Les élections servent à faire croire qu’on n’est pas en dictature

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Liberté démocratique et pouvoir politique

« Si on a le droit de vote, c’est qu’on est libre… », « Si les politiciens ne vous plaisent pas, présentez-vous aux élections : vous en avez le droit », « Vous préféreriez être en Corée du Nord ? »…

Si une Nation, c’est comme un avion, alors l’État, c’est sa cabine de pilotage : depuis 1789, en France, ce n’est plus le roi qui pilote. « On » a par contre établi des règles pour en désigner un. Ça s’appelle l’élection…

Considérons que cette période électorale soit le moment privilégié de la liberté des citoyens, sont-elles vraiment si libres que ça, ces élections ? Parce que si ce n’est pas le cas, alors on n’en est pas loin, de la Corée du Nord !

Rappel liminaire premier – le pouvoir est l’attribut d’une relation déséquilibrée : A exerce du pouvoir sur B lorsque B fait ce que A veut, que A soit grabataire et B en pleine forme, A une femme désarmée et B un homme violent, A un politicien fourbe et B des électeurs niaiseux.

Rappel liminaire second – il existe 3 instruments de domination : le charisme (c’est-à- dire la séduction), la violence (latente ou explicite, de la police) et la légitimité légale (c’est-à- dire la conformité à la loi/état de droit).

Rappel liminaire tierce – la liberté, c’est le choix sans contraintes : je peux décider de traverser un désert sans emmener d’eau ou de me jeter d’une falaise, mais pas d’y survivre ! Il existe en effet des contraintes irréductibles qui s’appliquent à l’individu. La liberté à ici apprécier, c’est celle qui concerne les interactions sociales. Le prisonnier, l’esclave ou le prolétaire ont des marges de liberté radicalement différentes. Un soldat en temps de guerre aussi. Le contexte s’impose donc à l’individu, en terme de rôles et de comportements.

Et maintenant, jouons au jeu des questions/réponses, pour déterminer si vraiment le citoyen est libre, lors des élections.

1) Le citoyen occidental fait-il les lois de son pays ? Curieusement non, il ne légifère pas lui-même, mais doit élire des représentants pour ça… c’est déjà nettement moins sexy. Mais admettons.

2) Est-il libre – en contrepartie – de voter pour qui bon lui semble ? Là encore, ça coince : si Zemmour n’a pas « ses » 500 signatures, il ne pourra pas se présenter à la présidentielle. Premier gros écueil : les règles de participations ont un effet exclusif. Manifestement, ce n’est pas tout le monde qui peut se présenter. Pensez-vous que les maires subissent des pressions pour refuser leurs signatures à l’un ou l’autre candidat ? (Vous pensez « mal »…). Toujours est-il que « sur le menu », y a pas forcément ce qu’on voulait commander au départ… mais admettons.

3) Les citoyens votent-ils en connaissances de cause ? Connaissent-ils les « dossiers » (écologie, économie, enjeux géopolitiques…) à traiter, pour arrêter leurs choix ? Ben non, vu la savante médiocrité des informations diffusées sur les médias. On est plutôt dans de la manip’ permanente : les chiffres des intentions de vote, pour l’exemple, qui donnent une version orientée des rapports de force en présence… mais « Internet » permet de corriger le tir. Admettons.

4) Certains citoyens font-ils l’objet de propositions clientélistes ? Bien sûr : compromis dans des magouilles, ils sont devenus les complices des magouilleurs, et ont donc tout intérêt au maintien au pouvoir desdits magouilleurs. On peut penser aux fonctionnaires locaux, aux entreprises de construction (contrat publics), aux sociétés de consultances en tout genres… Les citoyens honnêtes et dignes finissent par être les seuls à rechercher le Bien Commun ; mais s’ils sont assez nombreux, les « clients » des politiciens ne pèseront pas assez pour infléchir une tendance lourde de changement. Admettons que ça passe.

