Les Françaises dans la guerre et l’Occupation, par Michèle Cointet

Publié le 18 avril 2021 - par - 3 commentaires - 575 vues
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LES FRANÇAISES DANS LA GUERRE ET L’OCCUPATION

Ce livre écrit par Michèle Cointet* amène le lecteur à faire connaissance avec des femmes, connues ou anonymes, qui vécurent la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation de manières très différentes selon leur condition, leurs sentiments, leur intelligence et leur vision à long terme des événements.

Dans l’ombre de l’État français, les épouses de politiciens du régime pétainiste se font le plus souvent discrètes, très femme au foyer, ne discutant jamais les paroles et les actes de leur époux, sujets qu’elles semblent considérer comme n’étant pas leur affaire. De plus, elles sont tenues de ne pas montrer ou exprimer le moindre doute politique en public lorsqu’elles doivent y paraître, mais plus précisément d’afficher un moral inébranlable. Leur acceptation passive de leur condition féminine ainsi établie inspire et renforce les discours officiels relatifs à la place de la femme dans la famille et la vie sociale.

À Vichy, les femmes sont peu présentes afin de laisser leurs époux régler les affaires sans avoir l’air de les utiliser pour s’attirer des faveurs, mœurs décriées de la IIIe République honnie. Place plutôt aux amateurs de sauvetage d’occasion et aux doctrinaires aussi opportunistes que minoritaires voulant saisir la possibilité d’imposer leur vision du monde.

Le lecteur découvre les motivations et les subtilités de femmes restées connues et d’autres moins, telles que la singulière comtesse Leïla du Luart, la première femme française diplomate Suzanne Borel, la journaliste Louise Weiss, l’actrice Arletty… Il retrouve des noms entachés de collaboration intéressée ou de trahison.

« Les nazis ne brûlent pas seulement les livres, ils détruisent les talents. » Tels Hélène Berr et Irène Némirovsky. Le couple Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre est épinglé comme étant resté passif dans la tragédie nationale mais ayant su se montrer triomphant à la Libération, écrivant juste après la guerre des livres de circonstance à la vérité personnelle et historique controversée.

La situation de Marguerite Duras est ambiguë comme celle de tous les fonctionnaires de l’État.

Elle aide la Résistance mais sans se compromettre directement. Le couple Elsa Triolet et Louis Aragon traverse l’Occupation sans beaucoup de risques, si ce n’est la création tardive en juillet 1944 d’une publication clandestine.

Si sur les 1 038 personnes faites Compagnon de la Libération figurent seulement six femmes, il ne faut rien en déduire de la part féminine apportée au combat dans la Résistance. Les deux premières Françaises libres, Yvonne de Gaulle et Élisabeth de Miribel représentèrent des situations personnelles et des milieux sociaux différents, mais s’engagèrent pour la France libre chacune à sa façon et à la place qu’elle s’était choisie.

Un chapitre particulier est consacré aux Rochambelles, infirmières-ambulancières des Forces Françaises Libres dirigées par Suzanne Torrès. Ayant demandé à intégrer la 2e DB du général Leclerc, elles sont de toutes ses batailles jusqu’à la victoire finale à Berchtesgaden. Le Corps français féminin de volontaires intègre l’armée, apportant pour la première fois des femmes dans notre armée nationale. Mais là où elles espéraient l’émancipation, ces femmes doivent surtout se soumettre à la discipline, et les cadres féminins en assurent une rigueur tatillonne. Le même Leclerc demande à son épouse, le jour de leur mariage, si elle accepte de « toujours passer après la France » et bien des femmes d’officiers de cette époque font leur cet engagement spirituel envers la patrie.

L’épouse de Leclerc encourage son mari à rallier de Gaulle à Londres et le libère de son cas de conscience, car ainsi il l’abandonne provisoirement avec leurs cinq enfants.

Bien que l’Église catholique condamne l’engagement dans la Résistance, beaucoup de femmes, y compris des religieuses, passent outre et participent à la lutte clandestine. Si toutefois le combat armé est plutôt le fait des hommes, les femmes ne sont pas en reste par de multiples actions tout aussi risquées même si plus discrètes et elles paient un lourd tribut à cette guerre.

