Les fourberies de Sapin

Publié le 28 décembre 2013 - par - 1 610 vues
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Lorsque fut arrivé le vingt sixième jour du dernier mois de cette année 2013, après que, la veille,  on eut célébré la naissance, dans la mangeoire inconfortable d’une étable de Bethléem, du célèbre petit bout de chou, après aussi que la Zerbinette à Fanfan,  subrepticement introduite l’an passé,  à  l’ Élysée, eut raté, par deux fois, l’illumination du magnifique sapin du Président et enfin après  que le nouveau pape venu des Amériques pauvres eut, en mal d’originalité,   déversé urbi et orbi, en latin, en italien et en anglais seulement un flot d’imprécations contre les nuées qui obscurcissent les ciels d’Afrique et adjuré, probablement sans grand effet à venir hélas ( si non cela se saurait su dans le passé), les chrétiens, les musulmans, les juifs, les sikhs, les bouddhistes, les hindouistes, les animistes,  les agnostiques, les athées les dévots de tous poils, les mécréants de tous acabit, les grenouilles de bénitier du genre Vingtrois et Podevin ou de leurs opposés anticléricaux à la mode conjuguée de Voltaire et  du petit père Combes , à venir se réfugier sous la houlette papale pour y fêter la pax vaticana,   on finit, à l’heure vespérale où Morphée commence avec la complicité des nimbus, stratus, cirrus  et autres cumulo-nimbus,  à assombrir le ciel pour annoncer sa lénifiante venue, par connaître le taux de chômage que d’aucuns attendaient, mine déjà satisfaite, presque gourmande malgré les nausées digestives de la veille et de l’avant-veille,  comme une rose annonciation. C’était là une ultime et fumeuse stratégie, d’ailleurs suggérée depuis quelques jours, par les adeptes de Coué, en hauts lieux.

Ce fut Sapin dit le Fourbe, en souvenir du Scapin de Molière, qui s’en chargea missionné à cette fin devant un parterre de gens de toutes sortes, impatients et curieux et sous l’œil intéressé autant qu’avide de médiatiques lucarnes comme aurait dit le Canard Enchaîné d’avant.

La mine sévère, le teint pas très frais et l’air gêné à la fois, comme quelqu’un que ses sphincters annaux brutalement relâchés  auraient insidieusement trahi du bas côté de son individu, le Sapin en question, tout en onctuosité, annonça tout d’abord qu’on avait  en France obtenu près de dix neuf mille chômeurs de plus.

Un reste de pudeur, sans doute , l’empêcha de crier « Victoire ! Victoire ! » mais il n’en fût vraiment pas loin bien qu’il n’en ait probablement pas pensé un mot !

Cela ne réjouit personne à l’exception de quelques imbéciles, de droite et d’extrême gauche, au cœur sec et à la cervelle en  capilotade qui ne voulurent  pas savoir ce que le mot chômeur contient de désespoir vrai et profond !

Le ministre, sinistre mine; verbe précipité comme à l’accoutumée,  annonça, force gestes mesurés à l’appui, ce qu’il estimait être une bonne nouvelles, à savoir ….que le but fixé par le  Tremblant Sommet avait été atteint ou  qu’il était du moins en passe de l’être… probablement pour les mois ou les années  à venir…. Il fit remarquer que l’ancienne promesse de Flamby l’Africain avait été conséquemment tenue contre vents et marées …et surtout, contre l’évidence même, il décréta la vérité des chiffres qui particulièrement idiote et réactionnaires ne valait donc pas que l’on s’y attarde.

Le chômage avait reculé affirma-t-il en précisant que l’ asymptote ascendante d’icelui  était en situation de tendre vers zéro voire de s’installer, une fois  pour toute,  dans un infini négatif. Il expliqua, sans rire que ce n’était que le commencement et que dès  l’annonce à venir des chiffres de l’année entière, à la fin janvier de l’an de grâce 2014 à venir, on allait voir ce que l’on allait voir… et même plus !.

Cela me rappela l’histoire de ce coiffeur qui affichait dans son salon : « Demain, on rasera gratis » à ceci près que Sapin le Fourbe n’avait pas la figure d’un facétieux artisan de l’art capillaire mais celle d’un fieffé menteur

Dans l’assemblée les spécialistes de la prévision, les sondeurs d’opinion, les journalistes, les copains accourus sur invitation et autres personnes prétendument informées se regardèrent ébahis tandis que dans les chaumières ( sauf dans certaines de type banlieusard que nous ne nommerons pas)  les gens éberlués se demandèrent s’il s’agissait de lard ou de cochon.

