Les faux alliés de la France dans l’OTAN

Publié le 9 avril 2018 - par - 15 commentaires - 1 514 vues
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C’est insupportable mais ce constat maintes fois repris n’a pas l’air de chagriner beaucoup dans les hautes sphères politiques et militaires. Tout au plus est apparu un nouveau et copieux rapport des députés Pieyre-Alexandre ANGLADE (LREM) et Joaquim PUEYO (NG). L’ouvrage est surtout un éloge de l’U.E telle qu’elle est. Si la Turquie, figure en bonne place dans le grippage des rouages d’une obsolète, mais « irremplaçable » Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, ce pays n’est le seul à poser problème quant à la sécurité des Européens. Comme il s’agit là d’un document pas spécialement primesautier, je vais essayer de vous l’alléger de ses indigestes lourdeurs.

Malgré la disparition du Pacte de Varsovie qui, depuis 1955 regroupait les pays d’Europe centrale avec l’Union soviétique, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (traduisez N.A.T.O pour mieux saisir qui en impose à qui) existe encore, et s’est même renforcée. A ce jour, 29 pays en sont membres et quatre pays sont en liste d’attente : le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Georgie et la Macédoine.

Sur l’OTAN donc, il y a beaucoup à décrypter, Armées d’aujourd’hui n° 401 de septembre-octobre 2015 y a consacré un dossier intitulé La France acteur clé de l’OTAN. Une affirmation qui ne convainc guère  mais qui donne envie d’en savoir plus. Résultat, la France paraît plutôt être la 5ème roue du carrosse. Surtout quand on voit la Turquie d’Erdogan, entre-autres pays « amis », au sein de la même alliance!

En page 45 de ce n° spécial OTAN, se trouve une infographie, celle des effectifs français du Ministère de la Défense au sein de l’OTAN  ( 810 personnes, soit 8% des effectifs de l’Alliance).

Quant au concept de Allied Commander Transformation ( diffusion de la culture européenne dans le processus de transformation de l’OTAN), il doit paraître aussi singulièrement obscur au citoyen-contribuable -qui en aurait entendu parler- que la différence qu’il y a entre être au commandant intégré ou être « simple » membre de l’OTAN http://www.nato.int/nato-welcome/index_fr.html

France aide-toi, l’OTAN t’aidera peut-être

L’OTAN assure la défense collective de l’Union européenne, à charge pour elle d’assurer sa sécurité. Mais quid réellement de la France au sein de l’U.E. ? Pour essayer d’y voir plus clair,

les parlementaires Pieyre-Alexandre Anglade et Joaquim Pueyo (tous les deux de la commission permanente Défense nationale et forces armées) ont présenté un rapport d’information à l’Assemblée nationale.

Pour ces rapporteurs : « aucune des crises qu’affronte actuellement l’Union (crise migratoire, crise ukrainienne, crises en Afrique ou au Proche-Orient, etc.) ne pourra être réglée par les seuls moyens militaires. Pour assurer sa sécurité, l’Union doit avoir une approche intégrée et utiliser aussi l’aide au développement, le commerce ou le dialogue politique. Or, cette variété de moyens, l’Otan n’en dispose pas… la sécurité de l’Union se joue aussi en Afrique. Or, l’Otan ne dispose ni des moyens ni du savoir-faire nécessaires pour régler les crises africaines ni, sur le plan militaire, de l’expérience du terrain qui est celle, par exemple, de l’armée française ».

Enfin, la lutte contre le terrorisme exige une coordination entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure… Organisation militaire tournée vers l’extérieur, l’Otan n’a qu’une utilité marginale pour l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme, à la fois parce qu’elle ne dispose pas des moyens de sécurité intérieure mais aussi parce que les échanges de renseignements, en son sein, sont bloqués par la Turquie »

Avant d’aller plus loin dans les développements des deux députés, il est nécessaire de ne pas perdre de vue le projet de loi en cours sur la programmation militaire pour les années à venir.

Projet de loi programmation militaire pour les années 2019 à 2025

– Objectif : effort de défense à 2 % du PIB à l’horizon 2025.