5) Certains citoyens font-ils quant à eux l’objet du chantage à l’emploi ? Plutôt deux fois qu’une ! En période de chômage chronique et structurel, il faut le tenir à deux mains, son emploi. Les relations incestueuses entre le monde de l’entreprise et la classe politique sont un secret de polichinelle. Le chantage à l’emploi est surtout rendu possible par la permanence du pouvoir politique en place : les élections sont organisées et se déroulent durant le mandat de politiciens en fonction, libre à eux d’interférer dans le processus électoral selon leurs intérêts et stratégies. En clair, les politiciens en fonction peuvent faire payer très cher aux électeurs de leurs circonscription si ceux-ci ne votaient pas « comme il faut », vu que les nouveaux élus ne prendraient leurs fonctions que bien plus tard (…trop tard, en fait, pour empêcher une délocalisation). Et comme les électeurs savent lire entre les lignes, en général ils votent « comme il faut ». Mais admettons que les prolos aillent  « au finish ».

6) Les élections sont-elles truquées, « à la main » (bourrage d’urnes) ou électroniquement ? « Ils » disent que non, mais si c’était le cas, nous l’avoueraient-ils ? Si les élections sont électroniquement truquées, les citoyens ne peuvent rien faire, pas même le prouver… mais disons que non.

7) Admettons donc que le candidat du Peuple, celui des citoyens dignes et honnêtes, soit malgré tout élu : aurait-t-il les moyens de sa politique ? Le budget de l’État est limité, en cause une mise en faillite organisée : il ne pourrait donc pas réaliser tout son programme. Pourrait-il mettre en œuvre quelques réformes majeures ? Là encore, rien n’est moins sûr vu qu’il lui faudrait une majorité à l’Assemblée, et donc de contrôler les votes des députés : par l’argent ? par les convictions ? Les multinationales ont bien plus d’argent que l’État, s’il s’agit d’acheter des députés. Et faire élire des députés de convictions,  dignes et honnêtes, nous amène à une autre particularité du modèle occidental : les partis politiques, sorte de machines bureaucratiques dotées d’ascenseurs. Pour être éligibles, il faut être bien positionné sur les listes électorales, et pour ce faire avoir de bonnes idées, une volonté d’engagement pour la société, de la probité… vous croyez vraiment ce que vous venez de lire ? Si les dirigeants du parti sont – eux – corrompus, pensez-vous qu’ils accepteraient d’être remplacés par des « Chevaliers La Vertu », susceptibles de vouloir nettoyer les écuries d’Augias au Kärcher (avec procès et peines de prison effectives très probables) ? On peut en douter, les chiens ne faisant pas des chats. L’accès à l’ascenseur du parti se révèle donc tout aussi exclusif que pour celui de l’élection présidentielle…

Finalement, pourquoi organisent-« ils » des élections si c’est truqué à ce point ? Il suffirait d’instaurer une dictature, « à la nord-coréenne », ça serait beaucoup plus facile pour eux… or, « ils » ne le font pas… pourquoi ?

Parce qu’ « ils » ont besoin du consentement des citoyens pour faire tourner les usines !

Mais rassurez-vous : quand le premier robot artificiellement intelligent sera capable de la faire tourner, l’usine, vous verrez s’« ils » s’encombrent encore d’élections : vous serez vite fixés.

Geoffroy Delavallée

 

 

 

 

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7 Commentaires

  1. La dictature = ferme ta gueule
    La démocratie = cause toujours.
    Le chien tourne en rond et se mord la queue.

  2. Comme disait Coluche « Pourquoi des mecs élus par nous pour faire ce qu’on veut, au lendemain des élections font ce qu’ils veulent », pas faux.

  3. Coluche disait bie : « Si les élections servaient à quelques chose cela ferait longtemps qu’elles auraient été interdites ! »

  4. Excellente analyse et conclusion Mr Jeoffroy.le titre resume tout.je serais encore plus juste car je n admettrais aucune des questions/reponses.

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