Les fusils manquants de Kadhafi

Publié le 28 octobre 2011 - par - 883 vues

Voici une dangereuse et catastrophique réalité dans laquelle la France et l’OTAN ont une part de responsabilité et qui donne le tournis à toutes les chancelleries occidentales. Cet article publié par Stephen Brown (*) le 3 octobre 2011 [avant la mort du dictateur libyen, NDT] sur FrontPage Mag (1), met le doigt sur le danger de la disparition de l’arsenal de Kadhafi  et de sa dissémination non contrôlée et incontrôlable… On peut très facilement imaginer le risque de voir ces armes passer dans les autres pays du Maghreb, entre les mains de l’ACMI puis vers les cellules jihadistes dormantes en Occident et notamment dans le Londonistan ou les banlieues mecquoises de la couronne parisienne …  Bravo au trio Sarkozy-Cameron-Obama !  Vous avez ouvert la boite de Pandore. OTAN en emporte le vent …  

L’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi n’est pas actuellement  le seul objet d’une intense recherche en Libye. D’importantes quantités d’armes manquent dans ses nombreux arsenaux bien approvisionnés et abandonnés, et personne ne sait où elles sont parties. Cela donne des cauchemars aux services de renseignement occidentaux. En tout cas, des milliers de missiles sol-air d’épaule (SAMS) ne figurent pas dans ces arsenaux. Or, s’ils sont entre les mains de terroristes aptes à s’en servir ils pourraient abattre des avions de ligne civils.

Distribution de petits joujoux avant Noël, en Libye : “Qui en veut ?”  [NDT] 

Peter Bouckaert, de Human Rights Watch, a parcouru la Libye et visité ses anciennes armureries. Il décrit ce qu’il a trouvé comme « choquant ». Dans un lieu de stockage,  il a trouvé 100.000 mines antichar et antipersonnel. Pire encore, le site n’était pas gardé.

« Les stocks d’armes de Kadhafi dépassent de loin ce que nous avons vu en Irak après la chute de Saddam Hussein ; certaines de ces armes comme les missiles sol-air qui circulent maintenant dans tout l’est de la Libye font passer des nuits blanches aux responsables de la sécurité », dit Bouckaert, et il ajoute qu’il reçoit maintenant des appels téléphoniques  « anxieux » de ces officiels. 

Des documents découverts dans une armurerie abandonnée montrant que 482 SAMS d’épaule, provenant d’une seule cargaison russe en 2004, sont maintenant introuvables. Ces SAMS sont un modèle sophistiqué russe, le SA-24, qui a un rayon d’action de 11.000 pieds. Ce modèle était apparemment la réponse russe au missile américain Stinger qui abattit tant d’hélicoptères soviétiques et d’avions dans les années 1980 au cours de l’invasion soviétique de l’Afghanistan.

La menace que posent au trafic aérien civil  ces SA-24 est réelle. En 2002, deux autres SAMS de fabrication russe, quoique d’un modèle différent, furent lancés sur un avion de passagers israélien quittant Mombassa au Kenya ; mais les deux missiles, heureusement, ont manqué leur cible. Un groupe terroriste basé au Liban, appelé « l’Armée de Palestine » a revendiqué cette attaque. Il y des  rapports selon lesquels quelques SA-24 ont déjà été exfiltrés de Libye par des agents iraniens basés au Soudan et  appartenant aux gardiens de la Révolution, la Force al-Qouds. 

« Le SA-24 est au 1er rang sur la liste [d’armes] convoitée par l’Iran. Les États-Unis ont  tenté de bloquer son transfert de Russie vers le [Président Hugo Chavez du] Venezuela (2) parce qu’ils ont eu peur de les voir entre des mains iraniennes il y a quelques années » dit Boukaert.

Arme d’épaule SA-24 (3) [NDT] 

On estime que Kadhafi a dépensé plus de 100 milliards de dollars en armement au cours de ses 42 ans de pouvoir. C’est ce qui explique pourquoi ses forces semblaient avoir un ravitaillement illimité d’armes et de munitions malgré l’embargo des Nations- Unies contre la Libye. Et c’est ce qui explique aussi pourquoi ses combattants sont encore capables de continuer à résister aux forces rebelles dans leurs dernières forteresses de Sirte et de Bani Walîd. En contraste, les avions de guerre de l’OTAN furent en manque de bombes durant les semaines qu’a pris la décision de l’OTAN  d’intervenir en Libye, carence qui a conduit l’Amérique à la combler. 

Pour ce qui est de l’avenir de la Libye, le plus grand danger est que le pays est inondé de fusils. Kadhafi a distribué des armes à l‘ensemble de la population, et même à des criminels, dans le but de combattre l’insurrection. Il sera aussi difficile au gouvernement provisoire du pays, le Conseil National de Transition (CNT), de désarmer ces civils ainsi que les nombreuses milices qui ont combattu les forces de Kadhafi puisqu’elles se considèrent comme des entités indépendantes ou semi-indépendantes. Le CNT a souvent été décrit comme n’étant uni que pour une seule chose : le renversement  de Kadhafi. 

