Les électeurs suivront-ils les « consignes » des recalés du premier tour ?

Publié le 28 avril 2012 - par - 1 251 vues
Share

Depuis le dimanche soir du premier tour des élections présidentielles, on entend de nombreux « politologues » faire leurs petits calculs arithmétiques « total gauche » et « total droite » (en assimilant allègrement Marine Le Pen à la droite !) Mais c’est sans compter sur les consignes (ou non-consignes) qu’ont données ou donneront les « recalés », les humeurs des électeurs qui ne suivent pas toujours ces consignes, et… la dynamique de la campagne de second tour.

Côté Marine Le Pen, on nous annonce une « analyse » voire des « consignes » de la candidate du Front national pour le 1er mai. Mais Louis Aliot, Florian Philippot et Gilbert Collard ont déjà annoncé qu’« à titre personnel », ils voteront blanc ou nul.

François Bayrou a dit qu’il se prononcera le 3 mai, au lendemain du débat Hollande-Sarkozy à la télévision. Mais déjà plusieurs de ses lieutenants ont déclaré « à titre personnel » voter les uns pour François Hollande, les autres pour Nicolas Sarkozy.

A gauche, Jean-Luc Mélenchon, Éva Joly et Philippe Poutou ont appelé à voter sans aucune réserve François Hollande pour « faire battre Sarkozy ».

Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade n’ont donné ni préférence personnelle ni consigne de vote.

***

Alors quels seront les reports de vote, comment vont-ils évoluer, à qui le gagnant devra-t-il sa victoire ?

Pour répondre à ces questions, il y a une série de sondages très intéressante à plusieurs titres, celle de Ifop/Fiducial pour Paris-Match : http://www.parismatch.com/Actu-Match/Presidentielle-2012/la-presidentielle-en-temps-reel.html. En effet :

1. C’est un sondage quotidien jusqu’au vendredi 4 mai (fin de la campagne et du droit de publier des sondages). Cela nous permettra donc de mesurer des évolutions pendant deux semaines.

2. Depuis lundi 23 avril (lendemain du premier tour), dans le rapport complet quotidien (qu’on obtient en cliquant sur « Télécharger le rapport quotidien »), ce sondage donne les intentions de vote des électeurs qui ont voté respectivement au premier tour pour Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou.

3. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que la question sur ces « reports » de voix comportent trois réponses : François Hollande, Nicolas Sarkozy ou « abstention ». (Et on supposera que ceux qui veulent voter blanc ou nul ont choisi « abstention »).

C’est un point capital. En effet, au soir du premier tour, nous avons vu des sondages donner entre 45% et 60% de « reports » entre Marine Le Pen au premier tour et Nicolas Sarkozy au second. Sinon qu’on oublie de dire que les instituts qui donnaient 60% ne proposaient que les choix François Hollande, Nicolas Sarkozy ou « sans réponse », donc ignoraient allègrement les « marinistes » qui voudraient s’abstenir ou voter blanc ou nul au second tour. Et ils ne seront pas négligeables !

***

Donc à partir des rapports de ce sondage quotidien Ifop/Fiducial/Paris-Match, on peut déjà entrevoir des reports de voix et leurs évolutions. Faisons un point au bout de ces cinq premiers jours d’entre-deux-tours.

Nous n’avons pas les reports de voix des « petits » candidats, et d’ailleurs ces chiffres seraient trop faibles pour être significatifs. Par conséquent, nous faisons l’hypothèse que les électeurs d’Eva Joly, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud se comporteront comme ceux de Jean-Luc Mélenchon, donc nous les assimilons à Jean-Luc Mélenchon dans nos tableaux. Et nous assimilons ceux de Nicolas Dupont-Aignan à ceux de Marine Le Pen puisqu’ils partagent le même projet souverainiste à quelques détails près. Comme de toute façon, ce sont des scores très faibles, ça ne changera pas grand-chose aux constats généraux. Quant à Jacques Cheminade, c’est une quantité négligeable.

Reports des électeurs de Marine Le Pen :

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Nous constatons donc que l’abstention (ou vote blanc ou nul) qui semble être la consigne officielle perd du terrain en faveur d’un report à 45% en faveur de Nicolas Sarkozy. Mais François Hollande recueillerait tout de même 23% des suffrages de Marine Le Pen.

Reports des électeurs de Jean-Luc Mélenchon :

La consigne pourtant péremptoire du candidat du Front de gauche n’est suivie « qu’à » 85%, et on trouve même 4% de « mélenchonistes » prêts à voter Nicolas Sarkozy.

Reports des électeurs de François Bayrou :

Ça se partage en trois tiers : Hollande (33%) – Sarkozy (31%) – abstention, mais on note une nette évolution des « bayroutistes » futurs électeurs de François Hollande vers l’abstention.

