Les femmes du Bus 678 un film égyptien à voir absolument

Publié le 2 juillet 2012 - par - 3 563 vues
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Il sera difficile au public français de voir ce film, il ne passe que dans les salles d’Art et essai et c’est fort dommage. Il mérite, pourtant, d’être vu par le plus grand nombre.

En 2008 au Caire, un homme, (le réalisateur) Mohamed Diab, assiste au procès de Noha Rushdi, la première femme égyptienne a avoir osé porter plainte pour agression sexuelle. L’avocat de la défense se moque de la plaignante… Ulcéré, M Diab décide alors qu’il traitera du sujet dans un film.

http://www.youtube.com/watch?v=eDhg5VY5Yh4

Il choisit de faire évoluer 3 jeunes femmes que tout sépare :

–         Fayza, mère de 2 enfants,  vit dans un quartier pauvre. Pour aller au travail, elle doit prendre le bus tous les jours, bus dans lequel toutes les femmes subissent les attouchements des hommes. Souvent désespérée elle laisse passer le bus ou prend un taxi, mais c’est cher, elle arrive en retard à son travail… Le couple a peu d’argent, il bat de l’aile… Elle se tait, son mari ignore ce qui la perturbe.

–         Nelly une jeune et pétulante jeune femme de bonne famille veut, comme son fiancé, devenir comédienne. Elle se fait agresser en pleine rue par un homme conduisant une fourgonnette ; il la traîne sur plusieurs mètres, il faut l’intervention de sa mère pour stopper l’attaque.

–         Seba aime le foot et assiste, avec son mari médecin, à un match international, dans un stade bondé de jeunes hommes. L’Egypte a gagné, à la sortie du match Seba se trouve séparée de son mari et une horde d’hommes la violentent.

Les agressions dont sont victimes ces femmes, inspirées de faits réels, sont le point de départ de ce film réaliste qui pose la question du sort terrible  des femmes égyptiennes, et plus particulièrement des agressions d’ordre sexuel dont elles sont les victimes silencieuses, dans une société qui sait mais qui ne veut pas voir. Des dialogues entre époux, à l’intérieur des familles, entre les 3 protagonistes elles-mêmes, naît une réflexion profonde sur ce qui conditionne  cette société islamique, et ce qui la fait se taire. La peur est le maître mot.Peur du déshonneur pour la fille, pour le mari ou le fiancé, peur que ce déshonneur frappe l’ensemble de la famille, peur du qu’en dira-t-on. Peur surtout que les hommes perdent leur pouvoir, leur superbe, et leur statut supérieur de mâle ! Un débat télévisuel pose l’éternelle question de la responsabilité de la femme ( tenue, comportement etc..(1).)

Rien ne destinait ces femmes à une rencontre, rien sauf la violence dont elles sont victimes. Pour surmonter le traumatisme et agir elles s’épauleront avec amitié,  maladresse, quelquefois dans le conflit aussi….Mais, après des hésitations, elles  iront jusqu’au bout d’une démarche d’auto- défense,  puis d’une démarche jurdiciaire difficile.

Réalisé avant la révolution  le film a eu un grand succès et a suscité un large débat dans  la société égyptienne. La violence sexuelle est maintenant un délit en Egypte. Mais la loi  votée n’a pas empêché, il y a peu de temps, le viol de jeunes égyptiennes par des policiers et les agressions sexuelles sur des journalistes étrangères  pendant la Révolution. Comment le pouvoir des Frères Musulmans va-t-il influencer les agissements des hommes et les lois de la nouvelle constitution ? Mettra-t-on plus de charia, plus de machisme, reviendra-t-on en arrière ?

Au-delà de la société égyptienne, ce film traite de la violence sexuelle, qui, rappelons-le, existe dans tous les pays.  Après  les femmes des sociétés musulmanes les plus exposées au viol semblent aujourd’hui, au travers des données statistiques,  être les Mexicaines et les Indiennes….

Ce film s’inscrit intelligemment dans le combat des femmes. La femme n’est pas un objet sexuel, elle doit être  respectée en tant qu’être humain autonome et libre. Le combat n’est pas gagné. Remercions donc ce cinéaste et l’équipe des  acteurs d’avoir, après d’autres grands réalisateurs et acteurs égyptiens, mis leurs talents au service  de cette noble  cause et ajouté une petite pierre à l’édifice. Puissent ces artistes   résister aux islamistes.

Chantal Crabère

(1) A ce moment du film j’ai repensé à l’entretien que j’avais eu, il y a 3 ans avec une maman salafiste et ses deux filles, toutes les 3 en long tchador noir,  en pleine  canicule, alors que le père se promenait en marcel. L’une des 2 filles m’avait dit:  » les filles ne doivent pas se plaindre d’être violées, vue la manière dont elles s’habillent! (sous entendu elles n’ont que ce qu’elles méritent, elles n’ont qu’à porter le tchador comme nous)

 

 

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