Les conséquences économiques du coronavirus

Publié le 10 février 2020 - par - 16 commentaires - 793 vues

Le coronavirus de Wuhan a eu une conséquence positive très visible pour les marchés de spéculation financière.

Certains économistes de terrain se demandent pourquoi, alors que les marchés boursiers étaient déjà extrêmement surévalués, ils ont commencé à littéralement s’envoler vers la fin janvier puis à exploser début février, avec une asymptote qui cherchait la verticale la semaine dernière (à Wall Street notamment), non plus en dépit mais à l’encontre de toute réalité économique. La fièvre a commencé sur le marché d’actions Star Market, nouveau Chi-Next, où sont cotées les entreprises chinoises du secteur numérique déconnectées de toute contingence trivialement matérielle comme usines, matières premières, flux logistiques d’approvisionnement voire même regroupement d’employés dans des bureaux physiques. Certaines de ces entreprises travaillent, d’autres copient simplement le “modèle économique” des pointcom grâce auxquelles les carambouilleurs bancaires ont dépouillé des foules de Français en 2000. Puis, se répandant comme une traînée de germes génétiquement modifiés, la fièvre a pris les bourses européennes à la surprise des candides observateurs de la déconfiture économique du continent, et s’est transformée en frénésie spéculative à New York, à peine modérée par les ventes de liquidation (réalisation des profits) de vendredi 7.

Pour sa part, le dollar a bien progressé pendant la semaine aux dépens des pays à économie excédentaire, alors qu’aucun indicateur économique ne laisse imaginer un retour des États-Unis à la solvabilité à l’horizon du siècle, et les fausses monnaies virtuelles comme l’Ethereum et le Bitcoin sont en franche progression également. Les seuls cours qui ont baissé sont ceux des matières premières, des énergies fossiles transportables comme le gaz et le pétrole, des métaux, et même de certaines denrées alimentaires que la Chine importait, en bref que des biens tangibles soudain en manque d’acheteurs. Mais qui s’en soucie, puisque comme en témoignent les touitements satisfaits du Président Trump, quand les marchés financiers vont, l’économie va. En effet, dans un monde où l’économie financière dépasse désormais le centuple de l’économie physique, les toussements de celle-ci sont sans effet sur la marche des marchés. Le monde capitaliste pourrait bien mourir de faim extrêmement riche, comme un Picsou squelettique sur sa montagne de pièces d’or, ou plutôt de zéros électroniques sur une ligne comptable de l’ordinateur de sa banque. Ce serait d’ailleurs imminent si les exportations chinoises étaient agricoles ou alimentaires.

La raison de cette envolée incongrue des marchés financiers, c’est que la banque centrale du gouvernement chinois désespéré s’est lancée dans une impression monétaire compulsive. Depuis la mi-janvier, elle a déversé sur le système financier chinois l’équivalent de trois cents milliards de dollars, qui ont propulsé le marché des actions (surtout d’entreprises virtuelles ou de services) vers les étoiles, au moment même où le rendement des obligations chinoises s’effondrait. Évidemment, si l’on confond masse monétaire et richesse, l’économie chinoise débordante de liquidités est florissante, comme l’économie étatsunienne d’ailleurs, qui accumulait déjà les bulles avant même que ces capitaux chinois excédentaires viennent y doper encore plus la bourse.

C’est d’ailleurs ce qu’assurent tous les conseillers et experts en économie, tentant de justifier l’euphorie spéculative financière coûte que coûte pour entretenir l’illusion un mois ou une semaine de plus. Ainsi par exemple l’agence de surnotation des dettes étatsuniennes et de dénigrement des actifs étrangers Standard and Poors assure très sérieusement que le coronavirus pourrait réduire la croissance chinoise de 0,8 points de pourcentage sur l’année 2020 par rapport à 2019, c’est-à-dire que l’économie chinoise pourrait non seulement ne pas souffrir mais même croître de plus de 5 % cette année !

C’est un mensonge aussi flagrant que celui du ministre Agnès Buzyn tentant de sauver la saison de ski aux Contamines en déclarant qu’il faut plusieurs heures de contact étroit et soutenu voire “charnel” pour être contaminé, et condamnant ainsi des milliers de Savoyards à une contamination évitable.