« S’appuyant sur les conclusions de la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale rendue publique le 13 octobre 2017, le projet de loi de programmation militaire 2019-2025 vise à permettre aux armées de remplir leurs missions en renforçant leurs moyens, à renouveler leurs capacités opérationnelles et à garantir l’autonomie stratégique tout en contribuant à la consolidation d’une défense en Europe. »

– Effectifs : 3 000 emplois supplémentaires sur la période 2019-2023. Pour la période 2019-2025, 6 000 emplois supplémentaires. Amélioration de la situation sociale des militaires.

« Le projet de loi augmente la durée annuelle maximale d’activité dans la réserve opérationnelle à 60 jours par an (contre une durée légale actuelle de 30 jours). Diverses dispositions sont destinées à promouvoir le service dans la réserve militaire. »

– Service militaire volontaire (SMV) : à compter du 1er janvier 2019. Le dispositif est destiné à favoriser l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. (sic) voir : https://ripostelaique.com/service-militaire-universel-de-macron-les-generaux-disent-non-mais-sexecuteront.html

– Cyberdéfense : autorisation des opérateurs de communications électroniques de placer des dispositifs de détection des événements susceptibles d’affecter la sécurité des systèmes d’information.

Ce que dit le rapport d’information sur l’Europe de la Défense et son articulation avec l’OTAN

(Lexique :  PESD = politique européenne de sécurité et de défense).

Intégralité du texte sur : http://www2.assemblee-nationale.fr/documents/notice/15/europe/rap-info/i0719/(index)/rapports-information

Extraits :

« À l’Est, la Russie est plus menaçante que jamais. Après l’agression de la Géorgie en 2008, c’est vers l’Ukraine qu’elle a tourné son agressivité, annexant la Crimée et déstabilisant le Donbass, tout en multipliant les manœuvres militaires aux frontières orientales de l’Union et autres attaques hybrides dans les pays d’Europe de l’Est. La Russie soutient également le dictateur syrien Bachar El-Assad…

Notre pays est également en première ligne au Sahel. Cette région, l’une des plus pauvres du monde, où des États défaillants et corrompus sont incapables de subvenir aux besoins de leur population, est aujourd’hui une poudrière ; les groupes terroristes et criminels, armés par le pillage des stocks du régime déchu de Mouammar Kadhafi, sont chez eux dans ce désert où l’insécurité, l’explosion démographique et la misère minent les efforts de développement et alimentent les filières d’immigration vers l’Europe et les drames qui en découlent. 

… ces crises, pour lointaines qu’elles soient, ont des effets à l’intérieur de l’Union européenne et concernent tous les citoyens européens. Attentats, bien sûr, mais aussi migrations, et leur cortège de fermeture des frontières. Plus insidieuse cependant est la remise en cause des valeurs européennes qu’elles entraînent, sans parler des conséquences plus politiques que sont la montée du populisme et de l’euroscepticisme…  (sic)

Face à ces multiples crises et aux inquiétudes qu’elles suscitent, les citoyens européens attendent de l’Union qu’elle les protège… Il faut donc se réjouir que l’Europe, sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, ait fait de la sécurité une priorité. Depuis 2016, de nombreuses initiatives ont ainsi été lancées afin de donner toute sa portée à une politique de sécurité et de Défense commune (PSDC) largement en retrait des autres politiques européennes, et permettre à l’Union européenne d’assurer elle-même sa sécurité et celles de ses citoyens »

Si Macron l’a dit, alors ça doit être vrai

« S’il appartient à l’OTAN, conformément au traité de l’Atlantique Nord comme aux traités européens, d’assurer la défense collective de l’Union européenne, le présent rapport considère qu’en complément de l’OTAN et en coopération avec celle-ci, c’est à l’Europe d’assurer sa sécurité et de protéger ses citoyens en faisant face, avec ses moyens et ses objectifs, aux menaces et, en particulier à la menace terroriste pour laquelle elle est mieux armée que l’OTAN. 

Comme l’a souligné le président de la République dans ses récents vœux aux Armées, il ne s’agit pas, par l’Europe de la Défense, « de dupliquer ou de concurrencer l’OTAN, mais de réunir les conditions de l’autonomie stratégique de l’Europe ». Telle doit être en effet l’ambition de l’Europe de la Défense, celle du présent rapport étant de présenter, dans cette même perspective de l’autonomie stratégique de l’Europe, les relations UE-OTAN et leurs enjeux actuels compte tenu des initiatives précitées ».

