Les Evangélistes américains sont bien plus dangereux que ne le pense Myriam Picard

Publié le 17 janvier 2011 - par - 827 vues

Dans le dernier numéro de Riposte Laïque, Myriam a reproché vivement au sociologue Erwan Lecoeur de noyer le poisson en mettant l’islam sur le même plan que d’autres religions, idéologies ou manies qu’il juge ou qu’on peut juger dangereuses, voire simplement agaçantes :

https://www.ripostelaique.com/Erwan-Lecoeur-le-sociologue-dhimmi.html

Je suis pleinement d’accord avec Myriam sur une idée de base : celle qui consiste à défendre fermement notre droit de laïques à faire des différences entre les religions, et à combattre prioritairement les plus dangereuses. Je suis totalement opposée à l’idée que la laïcité consisterait à observer une parfaite neutralité entre les religions. J’y vois même une façon hypocrite et vicieuse de tenter de nous faire taire car enfin, si l’on se sent l’obligation d’être neutre sur tout, il s’ensuit que l’on s’autorise plus à exprimer d’avis sur rien.

Je souhaite cependant apporter amicalement la contradiction à Myriam sur le point précis de la dangerosité des évangélistes américains. Elle les trouve agaçants et hystériques, mais, finalement, plus ridicules que dangereux.

Je vois là une forte sous-estimation de la dangerosité de l’évangélisme et du fondamentalisme américain en général, et peut-être de la façon américaine d’être chrétien, souvent complaisante avec les dérives théocratiques et non dépourvue de connexions discrètes avec l’islam politique.

On pourrait en donner maints exemples : alliance avec l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan ; soutien aux forces communautaristes dans nos banlieues ; destruction de la Yougoslavie ; promotion de l’indépendance du Kosovo ; ingérence d’Obama dans les affaires intérieures françaises pour soutenir le voile islamique.

On rappellera que les Talibans ont reçu tout le soutien possible des Etats-Unis quand il s’agissait de chasser l’URSS d’Afghanistan, et que Ben Laden faisait alors partie du dispositif anti-soviétique américano-saoudien.

Parmi tous les dictateurs arabes qu’il était possible de combattre pour faire avancer la démocratie, les Etats-Unis en ont choisi un : le laïque Saddam Hussein.

Même les attentats du 11 septembre n’ont pas vraiment incité les Etats-Unis à combattre l’islam, ni même l’islamisme. Tout au plus consentent-ils à condamner un bizarre “terrorisme” qu’ils se gardent bien de qualifier davantage, une sorte de terrorisme hors-sol, comme si les attentats étaient gratuits, comme si les terroristes n’avaient pas de projet politique particulier.

Comment expliquer cette complaisance ? Certes, les calculs cyniques y ont leur part, et le potentiel de nuisance de l’islam est bien pratique quand il se déploie chez un adversaire ou un rival : en Tchétchénie, ou dans les banlieues françaises par exemple.
Cependant, cette complaisance n’existe que parce que l’islam, ou l’islamisme comme on voudra, n’est pas considéré, par les Etats-Unis, comme un adversaire prioritaire. Tout au plus comme un adversaire secondaire que l’on combat sur certains terrains ou à certaines époques, mais pas systématiquement. Leur capacité de considérer un pays, une organisation ou un leader musulman comme “modéré” est sans limites, et inclut à la pelle salafistes et Frères Musulmans.. On verra ces professeurs de morale patentés se taire sur les lapidations, les crimes d’honneur, les condamnations judiciaires de femmes violées pour adultère, et réserver leur indignation aux misères que subiraient les musulmans en Suisse (les minarets) ou en France (la loi sur le voile intégral).

L’islam n’indigne pas les Etats-Unis comme le communisme les a indignés, et une certaine proximité religieuse y est sans doute pour quelque chose, tenant à la façon très particulière qu’ont beaucoup d’Américains d’être chrétiens, marquée par le fondamentalisme.

Le christianisme fondamentaliste est difficile à comprendre pour nous Français, car il est étranger à toutes nos traditions religieuses. Le catholicisme n’est pas fondamentaliste, et Rome lit avec beaucoup de distance les différents textes de l’Ancien Testament, même si elle s’en réserve l’interprétation. La protestantisme français, nourri au lait de l’esprit de libre-examen, est moins fondamentaliste encore.

Cela nous fait oublier qu’il existe, dans d’autres pays et en particulier aux Etats-Unis, une façon de lire la Bible comme les musulmans lisent le Coran, en prenant tout au pied de la lettre, en considérant tout comme la parole de Dieu, en voyant le moindre verset biblique comme une norme à laquelle il faut obéir, y compris les pires passages de l’Ancien Testament.

Pendant longtemps, des écoles ont enseigné le créationnisme à la place de la théorie de l’évolution.

Des tendances théocratiques existent, sous une forme affirmée, dans des sectes comme les Amish ou les Mormons, mais leur influence ne se limite pas à ces sectes. Toute la société leur montre une tolérance certaine au nom de la conception américaine de la liberté religieuse. Des Amish ont-ils été témoins d’un crime et refusent-ils de témoigner au nom de leurs préceptes religieux ? Qu’à cela ne tienne ! On leur permet ce refus. L’assassin continuera de courir. Tant pis ! Liberté religieuse d’abord ! Dans les familles Amish, l’égalité hommes/femmes n’est pas à l’honneur. Hé bien tant pis. On leur permet de la mettre à l’écart, puisque c’est leur religion qui le veut. On fait semblant de croire que femmes et enfants Amish sont libres et ont choisi d’accepter l’autorité des patriarches. Quant aux Mormons, ils avaient essayé de faire légaliser la polygamie au nom de la liberté religieuse. Ils y ont échoué en théorie, mais ils reviennent en permanence à la charge, et, de fait, la polygamie est pratiquée, les épouses surnuméraires étant considérées comme mère célibataires. Il y a régulièrement des scandales à propos de jeunes filles mariées de force à des vieux en tant qu’épouse numéro deux ou trois, mais les autorités ne réagissent que mollement. La liberté religieuse est sacrée, et les droits de la femme lui sont sacrifiés sans hésitation s’il faut arbitrer.

Certes, ces tendances sont plus diffuses que dans l’islam, moins univoques. Le féminisme américain existe aussi. Mais n’oublions pas la violence des mouvements anti-avortement, qui ont assassiné plus d’une fois. Il y a quelques jours encore, la députée démoncrate et féministe Gabrielle Giffords a fait l’objet d’une tentative d’assassinat.

Ce fondamentalisme américain, ces tendances théocratiques, sont-elles aussi dangereuses que dans l’islam ? Difficile de répondre. Le fondamentalisme américain est moins univoque que son équivalent islamique, mais il s’appuie sur la puissance américaine, et c’est là un facteur de dangerosité à considérer. Surtout, les deux avancent parfois ensemble, si bien qu’il n’y a pas lieu de se demander lequel est le plus dangereux.

Sur plus d’un terrain, les Etats-Unis ont beaucoup joué avec l’islam, et celui-ci leur doit beaucoup de sa force. Car, en lui-même, il est faible. Enlevez de l’échiquier géostratégique quelques créatures des Etats-Unis, comme l’Arabie saoudite ou Al Qaida, et le paysage sera déjà plus dégagé. L’islam est peu créatif en matière scientifique et technique, et les pays musulmans doivent importer à peu près tout de ce qui donne la force.

Catherine Ségurane

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