Mais Sapin Le Fourbe, comme le lapin des piles en voie d’extinction de la publicité Duracell,  continua d’asséner sa démonstration en expliquant qu’à bien regarder la mathématique devait être interprétée de même que la sémantique et autres pataphysiques comme on le préconisait d’ailleurs pour la fameuse théorie dite « du genre » des Peillon et de ses futures écoles prétendues  laïques et d’une Fourest anéantie dans ses chimères sexuelles obsessionelles et forcenés .

Il s’acharna à démonter que le comparatif « moins » pouvait signifier  moins ainsi que fixé par convention , comme le mois passé par exemple et que, réciproquement, avec un peu d’intelligence de gôche,  le comparatif « plus » pouvait se lire moins comme ce mois-ci, pour cause d’excès de gens au tapis de l’emploi.

Il en appela aux mois, aux trimestres, au semestres passés dont il fit un mix digne de la grande cuisine de gargote à la Cour des Miracles. Il expliqua derechef que le sens inverse n’était en fait que la continuité inévitable du sens initial consacré par l’expression « se mordre la queue »,  en un mot que leur antinomie ne saurait être systématiquement mise en avant par une espèce d’aveuglement aux principes établis.

Il affirma que lorsque l’on croit monter il se peut, à l’inverse d’ idées si longtemps et si communément reçues, que l’on descende comme le constata à ses dépens le célèbre Icare fils de Dédale l’arkitechton créateur d’une réputée complication monumentale.

Bref il confirma qu’il était temps de prendre le peuple et le bas peuple qui est son infâme extraction pour ce qu’il était comparé aux peuple socialiste à savoir une simple bande  d’abrutis incapable de comprendre quoi que ce soit à rien, seulement doué de cette intelligence qui fait prendre les vessies pour des lanternes … en un mot tout  juste utile à caresser dans le sens du poil lors des  prémices des joutes électorales de toutes sortes, surtout celles à venir

Quand il eut terminé , tant bien que mal et plutôt mal que bien d’ailleurs son espèce de harangue du genre et répondu, vaille que vaille,  cette fois ci, aussi aux questions de l’assistance, on publia, du côté de l’Élysée  un bref  communiqué dans lequel, à l’exemple si l’on peut dire de Sapin Le Fourbe, le chéri à sa Valérie dite Zerbinette, se félicitait de l’amorce de l’inversion de courbe du chômage « qui tendait à se confirmer » ajoutant ainsi ses fantasmes depuis longtemps  inconséquents aux laborieuses élucubrations  mathématiques de son Sinistre du Travail, spécialiste es tripatouillage.

A la suite et dans la foulée, quelques uns de la gente rose bonbon, comme les Désir, Guedj, Rebsamen et autres thuriféraires de la socialiste pensé présidentielle, embouchèrent, contre l’ évidence même,  les trompettes de la satisfaction. Curieusement, par contre, l’on n’entendit point l’hidalgo de l’Intérieur en mission dans les eux débordantes de Bretagne, ou la poétesse-garde-des-sceaux en divagation d’origine, en compagnie du redoutable chikungunya, dans sa province de Guyane. Pas bêtes les bêtes ! Dans cet improbable, on ne perd peut-être rien pour attendre.

Il n’est pas jusqu’à Ayrault qui ne se soit fendu d’un SMS dans lequel il affirme notamment « Cette évolution s’inscrit dans le prolongement de la progression du nombre d’inscrits à Pôle emploi depuis cinq ans » , il aurait pu ajouter que quand on n’avance pas, on a de grandes chances de reculer comme disait le sieur connu de La Pallice .

Le même ci-devant premier ministre s’était d’ailleurs préalablement vu confier, dès le lendemain de ce mémorable 26 décembre, la mission d’aller dans la bonne ville de Lorient en Bretagne , évoquer le dit problème de l’emploi et des chiffres actuels du chômage,  quitte à  avaler, une fois encore et  une fois de plus,  les couleuvres que lui sert copieusement son patron qu’il n’aime plus. Gageons qu’en, bon domestique en quête d’un futur emploi, il le fera, en agitant ses petits poings serrés et en nous gratifiant de ses gestes étriqués, comme il sait si bien le faire à l’ Assemblée Nationale les jours du mardi et du mercredi de chaque semaine afin de se maintenir, jusqu’à je ne sais quand en état de lévitation gouvernementale.

Tandis que de leur côté plus de trois millions de chômeurs anciens et plus de dix sept mille nouveaux sans emploi ou sans travail,  jeunes ou vieux, ouvriers ou cols blancs,  Noël passé dans une tristesse dissimulée pour ne pas chagriner les gosses,  se demandent toujours avec angoisse ce qu’ils viennent faire ce trop sinistre radeau à la dérive du chômage et combien de temps encore les promesses du fameux capitaine de pédalo promu au grade de capitaine de galère leur maintiendra ainsi, plus par ambitieuse et insondable bêtise que par méchanceté, il faut l’espérer,  la tête socialement sous l’eau !

Armand Carel

 

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