Les hirondelles du printemps africain, de Gaston Kelman

Sortir du mythe entretenu de l’esclavage et de la colonisation

Après « Je suis noir et je n’aime pas le manioc » et « Au-delà du noir et du blanc », Gaston Kelman récidive pour notre réflexion et notre plaisir.
L’Afrique n’est pas un tout globalisé décrit comme un continent noir détenant une unité. Cette terre comme les autres continents regroupe un ensemble de nations différentes. L’auteur se prononce d’ailleurs contre l’aggloméra actuel appelé Union Africaine et pour un rassemblement sur des critères objectifs de pays africains démocratiques.
Il dénonce avec verve et avec humour celui qui se relie à des « Noirs » « de « peuples qui n’étaient pas le sien », comme si un suédois se revendiquait « d’une filiation directe avec Franklin Roosevelt ou Platon »!
Il veut mettre fin à ce mythe du descendant de colonisé qui, enfermant l’africain dans une case , nie par ailleurs la réalité historique…
« Le bouclier de la fraternité colorielle est l’une des plus grosses aberrations, l’une des puissantes arnaques, l’un des mythes les plus tenaces, issus de la traite. Il pervertit toute tentative de réflexion rationnelle, pour enfermer tout le monde dans l’émotionnel. »
L’auteur nous fait découvrir la Mauritanie et rencontrer celui qui en 2005 a fomenté un coup détat original . Ely Ould Mohamed Vall a su balayer un régime corrompu et installer une démocratie moderne, n’hésitant pas à respecter sa promesse. Il s’est retiré du pouvoir après 19 mois de construction et de consolidation d’une nation, faisant de la Mauritanie un condensé géographique et humain de l’Afrique.
Cette « révolution » s’est effectuée sans que soit versée une seule goutte de sang!
La population est entièrement musulmane et l’islamisme idéologique y est absent, les partis islamiques étant interdits. Ely Vall justifie clairement ce choix: « nul n’a le droit de s’approprier le prophète en exclusivité ».
Les « hirondelles du printemps africain » commencent à arriver et à s’installer.
Beaucoup de nations recèlent des potentialités de développement dans le cadre d’une démocratie qui, comme en Mauritanie assainit les circuits économiques et met en place une sécurité sociale et une scolarité gratuite.
Il n’y a pas de terres promises autres que ces nations à bâtir et le départ de milliers et de milliers d’africains pour l’Europe s’effectue dans les larmes et le sang. « Un candidat sur trois péria en mer », les deux autres étant voués à une vie plus que difficile.
Gaston Kelman n’est tendre ni avec les immigrés qui, installés en France commencent leur conversation en disant « chez nous en Afrique », ni avec certaines associations caritatives qui offrent des puits à des villages sahéliens, perpétuant l’assistanat.
Il s’agit en France de prôner et de faire vivre la citoyenneté française au-delà des origines et en Afrique , aux africains de s’appuyer sur leurs élites pour mettre fin à la nuit des désillusions.  »
Jean-François CHALOT
« Les hirondelles du printemps africain »
de Gaston Kelman
Edition JC Lattès
16 €
210 pages
mars 2008

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