Les familles maghrébines et leurs violences spécifiques

Publié le 31 octobre 2011 - par - 4 977 vues
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Je me permets de vous écrire pour dire ici ce que la Loi française ne m’a pas laissé exprimer, ce que la bienpensance actuelle ne veut ni voir ni entendre. Je voudrais préciser avant toute chose que je ne suis pas dépressif, que je ne consomme pas d’antidépresseur, que ce message est un acte politique et non une tentative de catharsis psychologique.

Je voudrais vous parler de ma famille et des rapports violents dont j’ai été la victime. Je suis métis, mon père est algérien, ma mère est française, je suis issu du bas-peuple (oui ça existe). Pourquoi donc vous écrire ? J’entends souvent dire dans les médias que l’islam ne serait pas générateur de violences, qu’il serait amour, sain, or il suffit de parler avec quelques intéressés pour s’apercevoir que la violence est parfois comme une tradition : mon grand-père algérien battait mon père, ses autres enfants, sa femme (il en est revenu avec l’âge) et mon propre père m’a battu jusqu’à l’âge de 16 ans.

La violence a commencé avec la circoncision, ils m’ont pris mon bout de peau, ont fait de moi un « mutilé du gland » sans me demander mon avis. Ils ont agi dans la nuit de l’enfance. Passons.

Si mon grand-père était musulman, non-francophone et ouvrier, mon père lui-aussi ouvrier a renié dans sa vie de jeune homme l’islam, il a fait partie des Rose-Croix pendant vingt ans, il a eu accès aux livres, à certains pans de la culture occidentale, il n’a donc jamais imposé d’éducation religieuse à la maison, nous consommions du porc, en revanche il a gardé le goût du châtiment et a reproduit le fameux « schéma parental ».

Mon père eut trois femmes officielles, toutes les trois Françaises (pas de maghrébine, certainement à cause du même rejet de l’islam – ce choix provoqua l’ire des grands-parents algériens pour qui les Françaises étaient des « putes »), il eut avec elles des rapports tendus, jaloux. Mes belles-mères ne pouvaient par exemple pas sortir seules et encore moins sortir seules maquillées.

Quelqu’un qui en société faisait un bon usage de la langue française, qui paraissait plutôt bien intégré, se revendiquait parfois du Christ, mon père donc n’eut pas la main légère. Il aimait varier les plaisirs pour me « vacciner » (c’était son expression), je précise que je n’étais pas un délinquant, et pour cause battu toute ma vie, j’étais terrorisé par les adultes, les autorités, les professeurs par exemple (en qui je voyais un avatar des parents). Pour donner quelques exemples concrets – et je rappelle que ma démarche n’est pas ici de donner dans le pathos -, il pratiquait la ceinture, les lattes de lambris pour me « massacrer » (une autre de ses expressions), une fois il me laissa le choix : « veux-tu être corrigé à la baguette ou au lambris ? », une autre fois il poussa le raffinement jusqu’à tresser un martinet. Il disait pendant l’acte : « J’ai le droit de te frapper mais tu n’as pas le droit de pleurer. » Et toujours cette injonction : « Ne pas raconter au dehors ce qui se passe à la maison ». Il ne fallait pas « salir » la famille.

Å l’âge de douze ans, j’obtins le droit de sortir, de visiter mes camarades, d’aller aux booms, de pénétrer l’intérieur de familles françaises et c’est là que je découvris à ma grande surprise que l’éducation différait, ailleurs, que les mères étaient capables de parler doucement à leurs enfants, que les pères n’étaient pas tous des tortionnaires. J’ai découvert vers douze ans qu’il y avait de la douceur dans le monde. Quand on est enfant et que l’esprit n’est pas encore formé, l’on a tendance à généraliser ce que l’on connaît. Je croyais donc que châtiment était normalité et que tous les parents du monde la pratiquaient.

Entre l’âge de douze et de seize ans, mon père est devenu plus brutal parce que j’avais pris en carrure, il abandonna les ustensiles pour les poings, pour me « casser en deux ». L’épisode de la crise d’adolescence rendu d’autant plus violent par la prise de conscience qu’ailleurs, ça fonctionnait différemment m’a conduit à commettre mes premières tentatives de suicide à l’âge de douze ans.

Une fois, alors qu’il venait de me « démonter », « briser », etc., je m’entaillais le poignet avec des ciseaux de collégiens. Voyant le sang, il eut ces hautes paroles philanthropiques : « Il y a un être humain qui crève toutes les quinze secondes, si toi tu crèves, j’en ai rien à foutre. » Ce qui donne de l’épaisseur à la folie de celui qui m’a fait, c’est qu’un jour entendant son frère mon oncle (très musulman) dire que s’il voyait un petit Juif mourir dans le caniveau, il le laisserait « crever », il protesta.

Je vous laisse imaginer ce que c’est que de se faire battre jusqu’à l’âge de seize ans, âge où l’on doit bien commencer à s’affirmer, où l’on est en train de devenir un Homme, où l’on court les filles.

À l’âge de seize ans, je fus retiré de ma famille par le procureur de la République de la Ville de V..

Quelques années plus tard, travaillant sur un chantier pour payer mes études, je rencontrais un jeune Kabyle converti « à la religion d’amour » à qui je tentais d’expliquer tout ce que je viens de vous dire. J’osais les termes « J’ai été battu », mon jeune collègue sourit de mépris et me dit : « C’est normal, tu verrais en Algérie, si tu ne te tiens pas droit, c’est le nerf de bœuf ! ». Pour la petite histoire, ce jeune homme de vingt ans environ tenait le port du string comme un instrument d’Iblis [Satan].

Alors aujourd’hui quand j’entends célébrer l’islam par nos politiques, nos médias, quand je vois ces réunionites sur l’ islamophobie, quand je vois que l’on envoie nos hommes en Libye pour l’érection de la charia, j’ai peur pour mon pays et pour tout dire pour le monde en général. Non, l’ « islam » et sa culture ne sont pas d’amour. La tradition, le poids des pères (quand ils sont présents), les frustrations sexuelles, etc. ne sauraient conduire à la sérénité.

J’aurais pu aussi vous raconter les visites à la famille, les repas, les mâles occupant le salon, mangeant en premier, se faisant servir par les femmes qui se servaient en dernier, et mangeaient à part, dans la cuisine.

Je m’en tiens là. Le terme d’islamophobie ne sied pas, le terme « mislamisme » serait plus indiqué dans mon cas. Je signale par ailleurs que toutes les agressions physiques ou verbales dont j’ai été victime (elles furent nombreuses, j’ai habité un temps à Lille Sud…) dans ma vie furent toujours le fait de Maghrébins.

À l’âge de dix-neuf ans, j’ai tenté de porter plainte pour les humiliations et les traitements (les « vaccins ») subis et j’appris pour l’occasion un peu de vocabulaire juridique : « prescription »…

Heureusement il reste la politique, l’action, l’écriture quand le Droit a renoncé.

Si je me suis permis de prendre un peu de votre temps, c’est parce que j’ai la conscience « claire et distincte » que mon cas n’est pas isolé mais que tous n’auront pas le courage ou les mots pour le dire.

Si spiritualité est un mot qui désigne l’envie d’être meilleur, l’islam n’en est pas et il marque au fer rouge l’esprit et le corps de celles et ceux qui croisent sa route de près ou de loin.

Que les contempteurs de l’islam continuent leur combat, je suis des vôtres.

Filialement.

Saleh Louis

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