Suit un très long rappel de l’histoire de l’OTAN et du Pacte de Varsovie que je vous épargnerai ici. Toutefois : « Si l’OTAN a pu intervenir, c’est qu’elle a su se réinventer après la chute du communisme et la dissolution du Pacte de Varsovie, le 1er juillet 1991. Ce n’était pourtant pas évident. L’OTAN étant une alliance défensive dirigée depuis quarante ans contre un unique ennemi qui, étant sa raison d’être, a inspiré l’ensemble de ses concepts stratégiques, ne devait-elle pas disparaître avec la disparition de la menace ?

La question s’est évidemment posée aux membres de l’Alliance mais, très rapidement, au sommet de Londres (1990), la décision politique a été prise de conserver l’OTAN. Les raisons qui ont justifié cette décision étaient multiples et partagées par l’ensemble de ses membres. Aucun d’entre eux, en effet, n’a voulu se priver de l’incomparable outil militaire qu’était l’OTAN, de ses structures de commandement et de planification et de l’expérience, notamment en termes d’interopérabilité, accumulée pendant quarante ans. Il pouvait d’autant plus se révéler utile que le monde qui émergeait à l’Est, entre réveil des nationalismes, dislocation de l’Union soviétique et arsenaux nucléaires en déshérence, apparaissait très inquiétant, justifiant le maintien d’une défense collective »

« Enfin, raison d’être historique de l’OTAN, la défense territoriale stricto sensu est revenue au premier plan avec l’élargissement à l’Est de l’Alliance. Les pays de l’ex-Pacte de Varsovie, inquiets pour la stabilité de leurs frontières en raison du réveil des nationalismes et anticipant une possible résurgence de la menace russe, ont rapidement recherché une garantie crédible de sécurité que seule l’OTAN pouvait leur apporter, l’impuissance de l’Europe en la matière ayant largement été démontrée en Yougoslavie. La Tchécoslovaquie, la Pologne et la Hongrie, rassemblées au sein du groupe de Višegrad, ont affirmé, dès le 6 mai 1992, que « leur objectif à long terme est une adhésion pleine et entière à l’OTAN ». Le 12 mars 1999, l’OTAN s’est élargie à la République Tchèque, la Pologne et la Hongrie puis, le 29 mars 2004, à sept nouveaux pays : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. On notera qu’historiquement, pour les pays membres des deux organisations, l’adhésion à l’OTAN a toujours précédé l’adhésion à l’Union européenne »

L’OTAN compte actuellement 29 pays membres : https://www.nato.int/cps/fr/natohq/nato_countries.htm

L’Union Européenne compte aujourd’hui 28 pays membres :  https://europa.eu/european-union/about-eu/countries/member-countries_fr

Les rapporteurs ciblent la Russie

« Si les enjeux sécuritaires du voisinage sud portent sur le terrorisme et les migrations et appellent une réponse globale, ceux du voisinage Est sont très différents et, d’une certaine manière, plus simples que dans le Sahel tant la menace est unique, clairement identifiée et froidement rationnelle. En effet, c’est la Russie et elle seule qui, par sa politique agressive, est un facteur d’insécurité aux frontières orientales de l’Europe. S’appuyant sur les minorités russophones présentes en Ukraine, elle a délibérément violé le droit international en annexant la Crimée en 2014 et en soutenant les séparatistes du Donbass, nourrissant une guerre qui a fait plus de 10 000 morts et se poursuit aujourd’hui.

Cette agressivité, renforcées par des manœuvres militaires régulières à leurs frontières et des attaques hybrides (piratages informatiques, fake news…), nourrit les craintes des pays de l’Est qui non seulement eurent à subir le joug de l’URSS pendant un demi-siècle mais abritent également, s’agissant des pays Baltes, d’importantes minorités russophones. Ces pays, aujourd’hui membres de l’Union européenne, sont partisans d’une politique ferme vis-à-vis de Moscou et plébiscitent la protection de l’OTAN contre une menace qu’ils considèrent, bien plus que les pays d’Europe de l’Ouest, comme existentielle »

Sputnik news :  les tentatives de l’Otan pour soutenir militairement les pays baltes n’améliorent pas la sécurité de l’Europe

C’est en substance ce que vient de déclarer le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Aleksandr Glouchko.

