Les gaietés de l’escadron UMPS

Grand concours de potaches à l’Assemblée Nationale, lors du discours de politique générale effectué par Manuel Valls, ce mardi 8 avril. Le nouveau Premier ministre a effectué sa première intervention publique, sous un brouhaha qui se voulait déstabilisateur, devant des députés de droite, à l’attitude volontairement désinvolte, et s’appliquant à montrer des visages railleurs. Les plaisanteries ont fusé contre plusieurs déclarations de Valls, sous l’œil ravi de caciques tels Jean-François Copé ou Christian Jacob.

Un comportement stupide et infantile de la part de ces perturbateurs. La pertinence ou non des réparties de ces chahuteurs n’est pas le propos ici. Alors que les Français, inquiets de leur avenir, ont donné un signal de fort mécontentement lors des dernières élections municipales, la seule réaction que trouvent les députés UMP est d’organiser un chahut, juste une semaine après ces municipales. La représentativité de la Nation est tout bonnement bafouée par cette consternante superficialité.

Où se terre ce qui devrait être l’exemplarité des représentants de notre Nation ? Ces politicards, et cette expression connotée populiste mérite bien ici d’être employée, n’ont donc rien compris. Ils ne perçoivent donc pas le gouffre qui les sépare de la majorité de la population française. De cette France qui choisit l’abstention, le vote FN ou le vote Front de gauche.

Comme le dit à cette occasion Luc Ferry : « Comment demander à nos enfants de se conduire convenablement dans une classe si les députés se conduisent comme des abrutis devant tous les Français ? » La société est malade de l’irrespect manifesté à l’égard des institutions républicaines et de ses représentants. Pompiers caillassés, facteurs importunés dans les halls d’entrée, médecins agressés, juges non craints …

Comment inculquer le respect, lorsque nos élites politiques sont incapables de faire preuve de considération face à ce qui s’apparente à une cérémonie d’investiture d’un Premier ministre. Comment inculquer le respect, lorsque nos élites politiques sont incapables de prendre la mesure de la solennité requise face à un discours de politique générale, qui engage la politique de la France pour les prochaines années.

Le moment est mal choisi pour montrer son désaccord de toutes ces décisions envisagées. Les occasions ne vont pas manquer, mais il faut savoir les choisir. Et surtout, vu le bourbier dans lequel est empêtrée la France, il n’y a aucun lieu de s’en réjouir. Ces députés s’esclaffant se rendent-ils compte de l’impression désastreuse qu’ils laissent. Leur priorité semble être la satisfaction de passer un bon moment de rigolade, dont l’objectif principal est de moucher l’autorité du Premier ministre, de la même façon que des élèves tirent satisfaction du souk orchestré contre un enseignant.

Pour paraphraser la Castafiore, « Ah! je ris de me voir si beau dans ma fonction politique ». Que la vie politique est belle et drôle. Rions, pensent-ils, de toutes les occasions que nous offrent nos interventions dans le cadre politique. Quand vont-ils enfin descendre de leur ivresse euphorisante pour retomber au niveau des préoccupations de leurs concitoyens ?

Le Président Hollande en plein travail à 11h18
Le Président Hollande en plein travail à 11h18

Cette futilité est bien répartie également au PS, et même au sommet de l’Etat, puisque le Président de la République est bien resté M. Petite Blague. Lors de sa récente visite officielle en Turquie, François Hollande a joué les pitres (1). En peu de temps il a multiplié les plaisanteries, clins d’œil et tout sourire dehors, imité en cela par les ministres Montebourg et Martin qui l’accompagnaient. A tel point qu’il a fini par se fendre d’un « on s’excuse »  au Président de la Turquie Gül.

De toute façon, qu’attendre d’un Président, qui au lieu de s’atteler avec ardeur à la tâche pour laquelle il a été élu, préfère s’accorder des petites réjouissances empiétant sur la journée. Et tel un galopin enfourchant sa mobylette, Monsieur s’évade en scooter, jouant à la cachette avec ses services de sécurité. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause un tempérament très gaulois de nombre de nos hommes d’Etat et qui relève de leur vie privée. Mais l’heure choisie et le caractère vaudevillesque du mode de transport ne sont pas du tout en adéquation avec la grandeur de la fonction présidentielle et les attentes des Français.

l'infantilisme d'Anne et Bertrand où la déresponsabilisation de la vie politique
l’infantilisme d’Anne et Bertrand où la déresponsabilisation de la vie politique

Au sommet de la pitrerie socialiste, les édiles de Paris ne sont pas en reste. Toujours dans le même numéro du Point (1), une photo nous montre Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo sautillant, jouant en même temps et côte à côte à la marelle. Ces messieurs dames n’ont-ils vraiment comme préoccupation que de faire rire leurs accompagnateurs courtisans et les journalistes qui les suivent ?

Ces politiciens sont plongés dans les gaietés de l’escadron, film de Maurice Tourneur inspiré de la comédie de Courteline. Ils nous font penser à ces militaires dépeints dans cette saynète antimilitariste, qui pour tuer le temps d’une monotone vie de caserne en temps de paix, multiplient les actes futiles dans une bonne humeur de bon aloi, visant à leur faire passer les meilleurs moments possibles. C’est à celui qui rivalisera le plus dans l’insouciance, l’incompétence, la jovialité et le renvoi des responsabilités à autrui.

A la fin, le spectateur sait que la situation dans la caserne sera pérennisée. En effet le général inspectant cette caserne, empreint d’un esprit paternaliste et d’une vigueur bien affaiblie, constatant une succession de manquements à la bonne marche de la caserne, ne fait que répéter à chaque fois : « ça n’a aucune importance. »

Ce qui est terrible, c’est que face à tous ces échecs de la classe politique française, et au vu de ces instants récréatifs répétés comme ceux décrits dans cet article, on ne serait même pas surpris d’entendre le général Hollande s’égayer d’un « ça n’a aucune importance ».

Politiciens, n’entendez-vous pas le mécontentement des Français enfler. Le préalable de tout redressement sera entre autres, bien sûr la compétence, mais aussi le partage des soucis des Français, afin de rétablir la confiance. Enfin, il s’agira d’habiter sa fonction, ce doit être bien sûr le cas du Président de la République qui doit nous faire grâce de ses petites blagues ou d’un classieux casse-toi pauv’con. Mais ce doit être aussi le cas de tout représentant élu par le peuple.

Jean Pavée

 

(1) Le Point n° 2159, 30 janvier 2014, page 32 et page 37

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