Les futurs profs : 30 minutes d’entretien, et embauchés!

 

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En tant que professeur des écoles maintenant à la retraite, j’ai été atterrée d’apprendre que, pour faire face à la pénurie d’enseignants, l’Académie de Versailles a organisé des journées de job dating pour recruter des enseignants.
D’abord pourquoi parler de « job dating » ? L’anglais ferait-il plus moderne ou est-ce pour mieux faire passer la pilule?

Le principe de ce recrutement est de recevoir des postulants pour un entretien rapide et d’embaucher par la suite ceux qui correspondent au poste. C’est efficace pour engager des saisonniers. Ici, il s’agit quand même de recruter des professeurs des écoles, de collèges, de lycées et des AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap).

La seule condition exigée est d’avoir un niveau BAC+3, alors que depuis fort longtemps, un Bac+5 est exigé pour passer les concours.
Les 30 minutes d’entretien se font avec des inspecteurs de l’Education nationale et des conseillers pédagogiques.
Si le candidat fait l’affaire, il bénéficiera d’une semaine de formation fin août et il sera accompagné par un tuteur enseignant pendant toute l’année.
Toute l’année… s’il tient !

Les concours sont loin d’avoir fait le plein cette année. Pourquoi ? La profession est dévalorisée depuis longtemps. Les enseignants sont mal rémunérés, peu considérés. La perte de l’autorité dans les établissements, le manque de soutien de la hiérarchie amènent finalement au découragement. L’affaire Samuel Paty n’a rien arrangé.

Vu qu’on a tous été élèves, tout un chacun se sent aujourd’hui le droit de juger et de critiquer le travail de l’enseignant. Est-ce que l’on explique sa tâche au maçon ? Non, c’est un professionnel, on lui fait confiance. Mais on ne fait plus crédit au professeur.
Et des parents de l’Académie de Versailles vont maintenant apprendre qu’ils confient leur progéniture à des enseignants n’ayant reçu qu’un embryon de formation.

Vu de loin, le métier semble pourtant facile. Mon fils, 16 ans à l’époque, m’a dit un jour, :
« Au lycée, tout le monde dit que les enseignants ne font pas grand-chose, c’est un gagne-pain facile, en somme, un métier de flemmards. »
Notez bien que je donne ici une version édulcorée de ses propos.

Ces hommes et femmes qui rêvent de changer de cap, d’avoir plus de temps pour eux et pour leur famille, d’aider les jeunes, de transmettre leur savoir, vont à mon avis tomber de haut. Certains expliquent qu’ils veulent donner du sens à leur vie, quitte à y perdre au niveau financier. Ils aiment les enfants et ont pris goût à s’occuper de leur instruction pendant les confinements.

Ils ne savent pas ce qu’est une classe et vont vite se heurter à la réalité.
Donner des cours à ses propres enfants ne demande pas la même organisation que faire la classe.
Une journée de cours se prépare. Les corrections de cahiers ou de copies demandent beaucoup de temps.
On devient professeur par vocation, le plus souvent, mais on doit surtout avoir acquis des compétences certaines et avoir reçu une solide formation.
Ces professeurs débutants vont se retrouver, le jour de la rentrée, face à vingt-cinq à trente paires d’yeux qui les scrutent et ils vont devoir s’imposer immédiatement. C’est à ce moment-là qu’ils vont découvrir leur situation véritable : on est seul dans une classe !
J’ajoute que dans l’Académie de Versailles, comprenant les Yvelines, l’Essone, les Hauts -de-Seine et le Val-d’Oise, les classes ne doivent pas toujours être faciles.
Les démissions risquent d’arriver très vite.

Après s’être attaqué à notre système de santé, notamment en suspendant sans rémunération des milliers de soignants qui avaient refusé la vaccination contre le Covid, tout en supprimant quantité de lits dans les hôpitaux, après être resté dans le déni depuis des décennies face à la question de l’insécurité grandissante, voilà que l’on veut achever totalement notre système éducatif.