« La Maison-Blanche s’est engagée à accorder aux pays baltes une aide militaire dont le montant atteindra 170 millions de dollars en vue de renforcer les capacités des forces armées nationales et les forces nationales de sécurité de l’Estonie, de la Lituanie et de la Lettonie…. Les États-Unis continuent à poursuivre une politique de deux poids deux mesures visant d’une part, à renforcer le flanc est et à créer un tremplin pour des projections hostiles, et d’autre part, selon toute évidence, à pousser leurs alliés à appliquer rigoureusement les demandes de Washington d’augmenter de 2% le budget militaire (de l’Otan, ndlr). Les États-Unis ont intérêt à ce que cet argent soit dépensé en premier lieu pour l’achat d’armements américains».

Source : https://fr.sputniknews.com/international/201804051035814977-moscou-otan-est-securite-europeenne-renforcement/

  • Curieux marché entre Erdogan et Poutine
  • « Le président turc et Vladimir Poutine ont annoncé mercredi que la livraison par la Russie de missiles S-400 à la Turquie sera accélérée. Ce qui inquiète au plus haut point les dirigeants occidentaux. Pour se rendre compte de l’importance de ce contrat, il faut savoir que le système de missile S-400 est ce qu’on fait de mieux…  son radar serait capable d’accrocher 80 cibles à la fois et de contrôler la course de 160 missiles en même temps… La Turquie a passé commande pour quatre batteries pour un montant de 2 milliards et demi de dollars dont la moitié est empruntée à la Russie. Le tout devait être livré en 2020, ce sera finalement à la mi-2019. 
  • Pourquoi est-ce un problème pour l’Otan? Parce que la règle veut que dans l’OTAN, dans la mesure du possible, les équipements utilisés par ses nations-membres soient compatibles. Or, évidemment, les systèmes russes sont incompatibles avec ceux de l’Alliance. Et comme la Turquie est un membre important et crucial de l’Otan, le seul à posséder des frontières avec la Russie et avec le Moyen Orient, l’Alliance atlantique se sent comme défiée ». Source : http://www.lejdd.fr/international/la-turquie-prend-lotan-en-otage-3617915

 

Le désolant spectacle de l’Union européenne et ses groupements tactiques qui s’entraînent sans se déployer

« Il va de soi que les citoyens, qui attendent de l’Union qu’elle les protège, lui en voudront d’autant plus de ne pas le faire que celle-ci aura dépensé des milliards d’euros pour développer ses capacités militaires. La sécurité et la Défense, sensées relégitimer l’Union européenne, pourraient ainsi nourrir s’il en était besoin l’euroscepticisme.

C’est pourquoi, sans attendre le développement des capacités militaires, l’Union européenne doit dès à présent réfléchir à renforcer le caractère opérationnel de la PSDC, c’est-à-dire ses capacités d’intervention et de projection. En effet, sans de telles capacités, il est vain de croire que l’Union pourra mettre en œuvre une PSDC à la hauteur des ambitions affichées et répondre aux préoccupations de sécurité des Européens.

Or, en la matière, la situation n’est pas satisfaisante, comme ne l’est évidemment pas le spectacle un peu désolant que donne l’Union européenne avec ses groupements tactiques qui, depuis 2005, s’entraînent sans jamais avoir été déployés »

Encore le coup des loups solitaires

« La lutte contre le terrorisme est l’une des plus difficiles qui soit. Loin du schéma classique d’une ligne de front séparant deux armées étatiques régies par le droit de la guerre, les populations civiles restant à l’arrière, elle implique de lutter contre un ennemi invisible, prenant la forme de petits groupes et de « loups solitaires », réfugiés dans les montagnes et les déserts ou, au contraire, caché dans les villes, usant d’engins explosifs improvisés, d’armes blanches ou de camions contre les soldats mais aussi et surtout contre les civils. Cette lutte n’est pas spectaculaire, encore moins médiatique… »  (sic, je relis pour être sûr !)

