Les ARS : vers la soviétisation de la santé publique ?

Publié le 15 avril 2020 - par - 23 commentaires

À l’heure où la gestion par l’État et ses administrations de la crise due au Coronavirus est, à juste titre, très sévèrement critiquée, les ARS, notamment, sont pointées du doigt, tant par le milieu médical que par certains politiques. L’article suivant, écrit par un professeur émérite à la faculté de médecine de Toulouse et ancien chef de service au CHU de Purpan, donnera matière à réflexion quant au rôle contreproductif des ARS.

Les ARS : vers la soviétisation de la santé publique ?

L’épidémie de Coronavirus frappe très durement le pays. À l’heure où ces lignes sont écrites, on dénombre 10 869 décès pour 82 048 cas déclarés, soit un taux de mortalité de 13,2 %. À titre de comparaison, on constate au même moment en Allemagne un taux de mortalité de 2 % pour 115 523 cas déclarés. Si en l’état actuel des choses, les causes de cette étonnante disparité ne sont pas toutes encore décelées, les instructions des ARS paraissent être des facteurs d’errements non négligeables.

L’organisation de la santé en France repose sur les ARS (Agences régionales de santé) créées par la loi HPST en 2010. Elles se sont vu attribuer des compétences très élargies par rapport à celles des ARH (Agences régionales d’hospitalisation) auxquelles elles ont succédé. Elles ont désormais comme missions officielles de moderniser et de rationaliser l’offre de soins en veillant à la bonne gestion des dépenses hospitalières et médicales. Leur champ d’action couvre non seulement le secteur public mais également toute l’activité médicale ou paramédicale libérale, toute ouverture ou fermeture de lits ou de structures de soins étant soumise à son aval, et s’étend aussi au médico-social, notamment aux Ehpad gérés conjointement avec les conseils départementaux. En théorie, ces agences doivent aussi s’investir dans l’épidémiologie et la prévention, domaines où la France a un gros retard.

Chaque ARS a à sa tête un directeur, nommé par le gouvernement, presque toujours issu de l’ENA et  de l’EHESP de Rennes, après un parcours dans lequel l’implication politique (parti socialiste notamment) est très fréquente. Ce cursus est très éloigné de la médecine, d’autant plus que ce directeur dispose d’un conseiller n’ayant plus exercé auprès de patients depuis la fin de ses études médicales et dont les compétences se résument à l’informatique, la statistique et l’économie de la santé. On a donc un tandem hors-sol, directement dépendant du ministère qui fixe les objectifs. Ceux-ci se déclinent localement par l’intermédiaire d’un PRS (Projet régional de santé) élaboré après « concertation » avec les divers acteurs de terrain mais constituant un cadre technocratique rigide et de fait non négociable.

Le dogmatisme technocratique de ces structures est manifeste lorsqu’on analyse les fameux GHT (Groupements hospitaliers de territoire) censés être la pierre angulaire de la prise en charge de la santé en France et dont la mise en place semble être une des fiertés des ARS. Regroupant de façon totalement hétéroclite des structures parfois fort éloignées tant géographiquement que fonctionnellement, ils n’intègrent aucune structure privée ! Comment peut-on imaginer définir un schéma cohérent de prise en charge de la population en faisant abstraction des cliniques privées qui assurent par exemple à elles seules 70 % de l’activité de chirurgie ambulatoire ? Et que dire des médecins « de ville », généralistes ou spécialistes, absents de toutes les procédures décisionnelles ? Pourtant, la tutelle, dans ses innombrables recommandations en rapport avec l’épidémie Covid, rappelle à l’envi que tout patient suspect d’infection doit impérativement se présenter d’abord chez son médecin généraliste… Et que dire de la situation actuelle de certaines cliniques auxquelles il a été donné l’ordre de cesser toute activité non urgente alors que leurs lits de réanimation sont désespérément vides, les patients étant dirigés de façon prioritaire vers les établissements publics, pour certains totalement débordés.