En plus de ce problème, les milices rebelles ont aussi augmenté leurs armes et leur approvisionnement en munitions en prélevant sur les arsenaux de Kadhafi et pourraient devenir une sérieuse force déstabilisante dans la société si le CNT échouait  à établir contrôle et stabilité politique. Les islamistes dans les rangs des rebelles, par exemple, veulent un État strict, théocratique, auquel beaucoup de Libyens s’opposeront. Avec les armes et les munitions provenant des pillages récents, les groupes mécontents pourraient maintenant déclencher leurs propres insurrections qui s’opposeraient à d’autres milices également bien armées. 

« L’Irak nous fournit une leçon salutaire : en 2003,  quand tant de dépôts d’armes n’étaient pas sécurisés par les troupes américaines, un arsenal important d’armes conventionnelles aurait pu être recyclé pour être utilisé par l’insurrection », écrivit un analyste. Et comme cela a été prouvé en Irak, des armes très variées  pillées dans les grands arsenaux peuvent prolonger une insurrection pendant plusieurs années.

Arme d’épaule STINGER (4) [NDT] 

Les résidents locaux ont aussi augmenté l’approvisionnement en armes incontrôlées en prélevant des armes dans les armureries non surveillées de Kadhafi. Une protection personnelle dans un tel pays éclaté  et violent peut être un motif pour les gens de s’armer, mais les armes sont un produit qui a une valeur marchande. On croit que des armes libyennes volées sont passées en contrebande vers Gaza avec « des groupes radicaux islamiques » en tant qu’acheteurs. Un missile russe antichar, type  trouvé dans les arsenaux de Kadhafi, a été utilisé, dit-on, dans une récente attaque terroriste contre Israël au cours de laquelle  un bus a été détruit.

Et avec l’Égypte, qui est dans un état de trouble politique et dans une lutte pour le pouvoir imminente à deux pas de la violence, il ne faudrait pas s’étonner si les Frères Musulmans  devenaient  un autre client pour les armes libyennes dérobées, si ce n’est déjà fait. Divers autres groupes criminels et terroristes dans la région sont aussi des acheteurs potentiels, ce qui inquiète des pays africains voisins. Le CNT a déjà parlé au  président du Niger de ces armes, passées en contrebande dans son pays et dans d’autres États du Sahel-Sahara par des supporters de Kadhafi.

« En agissant ainsi, Kadhafi veut confirmer ses affirmations à savoir que la chute de son régime conduirait à la propagation de l’extrémisme et d’al-Qaeda dans la région » dit un officiel du CNT. 

Mais ce sont les bombes, les mines et les obus d’artillerie dans les anciens arsenaux de Kadhafi, les bombes de l’OTAN  qui n’ont pas explosé et le matériel du champ de bataille encore dispersé qui posent probablement la plus grande menace pour la sécurité personnelle des Libyens. Quand les forces régulières de Kadhafi sont défaites à Sirte et à Bani Walîd, une guerre de guérilla s’ensuivra probablement qui pourrait voir apparaître des Dispositifs d’Explosifs Improvisés  (IED) et des bombes pour les voitures fabriquées à partir de ces explosifs.

D’autres groupes non satisfaits par l’ordre nouveau en Libye pourraient aussi avoir recours à cette cruelle tactique qui tue sans discrimination et blesse principalement des civils mais aussi des soldats. Ces IED ont une longue histoire dans cette pratique. Le Viêt-Cong fabriquait ces armes à partir des bombes américaines non explosées au Vietnam, tandis que les Talibans ont utilisé du vieux matériel soviétique pour fabriquer ces IED en Afghanistan pour cibler les forces de l’OTAN. Comme preuve  de leur efficacité, ces IED sont responsables de 64% des décès de la coalition en Irak.

Heureusement, on rapporte que les États-Unis ont sécurisé les armes de destruction massive de Kadhafi. Mais, avec tant d’armes de ses arsenaux pillés et qui circulent maintenant en Libye, le chaos dans ce pays déjà chaotique va sûrement s’accroître. Différents groupes, armés avec ces armes, peuvent maintenant poursuivre leurs propres buts. La fuite à l’étranger de ces armes volées créera aussi  un danger pour la sécurité de la région, alors que les services de renseignement mondiaux seront à la recherche de ces milliers de SAMS manquants qui pourraient menacer l’industrie aérienne mondiale. Ainsi, malgré sa disparition et sa défaite, les arsenaux de Kadhafi peuvent garantir que son héritage de mort et de destruction continuera pour quelque temps encore.

Traduit de l’anglais

par Bernard Dick 

(*) Stephen Brown est professeur de recherche en marketing à l’Université d’Ulster. Il a publié en 1990 Postmodern Marketing et plus récemment une trilogie de thrillers autour du marketing : The Marketing Code, Agents and dealers et The Lost Logo. On lui a attribué deux qualificatifs qu’il assume : antichrist du marketing et provocateur postmoderne.

(1) http://www.frontpagemag.com/2011/10/03/gaddafi%e2%80%99s-missing-guns/

(2)http://www.tribunemagazine.co.uk/2010/12/us-tried-to-scupper-chavez%e2%80%99-missile-deal-with-russians/

(3) http://www.alipac.us/ftopict-249443.html

(4) http://www.au.af.mil/au/awc/systems/dvic462.jpg

 

         

 

 

                                                                                                         

 

 

 

 

 

             

 

 

 

 

 

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