La lutte : « vise à déjouer les projets d’attentat, à mettre hors d’état de nuire les terroristes avérés et leurs réseaux mais également, par l’éducation et le développement, à prévenir la radicalisation de la jeunesse… » !!!!!

« Ainsi présentée, il apparaît clairement que l’OTAN, énorme machine militaire créée pour la défense collective de l’Europe contre une menace conventionnelle, n’est pas outillé pour la lutte contre le terrorisme ». 

« Si le partage d’informations entre l’OTAN et l’Union européenne est défaillant, c’est évidemment en raison du conflit chypriote. Chypre est membre de l’Union européenne mais pas de l’OTAN, en raison de l’opposition persistante de la Turquie. La Turquie s’oppose à ce que Chypre, dont elle occupe le Nord, ait accès sous couvert de l’Union européenne aux informations classifiées de l’OTAN. Par conséquent, ces informations parviennent aux États membres de l’Union par la voie bilatérale ».

Alors que faire ?

« L’OTAN n’a donc qu’une utilité marginale pour l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme. Par conséquent, telle que vos rapporteurs la conçoivent, il n’y a pas lieu de voir une concurrence entre l’OTAN et la PSDC en raison des spécificités de cette dernière, qui la rendent parfaitement complémentaire avec la première. Pour dire les choses très simplement, l’OTAN a été créée pour la défense territoriale collective de l’Europe et doit s’y concentrer, en s’appuyant sur les États membres des deux organisations. Le reste doit être le domaine de la PSDC, qu’il s’agisse de la lutte antiterroriste, de la sécurisation des frontières et, d’une manière générale, de la gestion de crise à l’extérieur de l’Union européenne, en recourant, le cas échéant, aux moyens militaires et aux informations de l’OTAN mais conservant la direction des opérations, en attendant d’être capable, un jour peut-être, de s’en passer »

« Bien qu’elle soit aujourd’hui incontournable dans la Défense de l’Europe, l’OTAN traverse une crise qui, si elle devait s’aggraver, ne serait pas sans conséquence sur l’Union européenne. Cette crise est évidemment liée à la Turquie dont plusieurs décisions récentes suscitent une vive inquiétude en Europe tant elles mettent à mal les relations UE-OTAN et, surtout, les intérêts mêmes de l’Union européenne :

– en mai dernier, la Turquie a bloqué les programmes du Partenariat pour la paix impliquant l’Autriche en raison de l’hostilité déclarée de ce pays à son adhésion à l’Union européenne ;

– en janvier, la Turquie a décidé d’intervenir militairement en Syrie contre les milices kurdes, celles-là même qui, soutenues par les États-Unis et plusieurs pays européens, ont contribué à détruire le califat de Daesh, avec lequel la Turquie a par ailleurs, un temps, entretenu des relations pour le moins équivoques ;

– en septembre, la Turquie a annoncé avoir décidé d’acquérir auprès de la Russie le système de défense anti-aérienne S-400, symbole du rapprochement entre les deux pays après la crise consécutive à la destruction d’un avion russe dans l’espace aérien turc en 2015.

Ces décisions récentes, qui s’ajoutent aux problèmes structurels que pose la Turquie à l’Union européenne en raison de l’occupation du Nord de Chypre, y compris au sein de l’OTAN dans le domaine du partage du renseignement, doivent conduire celle-ci à s’interroger sur la pertinence de confier un rôle primordial dans sa défense à une organisation dont l’un des membres majeurs est si peu fiable qu’il peut jouer impunément contre ses intérêts stratégiques dans le voisinage Sud et Est. Il faut dire que l’Union européenne est largement entre les mains de la Turquie qui maîtrise les flux de réfugiés vers l’Union européenne depuis l’accord du 18 mars 2016. La sortie de la Turquie de l’OTAN ne serait d’ailleurs pas forcément une bonne chose puisqu’elle affaiblirait durablement l’Alliance vis-à-vis de la Russie – dont le flanc Sud ne sera plus surveillé – et au Proche-Orient, où la Turquie joue un rôle majeur »

Se passer de l’OTAN si nécessaire, mais conforter à tout prix l’Union Européenne en l’état

