Les dessous de l’arrestation de Germani : qui l’a protégé si longtemps ?

Publié le 1 décembre 2014 - par - 11 977 vues
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Retour sur l’arrestation, jeudi 27 novembre 2014 du truand (http://suite101.fr/article/le-corse-jean-luc-germani-truand-le-plus-recherche-de-france-a33532 ) le plus recherché de France. Pendant trois ans, police et gendarmerie Française l’ont pisté et recherché jusqu’en Afrique noire avec l’appui des services de renseignement. Alors qu’il se trouvait à Paris, où il a finalement été interpellé à La Défense.

Jean-Luc Germani, dans une voiture de la police Française, quelques heures après son arrestation.

Jean-Luc Germani, dans une voiture de la police Française, quelques heures après son arrestation.

Considéré comme l’ennemi public numéro 1, recherché depuis trois ans par tous les services de sécurité Français, Jean-Luc Germani, figure du milieu corse en cavale depuis 2011, a finalement été interpellé le 27 novembre 2014 en région parisienne. Pendant trois ans, il a réussi à échapper à toutes les unités d’élite de la police, de la gendarmerie, de la sécurité intérieure, du renseignement, et aucun média Français ne s’est interrogé sur la capacité des services concernés à neutraliser un type extrêmement dangereux ou des terroristes. Dans une France où des intégristes Egyptiens utilisent le Pays comme base arrière, les services de sécurité ont-ils les moyens, humains et matériels, de pister et d’arrêter un islamiste intégriste préparant un sale coup ou un ennemi public aussi dangereux que Jacques Mesrine dans les années 70 ?

La très longue cavale de Jean-Luc Germani, considéré comme le gangster le plus recherché de France, crée le doute sur les capacité opérationnelles des services concernés, en matière de grand banditisme (révolue l’époque du célèbre commissaire Broussard !), comme en matière d’identification et de lutte anti-terrorisme. Pour certains policiers à la retraite ayant travaillé sur son dossier, Jean-Luc Germani est « le malfaiteur le plus dangereux de ce début du XXI ème siècle, et serait à l’origine du bain de sang qui a inondé la Corse » (lire sur http://suite101.fr/article/corse–qui-a-decime-le-puissant-gang-de-la-brise-de-mer–a35190 ). Comment pouvait-il échapper aux forces de l’ordre aussi longtemps ?

Germani était le malfaiteur le plus craint de France

Enquêteurs et magistrats soupçonnent Jean-Luc Germani d’être un témoin privilégié (NDLR : un acteur dans le langage courant) de la série de meurtres ayant décimé le puissant gang de la Brise de mer en Corse. En effet, en fuite depuis juin 2011, Jean-Luc Germani, beau-frère du parrain corse assassiné Richard Casanova, est présenté comme un des « parrains » corses au cœur des rivalités qui déchirent le banditisme insulaire et l’un des héritiers du gang corse dit de la « Brise de mer« .

Après que Suite 101 ait révélé, le 8 août 2012, que Maurice Costa, dirigeant présumé du grand banditisme corse, avait été tué au fusil de chasse le 7 août 2012 dans une boucherie de Ponte-Leccia en Haute-Corse, le Monde.fr publiait dans son édition numérique du 9 août 2012 à 14h39, sous la plume d’Yves Bordenave, une enquête sur la disparition du « dernier baron de la Brise de mer« , en résumant la fin de carrière en ces termes « Une rafale tirée mardi 7 août à Ponte-Leccia (Haute-Corse) a fini de balayer ce qui restait du gang de La Brise de mer…. ».

Il est vrai que les tueurs, non identifiés comme dans les précédentes affaires criminelles, ont abattu l’une des toutes dernières figures de cette redoutable association de malfaiteurs, constituée en Corse à la fin des années 1970. Avec quelques autres, dont Francis Mariani, Richard Casanova, Pierre-Marie Santucci ou Francis Guazzelli, tous morts de manière violente, au cours des quatre dernières années, Maurice Costa était suspecté par la police et la justice d’être l’un des piliers de cette association de malfaiteurs, spécialisée dans le braquage, le racket et différentes infractions.

Des spécialistes des attaques à main armée visant les banques

 

(Dernier ?) parrain du gang de la Brise de mer, Maurice Costa avait été abattu dans une boucherie en Corse

(Dernier ?) parrain du gang de la Brise de mer, Maurice Costa avait été abattu dans une boucherie en Corse

L’enquête de Suite 101 de 2012, qui révélait que deux tueurs avaient abattu Maurice Costa dans une boucherie, a tenté d’expliquer ce regain de violence en Corse. Car le grand public se pose toujours une question : « Que se passe-t-il en Corse ? » L’île a connu un regain de tension, et, pendant plusieurs mois, les parrains tombaient comme des mouches. Même les figures historiques de la Brise de mer, équipe légendaire et redoutée du banditisme insulaire, sont tombées les unes après les autres. Des règlements de comptes internes ? Cela ressemblait en tout cas à la fin d’une époque et rappellait les réglements de compte à Marseille à la fin des années 1970, lorsque Jacky Imbert fut le seul survivant, sur les braises de l’empire Guérini…

