Les démonstrations religieuses obscurantistes sont porteuses d'une régression inquiétante

Bonjour Cyrano et toute l’équipe de RL,
La lecture du n° 56 de RL m’a un peu réconforté après le saint déluge d’obscurantisme qui s’est abattu sur nous la semaine dernière et que j’ai, certainement comme vous, très mal supporté.
Car ces manifestations médiatico-religieuses ostentatoires et grotesques, indignes de notre République laïque, m’ont laissé entrevoir un avenir assez angoissant dans lequel je risque carrément d’être exclus dans mon propre pays : d’une part, en tant que laïque, puisque notre néfaste président se torche visiblement avec la loi de
1905 avant sans doute de la poubelliser (mais n’est-ce pas une forfaiture ?), d’autre part en tant que rationaliste athée radical, puisque je n’accepterai jamais, fût-ce au prix de ma vie, de me soumettre humblement à quelque bigoterie superstitieuse que ce soit (j’ai même renié officiellement mon baptême catholique il y a quelques mois, ce qui me vaudra de passer l’éternité post-mortem bien au chaud dans les flammes de l’enfer).

Oser affirmer qu’ « une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison », est la déclaration la plus incroyablement mensongère et insultante que j’aie jamais entendue, et cela au moment même où démarrait au CERN le LHC qui est pourtant une impressionnante création de la raison humaine positive et sans dieu ! En cette affaire, la vraie capitulation de la raison, outre dans les déclarations sus-citées, était dans les supputations délirantes, évidemment complaisamment relayées par les médias, d’une possible fin du monde (sic) provoquée par ce même LHC ; si cette gigantesque machine est incontestablement plus ardue à comprendre que dieu (n’importe quel idiot de la paroisse « comprend » dieu tandis que le LHC n’est pas à la portée du premier venu), les croyances infondées, les charlataneries en tous genres, les superstitions, les divagations mystiques, le surnaturel et l’irrationnel, les affirmations sans preuve, les prophètes et leurs vaticinations, les apparitions de Lourdes ou d’ailleurs, les visions et tout ce fatras d’inepties d’un autre âge ne sont rien d’autre que de l’ignorance à peine déguisée (voire de l’escroquerie pour certains et des maladies mentales pour d’autres).
Mais pour nous autres laïques, la situation est maintenant extrêmement grave. Si nous ne nous bougeons pas les fesses rapidement, la France va régresser à toute vitesse, même si la majorité de la population ne le veut pas ; mais c’est ainsi dans cette république qui vire à la monarchie bananière et où n’existe aucun contre-pouvoir face aux lubies d’un président cul-bénit mégalomane et constitutionnellement irresponsable. Si notre régression s’arrêtait à la Révolution de 89 et aux Lumières, ce serait plutôt une bonne nouvelle, mais je doute que cette époque-là soit du goût du petit Nicolas, aussi je crains qu’on ne dégringole jusqu’à un nouveau Moyen-Âge bien arriéré et obscurantiste (pour ne rien dire des tenants fanatiques du fonds de commerce halal concurrent). Si les croyants peuvent rassembler des milliers de personnes pour défendre leur cause, alors les laïques, supposés majoritaires, devraient en être encore plus capables pour défendre cette « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qui est la nôtre et qui, seule, peut nous garantir de vivre ensemble librement et sans nous foutre sur la gueule. Qu’ils n’en aient pas été capables jusqu’à présent est affligeant, mais maintenant il y a le feu à la maison et il faut l’éteindre, c’est ça l’urgence !
Sinon, je prédis que dans quelque temps nous combattrons le sida (par
exemple) non plus par les trithérapies mais par de grandes processions à la vierge (ses « qualités essentielles » la prédestinant clairement à ce rôle) accompagnées comme il se doit de bûchers pour les homosexuels (et de promotions pour les curés pédophiles). Exactement comme il y a plusieurs siècles, lorsque la culture « avec dieu » était réellement une capitulation de la raison sous le joug d’une religion totalitaire, lorsque l’homme devait gagner son pain à la sueur de son front et la femme enfanter dans la douleur (puisqu’ils avaient fauté avec l’arbre de la connaissance, les salauds), lorsque la moitié des enfants mourraient en bas âge (mais on les faisait par douzaines pour compenser) et que l’on était un vieillard à 40 ans, lorsque la médecine et la science n’existaient pas et que la plus bénigne affection pouvait vous expédier sans délai ad patres, lorsque les processions destinées à combattre les épidémies n’avaient d’autre effet que de les propager encore plus, lorsque l’illusoire paradis céleste posthume servait à justifier l’ordre social impitoyable et son très réel enfer quotidien ici-bas, sur une Terre que l’on affirmait âgée de 6000 ans et placée au centre exact d’un Univers à peine plus grand qu’une boîte à chaussures, lorsque Saint Augustin pouvait affirmer sans rire qu’il croyait parce que c’était absurde (« Credo quia absurdum »). C’est consternant.
Salutations laïques à toute l’équipe, mais un peu découragées ; heureusement que vous êtes là !
Michel Tonarelli

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