Dès leur nomination, les directeurs d’ARS ont comme objectif de diminuer par tous les moyens les dépenses de santé dans leur région (leur profil de carrière en dépend) et font pression sur les directeurs des hôpitaux, tous placés en état de subordination. Il faut savoir en effet que l’ARS est habilitée à se substituer à la direction d’un établissement (y compris d’un CHU) dès lors que son budget s’avère déficitaire ! Inutile de chercher plus loin la raison de ces innombrables fermetures de lits. La priorité budgétaire a éclaté dans sa tragique évidence quand, au plus fort de l’épidémie, l’ARS Grand Est a annoncé des fermetures supplémentaires de lits ! Le directeur a été brutalement limogé pour faire taire la fronde, mais son annonce était hautement significative. Quant aux praticiens de santé, étant totalement écartés des procédures décisionnelles depuis la création des ARS, ils sont impuissants à se faire écouter et ils assistent, découragés, à l’effondrement du système de santé. Par ailleurs, même leurs nominations, domaine normalement réservé, sont de plus en plus remises en question par les directeurs d’hôpitaux et l’ARS. C’est le régime de la terreur qui s’est installé… C’est aussi la porte ouverte à un syndicalisme de l’extrême avec un personnel paramédical tenté par des actions parfois violentes et forcément contre-productives.

Ainsi d’un côté les ARS étranglent le secteur public hospitalier vers lequel elles dirigent pourtant tous les malades contaminés, et de l’autre elles négligent le secteur privé dont il est clair qu’il va grandement souffrir des pertes de recettes liées au confinement sans espérer la moindre compensation de la part de l’État. Des laboratoires privés se sont même vus interdire par l’ARS la réalisation de tests de dépistage, cela sans explication. Il faut également noter, pour ce qui concerne le délaissement du secteur privé, que la fourniture de masques de protection se fait au compte-gouttes et qu’ils sont prioritairement affectés au secteur public.

Sur le plan épidémiologique, il est affligeant de constater qu’il est impossible de connaître le nombre de cas dans les Ehpad alors qu’ils sont placés sous la tutelle des ARS ! Plus généralement, dans la population, et même si la décision prise de ne pas pratiquer de dépistage massif en est une des causes, le nombre affiché de patients contaminés est totalement sous-évalué. D’après MG France, syndicat de médecins généralistes, il se situerait autour de 1,5 million de cas alors que selon les ARS, soi-disant compétentes en épidémiologie, il y en aurait moins de 100 000 ! On comprend mieux alors la différence de chiffres entre l’Allemagne et la France. S’il y a autant de morts en France, c’est avant tout parce qu’il y a beaucoup plus de sujets contaminés (…et contaminants).

Il faudra bien sûr s’interroger sur la pertinence des orientations prises par l’État dès le début de l’épidémie, aboutissant à cette situation de confinement général, quand des dépistages massifs auraient pu permettre des confinements sélectifs. On peut d’ores et déjà affirmer, pour ce qui concerne les ARS, qu’elles ne jouent pas leur rôle alors même que chaque ARS dispose en moyenne de 500 salariés et d’un budget annuel de plusieurs dizaines de millions d’euros.

La santé publique ne peut pas être gérée par une technocratie hors-sol uniquement préoccupée de bilans financiers. La preuve scandaleuse en est faite.

Franck Boutault

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Notifiez de
GUY MALPHETTES

Vous vous dites laïque ? J’aimerai comprendre ….vous comprendre !

GUY MALPHETTES

Je trouve votre titre très ” ambigü ” ( Soviétisation ) .

Inazuma

Commentaires affligeants, projectifs, interpretatifs parfois. Je ne suis pas des ARS, mais bien du monde hospitalier. Qu avez vous mis en place pour le défendre? Que proposez vous? Une gouvernance médicale? Aie la je crains le pire!

Jmb

Les ARS au goulag

Marc-AntoineHENNET

Je suis pharmacien hospitalier, actuellement je travaille dans une clinique. Je pense que la santé en France est déjà soviétique. nous ne sommes pas en marche, le ministère, les ARS et l’HAS avec la certification des hôpitaux et cliniques nous inscrit de fait dans un système administré par l’état.

Lisa

Les ars et les prefets auxquels il ne faut pas oublier le conseil d’état!!!!!!!!!!!
Cet autre instance d’énarques ………

Demande de dépistage massif et masque obligatoire en Ehpad ? Le Conseil d’Etat dit non

La haute juridiction a rejeté la demande de plusieurs syndicats qui demandaient davantage de mesures sanitaires systématiques en Ehpad en raison du coronavirus.

J’en déduis qu’il n’y a pas encore suffisamment de décès en EHPAD du covid19 mais aussi par désespoir des tous ces vieux victimes de la maltraitance d’état puisque privés de visites mais aussi de soins puisque le 15 ne se déplace plus pour eux!

