Les « boomers » ont bon dos pour disculper la gauche

Quand Isabeau de Bavière – d’origine étrangère, comme M. Cohn-Bendit – a livré la France aux Anglais en 1420, à la faveur de la folie de son pauvre mari Charles VI, on n’a pas pour autant déclaré traîtres tous les Français et tous les Parisiens. Est-il juste et réfléchi, quelques siècles plus tard, de traiter de profiteurs égoïstes tous les gens nés aux alentours de 1950 ?

La raison de cette accusation est assez astucieuse, en vérité. En accusant toute une génération, on détourne les reproches justifiés qui devraient viser la gauche. Rappelons un seul chiffre : le nombre de candidats au bac en 1968 est de 208 000, soit un peu moins que le quart des naissances en 1950 : 862 000. Autant dire que le mouvement, d’abord estudiantin et qui l’est resté pour une bonne part, au moins dans ses manifestations violentes, ne concernait qu’une minorité des personnes de l’époque.
Les manifestants et agitateurs qui « foutaient le bordel », selon les mots de la bourgeoisie de droite d’alors, étaient surtout des jeunes bourgeois de gauche, souvent enfants des premiers. Souvenons-nous de ce père, bourgeois de droite exaspéré, incendiant lui-même la voiture qu’il avait offerte à son fils, très impliqué dans le mouvement libérateur.

Il serait injuste de jeter tout ce qui est arrivé en 1968, l’ambiance récré, les gens qui se mettaient à se parler, l’augmentation des bas salaires, misérables à l’époque, même si elle fut vite avalée en partie par l’inflation. On en profitera pour dire, comme beaucoup l’ont oublié, qu’une large proportion de la population restait pauvre à l’époque, même si la prospérité, à grand renfort de voitures, télévisions, machines à laver, etc. commençait à se diffuser dans le pays depuis le début et surtout le milieu des années 1960. Ceux qui croient que la richesse matérielle de la France remonte à loin ont la mémoire courte.

Ainsi, les boomers aujourd’hui mis en accusation ont pour la plupart beaucoup travaillé, pour de petits salaires au début de la période. S’ils n’ont pas connu le chômage, c’est justement parce qu’ils bossaient, fréquemment depuis l’âge de 14 ans. Cela relativise les remarques sur les jeunes d’aujourd’hui, génération sacrifiée qui poursuit des études souvent hasardeuses jusqu’à un âge avancé, quand ce ne sont pas de pures études d’agrément… Ajoutons que les retraités boomers, qui ont beaucoup cotisé, ont des retraites beaucoup moins avantageuses que celles de la génération précédente, retraites par ailleurs quasiment bloquées depuis six ans au moins, ce qui est une véritable spoliation.

Si aujourd’hui la France va mal, ce n’est pas à l’ensemble des « boomers » qu’il faut le reprocher. En revanche, la gauche notamment issue de mai 68 a une responsabilité écrasante dans la faillite politique, économique et morale que connaît notre pays. Les « petits maîtres » de la gauche soixante-huitarde, comme on les a justement appelés, ont pris le pouvoir en politique mais surtout se sont arrogé le pouvoir moral, relayé par tous les médias, en passant par Libé, Le Monde, Télérama, pour ne citer que ceux-là.
Le pire dans cette affaire, c’est que même les partis dits de droite ont été presque totalement contaminés par les idées les plus destructrices, notamment dans le domaine dit « sociétal ». Déjà Maurice Druon notait il y a longtemps : en France, il y a deux grands partis, tous deux de gauche, mais dont l’un est appelé « de droite » par convention.