La vérité c’est que l’économie chinoise est à l’arrêt, et ne reprendra ni la semaine prochaine ni le mois prochain. Plus de quatre cents millions (400 000 000) de Chinois sont cloîtrés à domicile, soit la moitié de la population urbaine du pays, celle qui travaillait ailleurs que dans les champs. Si d’après les statistiques seulement quatre entreprises sur cinq ont déjà fermé, on peut supposer que la cinquième a été maintenue ouverte par obligation stratégique ou humaine, qu’il s’agisse de production d’électricité ou de distribution alimentaire. Ainsi les 20 % d’entreprises encore en service (réduit) travaillent évidemment pour les besoins incompressibles du pays, pas pour l’exportation. Les exportations, de leur côté, ont été divisées par dix, c’est-à-dire que 90 % de ce que la Chine exportait jusqu’à présent n’est aujourd’hui plus exporté. Les importations ont aussi cessé, les premiers cargos arrivés après l’arrêt du pays trouvant des quais vides et des ports inactifs, et informant leurs armateurs qu’ils devaient faire demi-tour.

Par exemple, le groupement étatique chinois des importateurs de gaz naturel s’apprête à annuler ses commandes en invoquant le cas de force majeure, comme viennent de le faire les importateurs chinois de cuivre. Le Baltic Dry Index, principal indice mondial du trafic maritime mondial de fret, s’effondre même si les sirènes incantatrices du “tout va bien, consommez il n’y a rien à voir” de la presse grand public, mais aussi de la presse économique, occulte soigneusement cette donnée qui, il est vrai, ne concerne que le 1 % d’économie physique largement éclipsé par les 99 % d’économie financière exubérante. Cet indice, dont la chute depuis son récent pic avait certes commencé avant les événements virulents, passera d’ici la fin du mois sous son minimum historique, et l’un de ses composants (transporteurs de minerais) vient de devenir négatif, un fait historique et une incongruité économique aussi absurde que les taux d’intérêt négatifs. Les réservations de transport international de fret étant faites plusieurs mois à l’avance et ne pouvant être annulées facilement, c’est en milieu d’année qu’il montrera la chute drastique du commerce intercontinental. Un peu partout dans le monde, les ports commencent à refuser l’accostage des cargos venant de Chine ou y ayant fait escale, or sept des dix plus grands ports de fret au monde sont situés en Chine. Les zones de quarantaine de porte-conteneurs se multiplient et s’étendent.

Que la première ou deuxième (selon les critères) économie au monde se soit arrêtée, c’est un événement macro-économique dont beaucoup de quidams ne saisissent pas la portée concrète. Mais que le pays qui fabriquait plus d’un quart des produits manufacturés du monde (la moitié si l’on compte l’ensemble de la chaîne logistique asiatique en cours de fermeture faute de composants chinois), et en particulier des produits qui ne sont plus fabriqués ailleurs, cesse de les expédier, cela aura des conséquences concrètes que chaque Européen, chaque Américain et chaque Africain constatera dans son hypermarché, dans son petit bazar du coin ou sur son marché. Il faudra faire durer les chaussures synthétiques de la marque à la mode plus longtemps, et la dernière clef USB du rayon pourrait bien se vendre quatre fois plus cher que l’avant-dernière s’il y a surenchère entre plusieurs preneurs. C’est ainsi que la baisse des prix des matières premières et des hydrocarbures, par défaut du premier importateur mondial, n’évitera pas une poussée d’inflation pour les produits finis dans le monde.

Après l’effondrement des marchés financiers en lévitation, l’hyperinflation généralisée n’est pas invraisemblable, débouchant sur la fin du pouvoir d’achat des monnaies.

Il ne s’agit là que des conséquences économiques mondiales de l’arrêt actuel de l’activité économique chinoise. Le coronavirus a aussi d’autres effets.

Stratediplo

www.stratediplo.blogspot.com

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Notifiez de
Stratediplo, auteur du Onzième Coup de Minuit

J’aurais dû intituler cet article “adios made in China”.

Toujours aussi incisif. Grosse incohérence en effet entre l’ampleur des mesures de confinement et ce qu’on nous dit de l’épidémie elle-même et de son effet sur l’économie chinoise et donc …. mondiale.
Pas bon signe du tout.
Que le pire advienne serait trop affreux, comme disait un vieil ami sentimental.
Il ne faudrait pas que vous ayez trop raison.

Stratediplo, auteur du Onzième Coup de Minuit

Merci pour votre compliment. Sur le plan économique les dés me semblent joués, du moins en Chine même s’il faudra encore quelques semaines pour voir les répercussions mondiale. Sur le plan démographique j’espère, comme vous, que le gouvernement chinois s’est affolé pour rien.

quiditvrai

Ĺes dirigeants Chinois n’ont pas pris au sérieux les alertes au tout début de l’apparition du virus et sont en mode rattrappage depuis.
Il y a incertitude à savoir quand la propagation du virus cessera , combien de gens en mourront et quel sera le niveau d’impact sur l’économie Chinoise et mondiale.
Le nerf de la guerre étant les compétences ou non des dirigeants politiques à prendre les bonnes décisions pour protéger leurs concitoyens.
Bientôt nous le sauront….