Le Parti communiste voit aussi ses femmes combattre, telle Madeleine Riffaud qui tient absolument à appliquer la consigne « à chacun son Boche », ce qu’elle fait en abattant un soldat allemand isolé sur un pont de la Seine à Paris. Plus tard, elle deviendra journaliste et écrira notamment un livre (qu’elle m’avait dédicacé) « Dans les maquis Vietcong ».

Des femmes sont aussi chefs dans la Résistance, telles Berty Albrecht et Marie-Madeleine Fourcade pour les plus célèbres, mais d’autres aussi dirigent des groupes ou commandent des actions décisives contre l’ennemi nazi. Beaucoup de femmes sont les « petites mains » indispensables au fonctionnement des réseaux clandestins, rôles où elles savent utiliser la subtilité féminine aussi bien que les hommes se servent de la force physique. Telle est Geneviève de Gaulle, nièce du général, déportée pour faits de résistance et heureusement libérée. La belle Joséphine Baker sert la France dès le début de la guerre en travaillant pour le contre-espionnage avant de devenir agent secret de la France libre en métropole et en Afrique du Nord. La France la remercia fort mal de son dévouement, elle qui était devenue française non seulement par le mariage mais aussi par le cœur.

Un chapitre rend hommage aux femmes déportées, particulièrement à Ravensbrück, où le sadisme des femmes SS n’envie rien à celui de leurs homologues masculins. On y lit la détresse des mères déportées avec leurs filles pour lesquelles elles ne peuvent plus rien. La barbarie nazie s’applique autant aux femmes qu’à tous ceux qui s’élèvent contre elle. Leur cœur de mère, d’épouse ou de sœur ne parvient pas à se réjouir même de la Libération quand, au retour des camps, elles apprennent la mort des êtres chers.

L’épuration touche aussi les femmes. Comme les hommes, elles sont l’objet du ressentiment public même si elles sont accusées à tort, parfois pour des raisons sans rapport avec l’Occupation.

Les épouses de dirigeants vichystes bénéficient, si l’on peut dire, du statut juridique de la femme mariée, car le Code civil de l’époque les soumet à l’autorité de leur mari. Mais cela n’empêche pas une notable évolution des mentalités, laquelle ouvre la voie à la prise de conscience que la porte du foyer familial n’est plus étanche aux événements du monde.

Jamais dans toute l’Histoire les Françaises ne se sont autant engagées, tout en continuant à assurer leurs rôles de mères malgré les difficultés de toutes sortes. Elles surent conserver l’apparence de la soumission à l’ordre établi tout en préparant, par leur courage et leurs mérites, la reconnaissance de leur juste place dans la société par le droit de vote et d’éligibilité qui leur fut enfin accordé en 1944.

Ce livre objectif et détaillé se lit facilement, il nous fait découvrir ou redécouvrir la vie de nos mères et grand-mères, il cite des noms tout en honorant les anonymes. Il nous entraîne dans la vie sous l’Occupation sans tomber dans le pathétique et semble n’oublier aucun des nombreux paramètres sociaux de cette période désastreuse et compliquée, où les choix n’étaient pas faciles même si les évidences d’aujourd’hui les classent en catégories arbitraires.

Comme pour d’autres sujets d’actualité, on ne saurait juger les femmes d’hier en fonction des considérations d’aujourd’hui, surtout dans le confort des salons du temps de paix.

Daniel Pollett

* Les Françaises dans la guerre et l’Occupation, Michèle Cointet, Fayard, 2018, 320 pages.

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Notifiez de
Mörback

Une pensée à tous ces Résistants sans qui la situation actuelle n’aurait pas été rendue possible…

Anton

Que vient faire ici la recension de ce livre qui parle d’une autre époque ? Peut-être pour servir d’exemple pour une future résistance suivant à un nouveau 1940 ( invasion en cours depuis 40 ans tout de même !) qui s’approche de nous à grands pas ?

Mantalo

En 2005 une femme de 83 ans est décédée après avoir caché pendant 60 ans le lourd fardeau qui la faisait sombrer dans de noires pensées par moment, les yeux dans le vide.
Des résistants de “dernière minute” l’avaient tondue par erreur, à la place de sa soeur, devant toute la ville.
Elle m’a dit quelques jours avant de mourir : “il faut que je te dise quelque chose, je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit”.

C’était ma mère.

Elle ne voulait pas partir sans me l’avoir dit.

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