Les dérapages de la gauche sur le voile islamique

L’exhibition du voile islamique bafoue les principes de laïcité et d’égalité entre les hommes et les femmes qui devraient faire partie de fondamentaux d’un parti de gauche. Alors comment expliquer les tergiversations du PS sur ce sujet ?
Comment justifier la décision des députés socialistes, membres de la mission parlementaire sur le voile intégral, de quitter les discussions au sein de cette mission alors que celle-ci n’avait pas achevé ses travaux ?
C’est pour faire part de ces interrogations à la première secrétaire du PS, qu’avec Anne Zelensky, présidente de la Ligue du droit des femmes, nous lui avons adressée une lettre ouverte.
Notre message se résumait en quelques mots : ce que nous attendons d’un parti de gauche, c’est de savoir défendre sans tergiverser ses principes en dehors de toute considération politicienne. Le PS a-t-il oublié que lorsqu’il s’est agi de voter la loi Veil, sur l’interruption volontaire de grossesse, ses dirigeants n’ont pas pensé un instant se retrancher derrière le fait que le gouvernement et le président étaient de droite et que ceux-ci pourraient en tirer bénéfice ?

Or voilà qu’aujourd’hui c’est d’un autre parti de gauche que vient un reniement encore plus grave. Comment qualifier autrement la décision du NPA de présenter en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, une candidate voilée ? Le double langage de ce parti éclate ainsi au grand jour : d’un côté il se revendique comme le parti des opprimés mais de l’autre il adhère à un symbole, le voile islamique, qui sous toutes les latitudes signifie ségrégation entre les sexes, invisibilité du corps des femmes dans l’espace public, statut de second rang pour les femmes.
Par ce geste, le NPA fait table rase du combat des femmes des pays de culture musulmane qui ont osé affronter tête nue les tueurs islamistes.
La NPA se solidarise avec les pires dictatures, au premier rang desquelles, la République Islamique d’Iran, qui, rappelons-le, dès février 1979 au lendemain de son arrivée au pouvoir imposa le voile aux femmes, malgré l’opposition farouche dont des milliers d’entre elles firent preuve. Trente ans après la révolte héroïque de la jeunesse iranienne, n’aura donc pas davantage décillé les yeux des militants du NPA !
Il serait temps que le NPA sache mettre le mot opprimé au féminin et qu’il ait la décence d’entendre celles qui, au risque de leur vie, osent affronter l’islamisme, à commencer par l’algérienne Djemila Benhabib, auteure d’un livre sans concessions sur l’islamisme en Algérie, « Ma vie à contre-coran ».
Cette jeune femme, dans une lettre adressée au président de la mission sur le voile intégral (du 13 novembre 2009), écrit : « Sachez qu’il n’y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l’idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcutée sans que ma chair n’en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l’aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c’était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui ma vu grandir».
Ce que nous demandons aux dirigeants du NPA, puisqu’ils se complaisent dans un aveuglement complice, c’est qu’au moins ils cessent d’utiliser des mots dont ils ignorent le sens : féminisme, laïcité, égalité, émancipation. Et sans doute aussi, liberté et fraternité.
Annie Sugier
Présidente de la Ligue du droit International des Femmes
Paru dans Libération du 8 février

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