***

A partir des résultats du premier tour, de ces prévisions de reports de voix et des autres données des sondages Ifop/Fiducial/Paris-Match, nous pouvons calculer la « composition » de l’électorat prévisionnel (à ce jour…) des deux finalistes. Nous supposerons que 100% des électeurs de François Hollande et de Nicolas Sarkozy au premier tour voteront pour le même candidat au second.

Composition de l’électorat de François Hollande :

On voit qu’avec son score du premier tour auquel on ajoute les reports annoncés, François Hollande arrive arithmétiquement à 49%. (A 1% de la majorité requise pour être élu !) Pour obtenir les 55% promis par le sondage, il manque donc 6% « autres » . Peut-être des abstentionnistes du premier tour ? Difficile à trouver, alors qu’on avait déjà un taux de suffrages exprimés de 78% des inscrits…

Quant à la composition prévisionnelle de cet électorat de François Hollande au second tour, on voit qu’il est surtout dû aux « mélenchonistes » (après bien entendu les « hollandistes »). Il n’évolue guère, malgré la baisse des reports « bayroutistes ».

Composition de l’électorat de Nicolas Sarkozy :

La même arithmétique que pour François Hollande donne à Nicolas Sarkozy un score « cumulé » de seulement 39,5%, alors que le sondage lui donne un total de 45%. Donc pour le moment, le « président-candidat » est plutôt mal barré…

La composition prévisionnelle est ici due aux reports d’électeurs de Marine Le Pen mais bien après les « votes propres » de Nicolas Sarkozy.  Cependant Nicolas Sarkozy bénéficie bien moins des votes de Marine Le Pen (9%) que François Hollande ne bénéficie de ceux de Jean-Luc-Mélenchon (13%). Et là encore, pas d’évolution très significative.

Nouveaux électeurs et nouveaux abstentionnistes :

Si les deux finalistes devraient trouver à eux deux quelques 11,5% d’électeurs « autres », donc probablement de nouveaux électeurs, on peut aussi faire la somme des électeurs de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou qui iront à la pêche ou qui déposeront un bulletin blanc ou nul.

On voit donc que 11% d’électeurs du premier tour ne devraient pas exprimer de vote (soit en s’abstenant soit en votant blanc ou nul), et parmi eux une bonne majorité d’électeurs de Marine Le Pen.

Et globalement (11,5% en plus, 11% en moins), le nombre de suffrages exprimés ne devrait pas trop changer. (Je dis « suffrages exprimés » et non « participation », parce qu’on peut penser qu’on aura beaucoup de bulletins blancs ou nuls…)

***

Analyse factorielle des correspondances :

Et pour terminer, nous ferons plaisir aux fanas de statistiques. Nous leur proposons un tableau d’analyse factorielle des correspondances (AFC) entre les intentions de reports des 5 principaux candidats du premier tour vers les 2 candidats du second tour et vers l’abstention (ou vote blanc ou nul). Ce tableau ne porte que sur le dernier sondage, celui du vendredi 27 avril.

Ce tableau représente en quelque sorte des « proximités électorales » deux à deux entre votes au premier et au second tour.

Les abréviations se lisent de la manière suivante :
– En bleu, les candidats au premier tour : FH = François Hollande, NS = Nicolas Sarkozy, MLP = Marine Le Pen, JLM = Jean-Luc Mélenchon, FB = François Bayrou.
– En rouge, le second tour, avec les mêmes abréviations pour les candidats, et en plus « abstention » (ou vote blanc ou nul).

Nous constatons sur l’axe principal (horizontal) le classique clivage gauche-droite (les électeurs de François Hollande et de Jean-Luc Mélenchon à gauche, ceux de Nicolas Sarkozy à droite). Ce clivage est évidemment dû au grand report des électeurs de Jean-Luc Mélenchon sur François Hollande.

Il est cependant remarquable de noter que non seulement les électeurs de François Bayrou sont au centre, mais également ceux de Marine Le Pen ! Comme celle-ci veut « casser » le clivage gauche-droite pour réunir les patriotes de deux rives, ça tombe bien.

L’axe secondaire (vertical) confirme que les électeurs de François Bayrou et de Marine Le Pen se partagent entre :
– d’une part un report vers les deux finalistes (avec légère préférence à Nicolas Sarkozy) ;
– d’autre part un report vers l’abstention ou le vote blanc ou nul, report qui n’est d’ailleurs ni de droite ni de gauche !

***

Bien entendu, dans de futurs articles, nous mettrons à jour ces tableaux en fonction des résultats des sondages Ifop/Fiducial/Paris-Match de la semaine prochaine. On pourrait avoir des évolutions plus significatives, voire des surprises…

Djamila GERARD

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.