Lisa

Toutes ces instances, qui regroupent des milliers de fonctionnaires grassement payés avec notre argent, empilées les unes sur les autres sont une source de dysfonctionnement criminels d’autant plus que tous se prennent pour des rois au pouvoir absolu!
On le constate avec les ARS et les préfets …………………

HARGOTT

Les ARS sont des organismes administratifs dont la Sécu et les gestionnaires de la santé se sont passés pendant des dizaines d’années. Aujourd’hui, c’est un nouveau pouvoir qui n’a pour but que d’ enrégimenter la santé.
Le dir. de celui du “grand Est” a dû démissionner car il voulait continuer à appliquer le COPERMO (sic!), c’est à dire continuer à supprimer des lits!!!
Celui de PACA répond; “NON” à Raoult, qui remarque qu’à Marseille les cas et la mortalité sont en baisse. Cet imbécile répond en mentionnant les cas de PACA, alors que Raoult parlait de ceux de MARSEILLE seulement. Ce menteur doit être dentiste, car, en matière l’amalgame (volontaire), on ne fait pas mieux.

Pugnacite

Pour certaines agences ou ARS la politique des réseaux politiques et le communautarisme sont de mise .
Notamment celle départementale du 93 qui couvre sans même enquêter apres signalement étayé et argumenté d une direction générale.

jean haysoupé

Une bonne chose, Trump a coupé les vivres à ce grand machin malfaisant qui est l’OMS.

reuri

C’est la gangrène OMS qui atteint toutes les strates de la raie publique, toujours plus de bureaucratie pour un tas de parasites.

HARGOTT

Faute d’orthographe: on dit “la raie pue blique”

hoplite

Plus rien ne fonctionne en France. La raison? Ce pays est “dirigé” par des fonctionnaires incompétents qui passent la moitié de leur temps à lécher le c… de leur chef de service et l’autre moitié en congés divers et variés ou en arrêt maladie ou encore en formation pour apprendre à ne rien foutre plus efficacement. 56% du PIB passe là-dedans. Tant qu’on n’aura pas fait le ménage dans ce mer… ce pays continuera à se ruiner.
Les fonctionnaires aux champs!! L’agriculture a besoin de bras.

kasual

Ces 18 machins, usines à fonctionnaires surpayés qui cumulent tous les avantages sans aucun contrôle, aucun contre-pouvoir, sans aucune réelle responsabilité, doivent disparaître tant les nuisances constatées sont évidentes. La Fédération hospitalière de France s’est régulièrement alarmée de l’étatisation et de la dérive bureaucratique des ARS qui imposent aux établissements des choix parfois uniquement guidés par des impératifs économiques et de rentabilité. Encore une fois ici ce sont les excès bureaucratiques délirants qui sont à l’honneur.

HARGOTT

En plus, les ARS sont de création récente et doublent des services qui existaient antérieurement.

Les ROUGES

ce sont tous des incapables !

jean haysoupé

Lorsque l’on vous dit que la France est un des derniers pays communistes au monde, il faut y croire!.
Tout y est étatisé, programmé, dirigé (n’importe comment), orchestré, avec une liberté d’action toute relative, (bientôt plus de liberté du tout).
Un régime socialo-communiste dure en moyenne 70 à 80 ans, je pense que celui qui sévit en France depuis De Gaulle est en train de s’écrouler!.
Tant mieux, bon débarras!.

HARGOTT

Un minable petit Staline est au pouvoir, mais celui ci a été élu! Allons nous bientôt devoir dire à bas la France? (ou ce qu’il va en rester).

CRI

je suis voisine de ARS MARSEILLE des branleurs boulevard DE PARIS MELLE 3ieme

patphil

ça c’est déjà fait!
l’ars de la Réunion a continué à ne pas fournir de masques aux soignants et au bout d’un mois de protestations, ils on déstockés , les masques étaient moisis !

BERNARD

Merci ! Une démonstration de la technocratie française que tout le monde nous envie, inutile et coûteux, voire même plutôt nuisible.. Il faut revoir de fond en comble toute l’administration française, car il est à envisager que pour les autres domaines,ça soit pareil.

Anton

Bien sûr, mais le secteur Santé est primordial. Il faut d’urgence supprimer ces foutues ARS qui ne servent quasiment à rien qu’à engraisser des fonctionnaires qui se prennent pour des petits chefs qui adorent brimer toute une région sanitaire sans rien apporter que les diktats du ministère. Sarkösy a déjà donné les pleins pouvoirs aux directeurs d’hôpitaux, cela suffit.

tenin

les économies sont là;virez moi tout ça et laisser les directeurs des hopitaux faire le travail ,e, six mois,ily aura de l’ordre !

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