Les écoles privées vont à terme bénéficier de la situation. Les familles qui pourront assurer au niveau financier se tourneront vers elles.
Je sais que certains enseignants du public inscrivent leurs enfants dans des établissements privés. C’est du reste très mal perçu par leurs collègues du public. Quant à l’école privée, il lui arrive d’exclure des élèves trop difficiles et sachez que l’école publique est obligée de les accueillir.

Le job dating est désastreux. Ce mode de recrutement va contribuer un peu plus à la fragilisation de la fonction d’enseignant et à l’abandon du service public.

Jeanne Le Vézu

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18 Commentaires

  1. Les diplômes français sont complètement discrédités. Avec des bacheliers analphabètes et des doctorants qui n’ont pas le niveau d’un DEUG d’avant.
    Alors à quoi bon chipoter pour embaucher des profs ?
    Il n’y a pas que l’inéducation antinationale qui agit ainsi.
    Alors que les jeunes Français ont subi pendant des décennies le numerus clausus, on prend des médecins formés en 3 ou 4 ans aux universités de Pancho Villa ou de Yakabamboula.
    Et on habilite comme juges des fonctionnaires, et comme avocats des battus aux élections, qui n’ont jamais mis les pieds dans une fac de droit : 5 ans de parcours professionnel avec une vague teinture juridique suffisent.

    • J’approuve le commentaire de Christian qui est un cruelle réalité de ce qu’est la France d’aujourd’hui

    • Christian : vous avez entièrement raison et j’en suis horrifiée, révoltée…….

  2. Le classement international de l’Education Nationale Française est tombé au fond du gouffre depuis quelques décennies. Avec un tel système de « sélection », que va-t-il en être très prochainement ? La pire catastrophe annoncée dans le cadre de la formation des enfants, et cela aura des répercussions sur des dizaines d’années ! Hauts gradés, que foutez-vous ? Vous allez laisser détruire notre Nation encore longtemps ? N’avez-vous donc AUCUN HONNEUR pour venir au secours du PEUPLE GAULOIS de SOUCHE ? Le Nationalisme « pur » n’existe-il plus ?…

  3. ben oui, quand il faut déconstruire, il faut TOUT DECONSTRUIRE, surtout tout ce qui touche à l’accumulation des connaissances, à la morale, l’honneur, la fidélité, l’humilité, l’anti narcissisme, la politesse, etc etc etc…..celui qui ose dire qu’il a un casier judiciaire vierge est un looser.

  4. Il est parfaitement exact qu’un parlementaire à la possibilité de faire valider une équivalence à la profession d.avocat. Le plus souventc.est pour monnayer un carnet d.adresse contre une paripticipation aux bénéfices d.une société existante..d.autres jeunes diplômés corvéables font le travail de ces gros cons.Pourquoi pas docteur en médecine ou ingénieur , ou chirurgien dentiste pendant qu on y est. Ras le bol de ces gaves, qui viennent polluer des professions qu.ils sont incapables d.exercer.il faudra éjecter ces parasites.s.ils veulent travailler,on embauche dans le bâtiment et l.agriculture manque de bras

  5. Il faut cesser de dire que prof est un boulot difficile, il suffit en fait de savoir s’adapter à la population d’en face. Dans une bonne classe vous prenez plaisir à enseigner et vous aidez du mieux possible les élèves désireux de l’être si besoin ; dans une mauvaise classe, vous faites 5 ou 10 minutes de cours dans l’heure car vous en avez rapidement assez de faire un semblant de discipline alors vous laissez pisser. De toutes manières, les résultats des élèves n’ont strictement aucune importance.
    J’écris ça car j’ai fait quelques vacations dans le lycée de ma petite ville (en maths) sollicité par le proviseur qui me connaissais du fait que je donnais des cours particuliers. J’y ai pris parfois du plaisir, parfois non, mais c’est le cas de tous les « jobs » je pense.

