Les auteurs de "La faute du bobo Jocelyn" ont-ils trahi la gauche ?

Il fut un temps où les communistes considéraient comme hérétique quiconque, membre du Parti, osait se poser des questions sur la réalité du socialisme réellement existant. Accusés de subir l’influence de l’idéologie bourgeoise, les malheureux se voyaient, au mieux, mis en quarantaine par leurs anciens camarades, mais, au pire, traités de fascistes, ils pouvaient même subir un solide tabassage. Ce fut, entre autres, le cas d’Auguste Lecoeur, dirigeant historique du Parti, dans le Nord, violemment agressé, et laissé pour mort par ses anciens camarades, en 1956. Il ne fallait pas, en disant la vérité, « désespérer Billancourt ».

Cet attachement quasi-religieux à la défense inconditionnelle d’un parti, ou d’un camp, a-t-il pris fin, aujourd’hui ? Il est à craindre que nous en soyons loin. Ainsi, un de mes voisins se vante-t-il, à près de 80 ans, d’avoir voté socialiste toute sa vie, et n’a pas de mots trop durs pour les « cons » qui votent à droite, et pour les « salauds » qui votent extrême droite. Pourtant, quand on l’écoute, il parle des « bougnoules » pour qualifier les maghrébins, et des « youpins » pour qualifier les juifs. Il est favorable à la peine de mort. Il ne supporte pas que « les fainéants touchent des subventions », il est contre l’immigration quand il y a du chômage, et il pense qu’il y a trop de social en France… Discours bien éloigné de celui du Parti « Socialiste » pour lequel, la larme à l’œil, il votera néanmoins de manière religieuse jusqu’à la fin de ses jours.

Dans le même ordre d’idée, Christine Tasin nous racontait, lors d’une réunion de rédaction, les raisons pour lesquelles elle avait voté à droite, pour la première fois de sa vie, en 2007, pour Nicolas Sarkozy. Elle avait pris cette décision après le débat télévisé, consternée par la nullité de Royal, et sa dangerosité. Ne cachant jamais ce qu’elle faisait, elle avait envoyé un courriel à ses dix meilleurs amis pour leur en faire part et avait perdu sur le champ l’amitié de trois d’entre eux, qui la qualifiaient de traîtresse ! Sus à l’hérétique !

Pierre Cassen nous narrait, lui une anecdote qui résume mieux que de longs discours toute la philosophie de personnes se prétendant de gauche. Il avait croisé une connaissance de longue date, membre du Parti Socialiste, – et par ailleurs devant son emploi aux élus de son parti – dans une rue de sa commune. Celui-ci avait refusé de répondre à son bonjour, l’invectivant grossièrement à cause de son engagement à Riposte Laïque. Naturellement, n’ayant pas la langue dans sa poche, notre ami lui avait demandé si c’était Martine Aubry qui lui interdisait de le saluer, ce qui mit le camarade socialiste dans un état de rage tel qu’on fut proche de l’échange de coups. Ne se laissant pas intimider, Pierre lui avait fait remarquer son sectarisme, qu’il se comportait comme un vulgaire stalinien des années 50, et que son attitude était indigne des valeurs qu’il prétendait défendre. L’échange avait pris fin dans une tension extrême.

Que dire enfin de l’attitude des prétendus « gauchistes antifa », qui, tels de vulgaires miliciens fascistes, se permettent de décider, au nom de leurs valeurs, ce qui doit être autorisé ou interdit ?. Un apéritif républicain pour commémorer le 140e anniversaire de la IIIe République ? Interdit ! L’apéro saucisson-pinard ? Interdit ! Les assises sur l’islamisation de nos pays ? Interdit ! La libre expression de Marine Le Pen ? Interdit ! Oskar Fresysinger, ce formidable esprit libre ? Interdit ! Le débat sur l’identité nationale ? Interdit ! Christine Boutin dans une manif d’enseignants ? Interdit ! Des produits venant d’Israël ? Interdit ! Comment ne pas sentir, derrière cette culture totalitaire qui se réclame de gauche, un véritable néo-fascisme fort éloigné des valeurs dont ces militants se réclament ?

Alors, est-ce être de gauche que de qualifier Riposte Laïque de site raciste, fasciste ou d’extrême droite, comme le font nombre de journalistes ou de responsables politiques qui se réclament des valeurs de progrès, et du camp du bien ? Est-ce être de gauche que de favoriser l’immigration, en période de chômage de masse, tout en prétendant défendre les travailleurs ? Est-ce être de gauche que de faciliter l’implantation, sur notre territoire, d’un fascisme politico-religieux, tout en se disant laïque ? Est-ce être de gauche que de trahir la souveraineté de notre pays, et de le livrer aux instances supra-nationales, tout en osant finir ses discours par « Vive la France » ? Est-ce être de gauche que d’avoir été prêt à offrir la France au patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, tout en se réclamant de la justice sociale ?

Les auteurs de « La faute du bobo Jocelyn » se verront sans doute reprocher, par les mêmes commissaires politiques, de trahir la gauche, et de rouler qui pour Nicolas Sarkozy, qui pour Marine Le Pen, puisque la trame du livre montre les conséquences désastreuses de ce que serait un vote à gauche en 2012, comme si l’on n’avait pas le droit de dénoncer les dérives de cette gauche et ses choix calamiteux parce que c’est la gauche, le camp du bien, qui, parait-il, défendrait les faibles et les opprimés. Hier, il ne fallait pas désespérer Billancourt, aujourd’hui, il ne faut pas désespérer Solférino.

Quand j’étais adolescente, je me souviens d’un sketch de Philippe Val, alors anarchiste, qui, dans les années 1980, engueulait ceux qui pensaient qu’il suffisait du programme commun pour rendre les gens plus heureux. « Mais la tronche, camarade, la tronche ! » s’exclamait-il, se frappant sur le front, et voulant mettre en avant par cette gestuelle la pensée libre et surtout l’esprit critique que toute idéologie se voulant progressiste devait transmettre aux siens. J’ai trouvé exactement cela dans ce livre, un hymne à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, et, surtout, un formidable amour de la France.

J’espère que c’est d’abord cela qui sera retenu par les éventuels détracteurs de Pierre et de Christine, des fois qu’ils parlent du livre, et qu’ils l’aient lu… 

Martine Chapouton

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