En France, tout le monde connait la saga de Jacky Imbert, cet homme discret. Il a toujours fui les journalistes « comme la peste », d’autant plus qu’il se dit « rangé des voitures », et on le comprend ! Il veut surtout qu’on lui « fiche la paix », car il est un honnête retraité. Surtout pas un parrain, encore moins « un juge de paix du milieu ». Pourtant, Jacky Imbert, dit « le Mat » (surnom qu’il déteste) est une légende, un « dieu vivant » pour tous les jeunes truands. Pour les anciens aussi. A son époque de gloire, Marseille n’avait rien à envier aux Pâques « sanglantes » en Haute Corse et aux assassinats de Jo Sisti et de J-L Chiodi, ou aux actes de violences perpétrés à Ajaccio, Propriano, Sartène, Porto-Vecchio, Vezzani, avec des meurtres toujours pas élucidés. (lire aussi sur Suite101: Jacky Imbert, l’immortel parrain marseillais, une légende vivante | Suite101.fr).

Un commissaire de police, longtemps en poste en Corse, joint par téléphone, confie : « C’est une règle immuable, une loi d’airain, que l’on navigue sur l’océan ou dans le milieu : les vents les plus tempétueux finissent par tourner. La Brise de mer, légendaire équipe de malfaiteurs bastiais, a connu ces dernières années des convulsions dont elle aura du mal à se relever. La Brise agonise, soldant dans le sang les comptes des Trente Glorieuses du banditisme insulaire….. ».

Force est de constater que le milieu corse a été décimé en rafales pendant la longue cavale de Jean-Luc Germani et qu’on a assisté à une vraie boucherie sur l’île. Sans jeu de mots avec le lieu du dernier crime !

Un commissaire de police, d’origine Corse, ayant dirigé le SRPJ sur l’île de Beauté, raconte : « A son apogée, dans la période des années 1980 et 1990, La Brise de mer, co-dirigée par Casanova, beau-frère de Jean-Luc Germani, qui tirait son nom d’un bar du vieux port de Bastia où ses membres avaient l’habitude de se réunir, a procédé à plusieurs dizaines d’attaques à main armée contre des banques, en France et en Suisse. Ses membres, qui agissaient souvent en ordre dispersé, se partageaient également le contrôle des établissements de nuit et des jeux clandestins sur l’île et sur le continent, notamment dans la région d’Aix-en-Provence. .. »

Tous les chefs de la Brise de mer ont péri sous les balles

Le policier se veut le témoin d’une époque héroïque, où flics et truands se côtoyaient le soir pour échanger des renseignements, sans risquer de « se retrouver en taule comme dans l’affaire Neyret » : « A partir de fin 2006, début 2007, la bande a commencé à se déchirer. A tel point que, depuis 2008, les meurtres entre anciens amis se sont enchaînés. Les ex-comparses de Maurice Costa, à savoir Mariani, Casanova, Santucci, etc, ont tous péri sous les balles et lors d’une explosion d’origine probablement criminelle.

« Le conflit s’est noué après la mort accidentelle de Jean-Jérôme Colonna, dit Jean-Jé, en novembre 2006, décédé d’une crise cardiaque au volant de sa voiture sur une route de Corse-du-Sud. Jean-Jé, 67 ans, était considéré comme le « parrain » du sud de l’île. Il avait fait ses armes au début des années 1970 avec l’équipe de la French Connection, à Marseille. Arrêté en 1974 pour trafic de stupéfiants, il s’était évadé l’année suivante. En 1985, après dix ans de cavale, du Brésil aux Etats-Unis, il était revenu en Corse, à Propriano en Corse-du-Sud, d’où il faisait régner l’ordre. Sur l’île, sa disparition soudaine a aiguisé des convoitises, notamment au sein de La Brise. La rivalité, d’abord sourde, entre Richard Casanova et Francis Mariani qui, lui, avait des règles et un « respect de la vie »,  s’est très vite envenimée. Chacun a été sommé de choisir son camp dans un affrontement interne où les morts ont appelé les morts….. ». (lire aussi http://suite101.fr/article/corse–qui-a-decime-le-puissant-gang-de-la-brise-de-mer–a35190 et http://suite101.fr/article/le-corse-jean-luc-germani-truand-le-plus-recherche-de-france-a33532 ).

