Les hommes et la question du voile

Publié le 15 décembre 2007 - par
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Les débats récurrents autour de la question du voile ont été largement développés par les mouvements féministes sous l’angle du droit et de la liberté des femmes. Cette approche reprenait l’angle de vue suivant : une jeune fille, une femme opprimée par une société voulue par les hommes.

Cette contribution veut apporter un angle de vue complémentaire, en y apportant le point de vue d’homme vivant en France au XXIème siècle. En effet, après les luttes pour la libération des femmes et ayant, l’homme en France au XXIème siècle tend à dépasser ce stéréotype de la femme opprimée par l’homme, stéréotype qui peut encore exister dans certains aspects de la société française et qui subsiste encore largement à travers le Monde.

J’aborderai cette question sous trois angles :
1. Que signifie le voile pour les hommes ?

2. Comment la société Française tolère des comportements aberrants et illégaux envers les hommes musulmans ?

3. En quoi cette tolérance de la Société Française est insupportable aux hommes et compromet le mouvement d’émancipation des individus.

1. Que signifie le port du voile pour les hommes ?

Le port du voile, qu’il soit réclamé au nom du Coran ou au nom de la pudeur féminine en réponse à une société qui serait devenue entièrement submergée par la pornographie (argument parfois avancé par les défenseurs du voile) ne vise qu’à une seule chose : soustraire la femme au regard des hommes.

Certes, cette thèse peut, comme certains le disent réduire la femme au rang d’objet sexuel (comme Chahdortt DJAVANN dans « Bas les voiles »).
Le point de vue qui nous intéresse ici est qu’elle réduit également les hommes au rang d’obsédés lubriques, prêts à tout instant à suivre leur instinct animal et à sauter sur toute femelle qui dévoilerait un coin de sa chair ou de ses cheveux. Or, tout l’apprentissage de la vie en société a visé, depuis la nuit des temps, à s’affranchir de la bestialité pour entrer dans l’humanité.

Ce mouvement inscrit dans l’histoire de l’humanité a transformé, et continue encore de transformer la vision de la question sexuelle, mais également la question de la lutte pour la survie. Il y a déjà bien longtemps que la question sexuelle, au moins en France, n’est plus posée dans les termes dans lesquels la revendication du port du voile les pose. L’ensemble de l’arsenal juridique établi au cours des siècles précédents, et notamment au XXème siècle, a posé l’ensemble de la question sexuelle en relation avec la notion de consentement mutuel et de libre arbitre de l’individu. Les rapports entre les sexes, dans la France d’aujourd’hui, sont donc libres, consentis mutuellement et la violence n’y a jamais droit de cité. Les hommes, comme les femmes, ne sont jamais rabaissés au rang d’animaux et une revendication politique qui conduirait à réduire les femmes au rang de femelles lubriques serait intolérable à la société toute entière.

De la même manière, cette revendication du port du voile rabaisse les hommes au rang d’animaux lubriques, prêts à exercer toutes formes de violences en vue de satisfaire un instinct sexuel qui serait exacerbé par le moindre morceau de cheveu ou de chair d’une femme au point qu’il submergerait l’homme, le rendant incapable de se maîtriser. Cette vision de l’homme, excité à tout instant et incapable de maîtriser son désir sexuel, contrairement à la femme derrière son voile qui voit tout sans être jamais excitée par rien, est sexiste envers les hommes en France, au XXIème siècle (ce qui ne préjuge bien sur pas de son caractère sexiste envers les femmes)..

2. Comment la société Française tolère des comportements aberrants et illégaux envers les hommes musulmans ?

La pratique de la religion est évidemment une affaire privée, et acceptée par la société laïque qu’est la France, sans discrimination entre les religions. Les religions ont cependant l’obligation de se conforter aux lois de la République. Certes, les lois de la France ne sont pas les mêmes qu’aux Etats-Unis ou qu’en Iran, mais pour les Musulmans vivant en France, leur pratique religieuse doit respecter le Droit du pays dans le quel ils vivent.

L’Article 222-9 du Code Pénal indique que : »Les violences ayant entraîné une mutilation… sont punies de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amendes ». Les tribunaux reconnaissent ainsi comme mutilation l’arrachement du pavillon d’une oreille ( qui n’altère cependant pas la fonction d’écoute attribuée à l’oreille) ou l’ablation de la rate. La France ne tolère pas plus la pratique de l’excision, sans rentrer, et heureusement d’ailleurs, dans la question de savoir si l’ablation du clitoris serait plus pénalisante dans le plaisir féminin que l’ablation des petites lèvres, ou des grandes lèvres. En effet, un tel débat poserait la question de l’excision, sur un plan quasi théologique (connaître véritablement l’impact d’une ablation sur le plaisir féminin supposerait qu’au moins une femme ait fait l’expérience avant et après excision ) et négligerait l’aspect essentiel : l’excision est une mutilation. Si elle est pratiquée sur un mineur ou sur un adulte non consentant, c’est un crime.

Cependant, force est de constater que, bien des années après avoir définitivement banni cette pratique de l’excision qui avait été importée au nom des traditions et tolérée en France sous prétexte de relativisme culturel, la France tolère la pratique de l’ablation du prépuce au nom de raisons religieuses. Cette ablation est réalisée sur un mineur, en général très jeune, de moins de dix ans, et en conséquence cette pratique est illégale.