Stratediplo, auteur du Onzième Coup de Minuit

Erreur, le gouvernement chinois a pris ça très au sérieux dès le début décembre, même s’il a hésité un mois avant d’une part d’avertir officiellement l’OMS et d’autre part d’isoler et arrêter la ville de Wuhan. La réaction rapide puis drastique indique justement que le gouvernement a su immédiatement de quoi il s’agissait, car le laboratoire (public) responsable de la fuite ne pouvait humainement pas cacher un accident aussi grave.

quiditvrai

Merci , Stratediplo pour cette précision.
Ce qui m’a induit en erreur est la nouvelle vrai ou fausse du médecin lanceur d’alerte qui est décédé il y a peu qui semble indiquer que le gouvernement Chinois ne l’avait pas pris au sérieux sauf pour lui exiger de se rétracter publiquement.
Je présume que vous êtes mieux renseigné que mois, du moins , je l’espère.

POLYEUCTE

L’Usine Mondiale est en grève forcée…
J’y vois plutôt un avantage…
Celui de nous faire réfléchir sur notre dépendance aveugle.
La Recalisation a du Bon !

meulien

les francais sont partis au sky.ils ne veulent rien savoir de l’economie…..ce sont des gens heureux,pourvu que ca doure!

François Desvignes

Entièrement exact.

Voici ce que de Malaisie, nous savons de l’épidémie :

– la Banque centrale de Chine soutient les marchés en rachetant tout mais cela ne peut pas durer
– Le Gvt chinois concède 1000 morts en 20 jours, mais de ceux qui sont revenus de Chine nous savons que le chiffre doit être multiplié par 10. (les incinérateurs fonctionnent en continu et ne suffisent plus)
– Les économies portuaires ont été les premières contaminées (Singapore) ce qui en une semaine a fait perdre 7% à la devise pour seulement 14 cas déclarés ici.
– Il n’y a pas de remède à cette nouvelle grippe espagnole qui a fait de son temps 100 000 000 de morts et qui donc aujourd’hui devrait en faire 350 000 000
– la pandémie aura des effets sur un an ou deux

Achetez des graines
Et PRIEZ

Perplexe

donc Bill Gates et les AUTRES ont fait ce qu’il fallait pour diminuer la population, mais qui a ouvert la porte de la cage au coronavirus ???

Stratediplo, auteur du Onzième Coup de Minuit

On ne lui a pas forcément volontairement ouvert la porte, surtout si le vaccin Pirbright ou autre destiné aux élites n’était pas encore prêt. Mais la porte du laboratoire était “made in China”, un label que l’humanité survivante ne regrettera pas.

quiditvrai

François Desvignes , vous manquez de jugement.
Cessez de faire votre épidémiologiste d’estrade.
Vous ne faites que confirmer votre incompétence en la matière.
Vous n’êtes qu’un relais de plus de la mésinformation et de la bêtise.

Perplexe

QUI DIT VRAI :ça ne vous fatigue pas trop, article après article, de vous montrer méprisant pour les lecteurs de ce site, de les traiter d’imbéciles, d’incompétents, bref de les injurier ???
Je shunterai désormais tous vos commentaires inutilement pédants et venant d’un tel “PUITS DE SCIENCE” !!!

quiditvrai

Perplexe,…je suis pour la liberté d’expression , alors je vous encourage à me “shunter” comme bon vous semble.
Ce qui est d’affirmer comme François Desvignes :” – Il n’y a pas de remède à cette nouvelle grippe espagnole qui a fait de son temps 100 000 000 de morts et qui donc aujourd’hui devrait en faire 350 000 000
– la pandémie aura des effets sur un an ou deux”
Hé bien affirmer cela sans donner des références d’articles scientifiques d’épidémiologistes , c’est de la mésinformation et de la bêtise de la part d’un incompétent qui se croient plus brillant que les spécialistes de la question.
Et vous , Perplexe, comme d’autres en ne comprenant pas cela , vous démontrez la pertinence de mes sévères critiques.
Fondamentalement je fais plus confiance aux scientifiques spécialistes.

Julien Martel

Excellente analyse !

Stratediplo, auteur du Onzième Coup de Minuit

Non, c’est plutôt une synthèse. Pour une analyse il faudrait déjà des centaines de pages. Merci en tout cas pour votre compliment.

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