la France. Pour eux, l’important c’est un patrimoine ruiné sur lequel les gens dits « de progrès » pourraient greffer leurs élucubrations architecturales. « Nous avions, poursuivent-ils, jeté les bases d’une réflexion consistant à accepter la disparition d’une œuvre d’art magnifique et la nécessité d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la cathédrale. » Définir Notre-Dame qui, rappelons-le, n’a pas disparu, comme une œuvre d’art magnifique est un peu plat : ils auraient pu parler d’un chef-d’œuvre de l’art gothique, d’un sommet de la civilisation occidentale, de l’âme d’un pays, d’un haut lieu spirituel, d’un miracle architectural où la foi d’un peuple et d’une époque s’incarne dans le travail d’artisans de génie : charpentiers, maçons, tailleurs de pierres, sculpteurs, peintres, verriers… souvent anonymes.

À défaut d’œuvrer pour la sauvegarde du patrimoine auquel les Français sont tellement attachés (76 % selon un récent sondage) et dans lesquels se reconnaissent nombre d’étrangers admiratifs de la richesse et de la beauté de notre pays, nos deux compères préfèreraient le réinventer, le mettre au goût du jour. On retrouve ici la dévotion systématique au Progrès, tarte à la crème (rassie) où l’on joue la nouveauté contre la tradition, l’innovation contre l’obscurantisme, l’avenir radieux contre un passé poussiéreux. Une fois encore, on veut enterrer hier au bénéfice d’aujourd’hui et faire table rase de ce qui a fait notre histoire et de notre culture pour y substituer des utopies branchées.

Nos deux théoriciens déplorent que Notre-Dame leur soit passée sous le nez, occasion qui leur aurait permis de donner la mesure de leur talent ; qui en aurait fini avec ces monuments fossilisés, symbole de la France réac, pour y substituer un caca nerveux paré des plumes de la modernité.

Et nos visionnaires de déplorer que Macron, qui avait promis une cathédrale « plus belle encore » (il ne s’agissait pourtant que de la flèche !) ait cédé face au « large consensus » mis en avant par Roselyne Bachelot pour une réfection à l’identique. Ils regrettent que le Président à la « vision progressiste de l’histoire de la France » (il fut pourtant une époque où le candidat-Président déclarait qu’il n’y a pas de culture française) n’ait pas su résister à « la vox populi et à quelques conservateurs psalmodiant la charte de Venise ». À nouveau resurgit le mépris du peuple et des conservateurs, individus jugés bornés et incapables d’apprécier l’architecture contemporaine, l’art contemporain, la musique contemporaine, tout ce que l’élite branchée se doit d’admirer, sous peine d’excommunication. Au passage, nos architectes associés fustigent « la cohérence architecturale » célébrée par l’archiprêtre de la cathédrale, concept à leurs yeux désuet et ridicule. Et nos Trissotins de l’inviter à prendre conscience « des époques et des styles qui se sont superposés pendant des siècles sur cette bâtisse ».

Manque de pot, Notre-Dame fut construite à l’initiative de Maurice de Sully mort en 1196, entre 1163 et le milieu du XIIIe siècle, ce qui lui donne sa cohérence et sa grandeur. Les autres ajouts furent mineurs, jusqu’à Viollet-le-Duc qui répara les dégradations des XVIIe et XVIIIe siècles. Il semble échapper à nos deux visionnaires que Notre-Dame, cette « bâtisse » comme ils disent, a marqué l’histoire de France, a vu passer les rois et les grands hommes, de Saint-Louis à Charles VI, d’Henri IV à Louis XIII, de Napoléon à de Gaulle ; qu’elle fut le cœur battant de Paris, comme l’a si bien montré Victor Hugo. Le cœur de la France.

Pour les deux larrons arc-boutés sur leurs certitudes progressistes, « L’architecture, premier des arts, a-t-elle pour vocation de n’être qu’un instant figé dans le temps et l’espace jusqu’à ce que les flammes le détruisent ? » (Y aurait-il donc une fatalité incendiaire ?) Car pour eux, en reconstruisant à l’identique, « nous ne faisons que conforter l’opinion publique dans sa certitude que tout est éternel ». Pour cette prétendue élite, l’art est ludique, éphémère, alors que l’art nourri du passé mais sans cesse renouvelé, imprègne et façonne les générations successives. Leur art iconoclaste, quand il prétend faire acte de création, use de matériaux périssables sous leur déguisement révolutionnaire, art qui n’est, le plus souvent, que ridicule et affligeant. Art totalitaire car, dans sa volonté hégémonique, il invite à jeter aux oubliettes tout ce qui ne souscrit pas à son impérialisme.

La reconstruction à l’identique, définie comme « le pastiche d’un vestige déjà anachronique », est pour eux une injure à l’art contemporain. Pourtant, quand on voit ce qui a été proposé comme projets de flèche new look, on peut s’interroger sur la santé mentale de certains artistes ou concepteurs d’avant-garde. L’ego boursouflé d’artistes autoproclamés débouche rarement sur une grande œuvre capable de traverser les siècles, car ici l’individu, ivre de vanité, porté par la mode et la reconnaissance de la tribu, prime sur l’œuvre et prétend lui donner un sens qu’elle n’a pas.

Il est d’autres architectes qui ont entonné la même rengaine. Dans Le Parisien du 10 juillet, la question était posée : fallait-il reconstruire la flèche à l’identique ? Roland Castro que l’on a connu moins consensuel, se range, après avoir beaucoup hésité, dans le camp des traditionalistes, même si c’est avec des arguments puérils : le XXIe siècle n’étant pas religieux, Notre-Dame est devenue un bâtiment républicain qui fait partie de notre mémoire collective ! En revanche, le tant célébré Jean-Michel Wilmotte est violemment contre, y voyant « l’éternel clivage entre les traditionalistes et ceux qui se tournent vers le futur » À preuve, avance-t-il, on aurait pu installer la fibre optique sur la flèche avec un éclairage ad hoc, ou créer une troisième flèche symbole de notre époque ! D’autres avaient proposé des réalisations tout aussi absurdes, dont les gens de bon sens (le peuple inculte bien sûr) se sont gaussés à juste titre.

En désespoir de cause, ces bobos suffisants en appellent à l’esprit rebelle de la France qu’une construction radicalement provocatrice aurait pu mettre en avant. L’esprit rebelle ne serait-il pas plutôt de juger librement sans s’inféoder à une pensée formatée et ringarde ?

Max Chaleil

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