La question récurrente de savoir si elle diminue ou non la capacité d’érection ou de plaisir sexuel chez l’homme circoncis (question délicate à aborder pour les hommes) est en réalité une question aussi théologique que pour l’excision : ce débat n’a comme seule vocation qu’à camoufler l’aspect principal ; c’est une mutilation, donc c’est un délit. Imagions un instant une croyance qui consisterait à réaliser l’ablation du pavillon d’une oreille, la réponse juridique serait alors claire : il s’agirait d’une mutilation, même si elle était exercée dans le cadre médical. Le paradoxe aujourd’hui est que, bien qu’elle mette en jeu un organe nettement plus précieux que le pavillon d’une oreille, la circoncision est tolérée.

Cette tolérance de la société française envers une mutilation exercée uniquement sur des garçons mineurs est sexiste.

Par ailleurs, d’un point de vue plus général, la circoncision a deux effets psychosociologiques :
 D’une part, elle marque dans leur chair l’appartenance des garçons à une religion, alors même qu’ils sont mineurs. Les nazis pouvaient se servir de cette distinction pour identifier les juifs. Aujourd’hui, si à dix-huit ans, un jeune garçon décide de ne plus être musulman ou juif, il est obligé de porter ce stigmate, et pourra durant toute sa vie être identifié et repéré comme appartenant à la religion musulmane ou juive. Quand on connaît la position des autorités musulmanes sur l’apostasie, la tolérance de la circoncision pourrait quasiment être considérée comme une mise en danger des jeunes garçons élevés dans les familles musulmanes.
 En outre, de même que la question du porc à l’école, de la volonté de manger de la viande hallal, la pratique de la circoncision tend à assigner définitivement à un enfant mineur une place définitivement ancrée dans la religion de ses parents. Cette pratique de la circoncision est donc contraire à la protection à laquelle a droit tout enfant mineur pour lui garantir les moyens du libre arbitre dont il disposera à sa majorité.
 Enfin, cette pratique de la circoncision s’accompagne, en contrepartie de la mutilation et e la douleur subie par le jeune garçon, d’une survalorisation tout à fait délirante de la virilité. Cette dualité de la circoncision est très bien évoquée dans le livre de Neckla KELEK « Plaidoyer pour la libération de l’homme musulman ». Dans les sociétés, dont on peut regretter qu’elles soient fondées sur la discrimination sexuelle, cette survalorisation n’handicape pas les jeunes garçons. Cependant, en France, pays de droit, de liberté et d’égalité entre les sexes, cette survalorisation conduit les jeunes garçons à développer des attitudes complètement inadaptées à la société Française et rend plus difficiles la question de leur intégration sociale et professionnelle. Ainsi, l’agressivité sans raison, la difficulté d’intégrer les lois est également le revers de la médaille de cette survalorisation. La tolérance de la pratique de la circoncision est donc sexiste envers les garçons du point de vue des possibilités d’intégration.

3. En quoi cette tolérance de la Société Française est insupportable aux hommes et compromet le mouvement d’émancipation des individus?

Le mouvement d’émancipation des individus, et notamment vers l’égalité hommes-femmes, est un mouvement malheureusement lent et complexe. La tolérance de la société française vis à vis de certaines pratiques de la religion musulmane tend à placer les hommes dans une double contrainte :

 D’une part, la question de l’égalité homme femmes est quotidiennement posée. Le mouvement général en France tend vers l’égalité, engendrant cependant quelques injustices envers les hommes notamment dans les questions de parentalité, de divorce ou d ‘études. Ainsi, on met en question la masculinisation outrancière du personnel politique sans interroger la féminisation excessive des professeurs ou des magistrats, notamment ceux compétents en matière familiale. On se félicite que les filles réussissent mieux à l’école sans s’inquiéter que les garçons y réussissent moins bien. Ces évolutions remettent en question les rôles et les stéréotypes associés à chacun des deux sexes, et ils sont donc coûteux pour chacun (même si des bénéfices essentiels peuvent en être retirés).L’archétype de cette évolution vers l’égalité est la problématique du harcèlement sexuel qui s’est beaucoup développée dans la société Française, y compris dans son arsenal juridique. A travers cette problématique du harcèlement, la société Française exige qu’aucune forme de violence ni de contrainte ne puisse coexister avec la problématique de la séduction mutuelle entre deux adultes consentants.

 D’autre part, la société tolère, au nom du relativisme culturel, à travers la question du voile, une représentation des individus masculins en individus forcément machistes, violents obsédés sexuels au point de pouvoir céder à leurs bas instincts si les femmes les provoquent. De la même manière, la société française tolère à travers la pratique de la circoncision une pratique tendant à une survalorisation délirante de la virilité, incompatible avec les principes d’égalité entre les sexes. Il n’est plus ici question de séduction entre deux adultes consentants. Ainsi la non interdiction du voile dans l’espace public, comme la tolérance à l’égard de la circoncision laisse en filigrane apparaître une conception de la question sexuelle qui est traversée par la possibilité à tout instant de recourir à la violence entre les sexes pour assouvir des instincts bestiaux.

Cette ambiguïté de la société Française replace les hommes dans une double contrainte : en effet, même si l’homme est pour l’égalité, il se voit constamment reproché en pleine figure les pratiques de violence dans les rapports entre les sexes ; qui sont dans les faits tolérés par la société Française comme on a pu le voir dans la question du voile et de la circoncision.

Serge Benjamin

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