  6. Nantes se distingue encore une nouvelle fois : un « professeur »du lycée international Nelson-Mandela s’est trompé de programmes en histoire. Ce n’est pas une blague. Les élèves s’en sont aperçues le jour de l’examen. En résumé, le professeur passionné par son travail a enseigné l’année durant un programme qui…n’était pas au programme.
    On voit aussi que c’est surveillé. Lycée internationale, ça coute la peau des fesses…On voit que les parents paient pour quelque chose d’utile.
    Un parent gaucho-irresponsable a eu ce commentaire sublime « tout le monde peut se tromper » !

  7. Il y a une quinzaine d’années JM Le Pen commentait avec étonnement que pour avoir des Professeurs on est pu baisser la moyenne du concours à 4.75/20 ??? Et il avertissait : enseignés par des 4.75/20 les prochain profs verront leur moyenne pour accéder à la profession à 2.25/20 et ainsi de suite…

  8. Combien on parie qu’il va y avoir embauche à profusion de profs de couleur

    • Je m’y attends depuis l’annonce de cette mauvaise nouvelle. Mais observez bien, il y a déjà une multitude de « colorés » partout dans tous les métiers, dans toutes les administrations; dans la pub; au sommet de l’état, ils sont partout
      IL N’Y A PLUS DE BLANCS EN FRANCE

      • la plupart de gauchiasses sont blancs dans ce pays , alors quelques (noirs) ne changeront pas la donne, mais même les blancos sont cons comme des pelles a neige !

  9. La république en marche à l’abîme ne fait que continuer la destruction révolutionnaire. Dès 1793 on a dissous et interdit les universités (par rejet de l’inégalité de savoir), et il a fallu plus d’un siècle, et la fondation de grandes écoles par quelques ministères, pour que la révolution se résolve en 1896 à créer de fausses « universités » étatiques, reprenant parfois des bâtiments confisqués afin d’usurper le nom d’universités fameuses (Sorbonne…) toujours interdites de refondation. Mais à tous les niveaux la politique est la même, interdire l’éducation, dégrader l’instruction, remplacer la science par l’idéologie. La révolution n’a pas besoin de docteurs, ou doctes professeurs, mais seulement d’instituteurs, ou hussards de la république, pour institutionnaliser les futurs votants.

  10. Jeanne, vous avez une excellente perception du grand Bazar que Micron est en train de nous installer. Bravo !

  11. L’achèvement du corps enseignant aujourd’hui est à rapprocher de la dissolution du corps diplomatique. Depuis son déclenchement par la perfide voisine, la révolution bleue aux reflets rouges n’a de cesse de détruire la France. Toute nouvelle mesure (loi, décret, ordonnance ou instruction) prise par le régime est un coup de plus contre la France et ses peuples, et chaque semaine qui passe accroît l’urgence de mettre fin à ce régime avant qu’il n’ait mis fin au pays. Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, il est urgent de renverser la révolution et de mobiliser Louis XX le Nécessaire.

  12. Il fut un temps, en Belgique, où on pouvait être instituteur à l’âge du Bac. Ces instits se formaient en travaillant… étaient globalement meilleurs que ceux de maintenant. Explication: ils étaient enthousiastes, libres et respectés!!!

  13. Qui s’étonne que le métier de prof suscite de moins en moins de vocations. Avant toute orientation vers un métier, les jeunes ont tous étés des élèves du primaire à la fac, ils sont donc bien conscient de l’ambiance et de la difficulté qu’ont les profs face à de plus en plus d’élèves peu motivés ou démotivés, irrespectueux et indisciplinés, et parfois limités cognitivement. N’oublions pas l’idéologie de gauche omniprésente menée par les syndicalistes, la lourdeur et les aberrations pédagogiques inadaptées sur le plan cognitif face à des populations de jeunes issus de l’immigration peu aidées au sein des familles, le tout dans une époque dominée par le consumérisme, l’exubérance, la paresse intellectuelle, l’addiction aux jeux virtuels et aux réseaux sociaux.

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