Nul n’ignore par ailleurs que les petits maîtres ont envahi l’Éducation nationale, réinventant pour les enfants une histoire de France honteuse, esclavagiste, colonialiste, collabo etc. On a bâti une France collabo, où tous ceux qu’on allait bientôt appeler les « Franchouillards » ne pensaient qu’à s’enrichir au marché noir et à obéir servilement aux Allemands. Tout cela est faux, l’immense majorité des Français détestaient les Boches et s’efforçaient de pratiquer une résistance passive. Il fallait élever ses gosses, et tout le monde n’est pas un héros. Et malgré un antisémitisme très répandu à l’époque, beaucoup de Français ont sauvé leurs voisins juifs.
Aujourd’hui, il est bien commode d’accuser les boomers de tous les maux. Accusons-les, oui, mais en désignant ceux qui ont bâti cette gauche méprisante (qu’on se rappelle le film « Dupont la Joie »), arrogante, se croyant supérieure en tout, et détestant ce peuple qu’elle était censée défendre, mais qu’elle trouvait « pue-la-sueur », ridicule avec son goût pour le camping et la bière à bon marché.

Certes, les boomers dans leur ensemble n’ont pas su transmettre le merveilleux patrimoine de la culture française et l’amour légitime du pays. Mais il était bien difficile de défendre les enfants et les jeunes contre les puissants « éducateurs » du temps : l’école, la télé, la radio, puis l’ordinateur, le téléphone etc. Beaucoup ont été faibles, lâches, c’est vrai. Beaucoup avaient honte de ne pas avoir les « bonnes idées ». Et c’est d’autant plus terrible qu’une large majorité, sans doute, n’épousait pas les idées et commandements en vigueur. C’est ainsi qu’on a laissé les jeunes s’éprendre d’une vaste entreprise commerciale à succès à base de vulgarité, d’obscénité souvent, de haine presque toujours et, peut-être surtout, de laideur : le rap. Les vieux croyants vous diront que le goût voire le culte de la laideur est « satanique ». Mais on sait que la plus grande ruse de Satan est de faire croire qu’il n’existe pas.
Aujourd’hui encore, bouclant la boucle, les enfants de la « gauche caviar », si bien nommée et si désastreuse, font souvent le même choix que la jeunesse dorée de 1968, celui de l’extrême-gauche, des pavés, de la violence et de la casse. Peut-être faut-il en passer par là pour changer d’époque. On rappellera en passant ce mot du cinéaste italien Pasolini, lequel, sans aimer spécialement la police, déclarait ceci lors de manifs de la jeunesse : entre les étudiants manifestants et la police, je choisis les policiers, car ce sont eux les vrais fils du peuple. Mais où sont aujourd’hui les fils du peuple, où est le peuple ?

Didier Blonay

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12 Commentaires

  1. Je vais encore aggraver mon cas en apportant mon témoignage : en 1968 j’avais 20 ans et je participais aux bagarres. Contre les bolchos. Menés par un prof de fac ancien capitaine des paras, mélange d’intello et de condottiere, nous avons réussi à chasser les anars, trotskistes et situationnistes, rouvrir la fac et tenir des exams normaux fin juin.
    Il faut cesser de présenter tous les boomers comme de la caillera gauchiste.
    Les fils à papa s’amusaient à jouer à la révolution, c’est vrai. Mais les autres, ceux qui voulaient avoir plus tard une vie intéressante grâce aux savoirs acquis, ils n’avaient aucune envie de saborder leurs efforts.
    Après, les meilleurs (dont je en toute immodestie) sont allés exercer leurs talents en Amérique ou en Australie, dégoûtés par la tournure que prenaient les évènements à partir du Fiscard Mesquin.

  2. M. Didier Blonay,

    je partage, à la louche, au moins 80 à 90% de votre article.
    Je tiens même à vous en remercier. La remise à l’heure des pendules !

    J’avais 19 ans et mai 68, étudiant à Paris.

    Je vais faire une remarque qui va peut-être déplaire à certains :
    En mai 68 un type criait « nous sommes tous des juifs allemands ! »
    Non connard, je ne suis ni juif ni allemand, mais tu as bien pourri ma vie !!!! Tu es peut-être le seul mec pour qui j’ai vraiment souhaité le pire.

    Pour revenir sur votre article, j’ai une pensée émue pour Serge July. Il va bien ? Oui !
    Ah merde,dommage….