Le rapport interroge pour que la PSDC devienne autonome du point de vue stratégique et opérationnel. Pistes avancées :

« – la création d’un véritable quartier général européen, sur le modèle du SHAPE de l’OTAN, donnant à l’Union les capacités de planification et de conduite d’opérations militaires qui lui font aujourd’hui défaut ;

– la définition d’une culture stratégique commune, incluant des règles et procédures communes, afin de garantir comme le fait aujourd’hui l’OTAN l’interopérabilité des armées européennes ;

– une force d’intervention rapide d’au moins 60 000 soldats, déployables rapidement n’importe où dans le monde ;

– la mise en commun des coûts, car il n’est évidemment pas envisageable de faire financer la défense de l’Europe, comme aujourd’hui, par un autre budget que celui de l’Union européenne.

En conclusion, si le chemin vers l’autonomie opérationnelle et stratégique est encore long, l’Europe de la défense est à la croisée des chemins. En effet, les crises actuelles, pour terribles qu’elles soient, constituent une opportunité historique d’aller de l’avant dans la construction d’une véritable Europe de la défense. La saisir est une impérieuse nécessité pour l’Union européenne qui, dans ce domaine plus que dans les autres, joue sa crédibilité vis-à-vis des citoyens européens. En effet, les citoyens européens ont une forte attente en matière de sécurité et de Défense. Si l’Europe devait décevoir cette attente, elle nourrirait le sentiment anti-européen et la perception que décidément, l’Europe est coupée des réalités ou – et c’est peut être pire – incapable de les affronter en adoptant les mesures nécessaires. Dans tous les cas, c’est la construction européenne elle-même qui serait, une nouvelle fois, fragilisée. C’est pourquoi il importe de soutenir les initiatives européennes mais aussi d’alerter sur les risques auxquelles elles sont exposées, afin de mieux assurer leur succès. C’est l’objet de la PPRE que nous vous proposons d’adopter. »

Sources :

http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/defense-europeenne-quel-role-pour-ue-pour-otan.html?xtor=EPR-56

http://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-discussion/projet-loi-relatif-programmation-militaire-pour-annees-2019-2025-portant-dispositions-interessant-defense.html?xtor=EPR-56

http://www2.assemblee-nationale.fr/documents/notice/15/europe/rap-info/i0719/(index)/rapports-information

https://www.asafrance.fr/dossiers-asaf.html

Liens utiles :  

https://ripostelaique.com/geopragma-un-think-tank-pragmatique-qui-ne-parle-pas-des-attentats-islamistes.html

https://ripostelaique.com/le-chef-des-armees-macron-depeche-linculte-deputee-anissa-kheder-a-lotan.html

https://ripostelaique.com/macron-va-t-il-aussi-brader-la-dissuasion-nucleaire.html

https://www.asafrance.fr/item/vous-avez-tort-monsieur-juppe-libre-opinion-du-general-2s-vincent-desportes.html

https://www.asafrance.fr/item/lettre-asaf-16-06-de-juin-2016-l-indispensable-remontee-en-puissance-de-notre-armee.html

https://ripostelaique.com/salon-eurosatory-larmement-lourd-preservera-t-francais-face-aux-islamistes.html

https://ripostelaique.com/lasaf-preconise-de-mettre-detat-de-nuire-totalitarisme-islamiste-france.html

https://ripostelaique.com/le-general-martinez-a-pointe-du-doigt-la-trahison-de-valls-et-des-siens-face-a-lislam.html

https://ripostelaique.com/la-reserve-citoyenne-devoyee-au-profit-des-migrants.html

Jacques CHASSAING

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15 réponses à “Les faux alliés de la France dans l’OTAN”

  1. BALT dit :

    Europe, OTAN, le double jeu d’Erdogan.
    Et tous se font avoir.

  2. audiophile dit :

    Sont considérés comme ennemis :
    La Russie, La Chine , La Corée du nord, Le Venezuela, en bref et en détail tout ce qui est dans la géopolitique de la Russie et de la Chine.

    Quand a la France elle est devenue une insulte aux peuples du monde.

  3. audiophile dit :

    Vous oubliez les grandes masses musulmanes d’asie :
    PAKISTAN, BANGLADESH,INDONÉSIE, les plus éloignés mais surement encore plus dangereux que les Arabes et surtout plus nombreux, c’es tde la que vient le pire danger a long terme.