L’arrestation tardive de Germani « transformée » en exploit par les médias Français

Dans une France où tout va mal, surtout pour les patriotes qui travaillent dur, dans une France en plein désarroi, où nos paysans se suicident pour échapper aux huissiers, dans une France où des intégristes Egyptiens utilisent le Pays comme base arrière, dans une France où les projets de mosquées ou de centres cultuels musulmans intégristes se multiplient, comme à Saint Alban d’Ay (lire Ardèche : ce qui se cache derrière le centre d’éducation islamique de Saint-Alban-d’Ay ), dans une France où les entreprises licencient à tour de bras, où le groupe Aoste ferme son usine « Calixte » à Boffres en Ardèche, dans une France où peu d’entreprises innovent, créent des emplois et beaucoup disparaissent , dans une France où beaucoup de magistrats découragés diagnostiquent « La fin des juges », à l’image de Marie-Odile Theoleyre dans son remarquable livre (http://suite101.fr/article/actualite–la-fin-des-juges-dans-une-societe-en-pleine-folie-a35178), les médias nationaux osent présenter l’arrestation de Jean-Luc Germani comme un exploit. Alors que le truand le plus recherché de France a mené une vie normale à Paris, à la « barbe » des policiers pendant trois longues années.

De manière presque uniforme, la presse quotidienne Française relate, en ces termes, dès le 28 novembre, l’arrestation de Jean-Luc Germani  (http://suite101.fr/article/le-corse-jean-luc-germani-truand-le-plus-recherche-de-france-a33532 ) : « L’enquête a pris corps à l’été dernier. La police identifie alors un Corse, prénommé Dominique. Etabli à Paris, celui-ci sert de relais à des malfaiteurs originaires de l’île qui cherchent à se faire oublier dans la capitale. Le profil de cet homme à tout faire n’a, jusque-là, guère attiré l’attention : il n’a d’ailleurs jamais été condamné. Les surveillances se resserrent. Depuis un mois, elles sont quasi quotidiennes.

« Mercredi (NDLR : le 26 novembre), le fameux Dominique est repéré avec un homme portant casquette et lunettes de vue dont la morphologie peut correspondre à celle de Jean-Luc Germani. Un « objectif prioritaire » que la police judiciaire a traqué jusqu’en Afrique noire avec les moyens des services de renseignements français.

« Jeudi après-midi, les enquêteurs suivent la voiture de Dominique, une BMW, en plein Paris. Ce dernier rejoint l’homme repéré la veille qui s’installe sur le siège passager. La voiture prend la direction de l’ouest de l’agglomération dans une circulation dense, plongeant sous la dalle de la Défense, un entrelacs d’avenues et de tunnels qui rendent la filature difficile. La BMW ralentit, effectue des tours et des détours comme si le conducteur voulait s’assurer de ne pas être suivi.

« La dizaine de policiers de la BRI présents sur place décident de jouer leur va-tout et d’interpeller les deux hommes. Non armés, ils n’opposent aucune résistance, rassurés de ne pas avoir affaire à un gang rival.

« Depuis plus trois ans, il était le malfaiteur le plus recherché et sans doute le plus craint de France. Il était parti en cavale après avoir enfreint les règles imposées par son contrôle judiciaire. Il était notamment soupçonné de gérer en sous-main le cercle de jeux Wagram à Paris, longtemps considéré comme la « poule aux oeufs d’or » du milieu corse. La dernière fois que Jean-Luc Germani avait donné de ses nouvelles, c’était en 2011 en Corse justement: avec un complice, il avait braqué une arme à visée laser sur les gendarmes qui cherchaient à contrôler un camping car suspect…. ».

L’angle d’attaque journalistique et informatif aurait consisté à questionner les chefs de la police judiciaire Française et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve sur la traque anormalement longue du fugitif Jean-Luc Germani et sur l’absence de résultat pendant trois ans. Aucun professionnel de l’information n’a osé poser la « question qui fâche » et qui intéresse les millions de téléspectateurs et de lecteurs de France.

Les cercles de jeux ont donné un second souffle à Germani

Comme nous l’écrivions dans une enquête publiée en août 2013 sur Suite 101, « Jean-Luc Germani a réuni à ses côtés une équipe d’élite comprenant deux anciens dirigeants du Wagram, dont l’un est acteur de la série Mafiosa sur Canal+ et l’autre un « ami de trente ans » du député-maire de Sarcelles, François Pupponi, fidèle parmi les fidèles de Dominique Strauss-Kahn. François Pupponi est même soupçonné d’avoir fait pression sur un de ses employés, dont la belle-fille travaillait au Cercle Wagram avant le putsch de Jean-Luc Germani. Depuis, le cercle a été dissous, et une enquête a été ouverte pour blanchiment et extorsion de fonds…. »

A la lumière de toutes ces informations, cherchez l’erreur dans « l’impossible traque de Jean-Luc Germani »…. Et dans la désinformation ayant suivi sa tardive arrestation….

Francis GRUZELLE

Carte de Presse 55411

 

 

 

 

Jean-Luc Germani, dans une voiture de la police Française, quelques heures après son arrestation.

Jean-Luc Germani, dans une voiture de la police Française, quelques heures après son arrestation.

 

 

 

 

 

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