  3. Pour toute crise, il est, certes, bon et bien de désigner un coupable.

    Or ce coupable ne peut pas être la gauche, car oser dire ça , c’est juste facho.

    Alors tiens donc, quelle bonne idée, pourquoi pas les boomers coupables (et en plus ils sont en voie d’extinction, donc pas de problème)

    Quand on voit des tartignoles à la TV, on va manger de la gauchiasserie encore un moment, jamais une once de repentance de leur côté .. Oui, eux ont tout compris, l’école coco était (et est peut-être encore) une excellente école, meilleure probablement que celle de pape ainedi aÏe aÏe aÏe

    • Je suis née en 1950 et j’ai été à l’usine à 14 ans; 0,54 cts de Franc de l’heure, 44 h par semaine… je travaille encore en cumul-emploi retraite et suis pas aussi fainéante que toi… non, il en reste encore des comme moi… et on est là jusqu’à plus de 100 ans… tu devras nous supporter encore longtemps, hé, malappris!

  4. pour revenir à nos pénates, un haut fonctionnaire « allemand » a déclaré que « ceux qui défileront contre le coût de la vie sont les ennemis de l’état » voire, des terroristes pourquoi pas au point où on en est ; je vous parie qu’en france, à la moindre broutille, nos hélites vont reprendre ce slogan tout en s’en disant les créateurs mais ce slogan-là verra le jour chez Nous, et pourquoi pas dans la bouche des chefs syndicalistes eux-mmes.

  5. Nous savons d’où vient le mal absolu: La Gauche. Des arbres, des cordes et… OUF !

  6. La gauche française a commencé à se corrompre elle même à partir de mai 68, en prônant un libertarisme débridée et une opposition à tout ce qui était autorité, valeurs morales, respect des codes civiques. Puis dès les années 80, jusqu’à présent par le biais de son idéologie mondialiste et aujourd’hui pro communautariste, qui se pense « humaniste » mais qui est totalement ignorante, superficielle et inconséquente, sur le plan humain et civilisationnel. Le chaos qui s’accroit chaque jour en est la résultante concrète. Je n’absous pas non plus la droite politique dont la politique d’immigration était tout autant foireuse.

    • breer (10h26),

      de mémoire (j’avais 19 ans) la gauche politique et syndicale ne voulait pas suivre le mouvement estudiantin. Que les branleurs veuillent accéder aux chambres des filles à Nanterre ne la concernait pas.
      Surtout que la gauche, surtout syndicale, VEUT toujours maîtriser ou récupérer un mouvement quel qu’il soit. Pour mettre les ridelles et étouffer le mouvement.
      C’est pourquoi la gôche a fini par entrer dans le jeu.

      En fait la gauche « officielle » a toujours eu la trouille de l’extrême gauche. 😆

      Comme en 86/87 et en 95.

      Et en 2022 le squelette de la gôchounette s’est ralliée à LFI 😂😎

      J’ai toujours combattu ces gens là où j’ai bossé, c’est pourquoi je les connais TROP bien !

      • Répondre à Mantalo: c’est très juste. Du coup m’est venu un éclairage sur la (vraie) signification de LFI : « La France des Imb***les » ! Et chaque réaction actuelle de leur part est effectivement teintée de stupidité !

  7. Désolé bonhomme mais ta pleurnicherie ne m a pas convaincu. Vous les boomers ne comprenez pas ce que signifie l instabilité économique du secteur privé, et l impact qu il a sur les familles de 35-40 ans avec enfants et la capacité a se projeter sur un achat immobilier. Vous avez pu construire, certes pierre par pierre, mais n avez pas connu l incertitude et la mobilité forcée.
    Et le carton rouge concerne l attitude d une majorité de boomers par rapport au vaccin covid (c est du vécu) et au vote Macron qui causé tant de degats sur la classe moyenne.
    Bref profitez de votre retraite garantie et arretez de chouiner.

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