  4. reuri dit :

    Si l’otan continue d’être influencé par les néo con, bientôt l’arabie saoudite va intégrer ce machin.

  5. dufaitrez dit :

    Trop long à lire ! Faites court !! (6 comments à cette heure…)
    En un mot, nous voilà à nous battre contre la Turquie, membre de l’OTAN !
    Erdogan est notre ennemi depuis longtemps. Ouvrons les yeux !

    • CHASSAING dit :

      à dufaitrez :
      « Trop long à lire ! Faites court !! » Et moi j’ai passé combien de temps pour que vous puissiez avoir un résumé cohérent? Rien ne vous empêche de faire encore plus court et incompréhensible! Mais moi je n’ai pas eu le loisir de lire un moindre de vos article. Trop fatigant pour vous sans doute?

      • dufaitrez dit :

        Vous voilà vexé ! Reconnaissez que 7 comments, alors que d’autres en ont 60 pose pb. Votre pb.! La longueur décourage, la synthèse attire !
        Rassurez-vous, vous n’êtes le seul sur ce site. J’en fais souvent la remarque.
        Pour votre gouverne, j’ai déjà publié, en Une page. Et ça plu ! Bien à vous.

  6. patito dit :

    Encore et toujours le même délire des dirigeants de l’UE qui s’obstinent à voir dans la Russie un ennemi alors que le véritable ennemi des peuples Européens est déjà dans nos murs

  7. Paskal dit :

    Les Pays Baltes ont droit à la souveraineté. Jirinovski revendique la Pologne et la Finlande.
    Avec Erdogan qui occupe le nord de Chypre, soutient les terroristes islamistes, a implicitement menacé l’Europe d’attentats, l’OTAN a un gros loup dans la bergerie.
    http://www.europe-israel.org/2017/03/le-dictateur-national-islamiste-erdogan-menace-leurope-aucun-europeen-ne-pourra-plus-faire-un-pas-en-securite/

  8. Echec&Mat dit :

    Article très bien documenté sur l’OTAN qui ne doit pas cacher son rôle de chien de garde du mondialisme. Hormis son dispositif de « containment », disproportionné à l’égard de la Russie et faussement protecteur d’une ex Europe de l’Ouest, vis-à-vis d’un pacte de Varsovie qui n’existe plus, l’OTAN apparaît plutôt comme un maître chien qui tient en laisse les vassaux des Eats-Unis, au cas où l’un d’entre eux, viendrait à rompre ses chaines. Si vraiment l’OTAN jouait son rôle de protecteur de l’Europe il ne tolérerait pas davantage cette invasion-immigration, alors qu’il en a les moyens. En réalité, l’invasion-immigration, dans le jeu de go américain, est faite pour favoriser la conquête de l’Europe par un proxy, aux fins de créer un nouveau chaos. Le libérateur attendant de rejouer 1944.

    • reuri dit :

      Bien d’accord.
      C’est en train de se retourner contre eux, car les Etats Unis se laissent envahir par les mahométans.
      Ce cher deubeuliou bush déclarant après le 11 septembre et ses milliers de morts et blessés que l’islam est la paix.

      • Echec&Mat dit :

        Sachons rendre hommage au président Eisenhower qui dans son discours de fin de mandat, le 17 janvier 2005, dénonça les dangers pour nos libertés du complexe militaro-industriel, engeance de l’Etat profond américain qui active de fausses guerres pour engranger des profits colossaux et dont l’OTAN et l’exécuteur :cf. « L’Etat profond américain » de Peter Dale Scott. Le budget de la défense U.S. pourrait s’élever à 716 milliards de $ pour 2019, alors que celui de la Russie s’élèvera à 46 milliards de $ (source La Tribune).

        • PEREZ dit :

          « président Eisenhower qui dans son discours de fin de mandat, le 17 janvier 2005″… J’ai du rater quelque chose, mais quoi ?

          • Fomalo dit :

            Moi aussi, j’ai sûrement raté quelque chose. Et la source de dollars /défense de La Tribune, c’est en français, en américain, ou bien en russe???