Les insurmontables contradictions de l’oppositionnel préféré de l’UMPS, Jean-Luc Mélenchon

Publié le 4 juillet 2011 - par - 989 vues
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Les premiers engagements militants du jeune Mélenchon se situèrent à l’OCI (Organisation Communiste Internationaliste) -comme Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadelis et nombre de cadres actuels du PS. Il fréquenta cette organisation trotskiste jusqu’en 1977, année où il rejoignit le PS. Aurait-il gardé de ses premieres amours un dogmatisme sectaire qui l’empêche de changer de logiciel, et de comprendre réellement la société dans laquelle il évolue, en 2011 ?

Il faut se souvenir que ceux qu’on appelait les lambertistes (OCI) se distinguaient, outre leur violence physique à l’encontre des autres organisations de gauche, par leur capacité à ânonner des déclarations de Léon Trotski, même quand elles avaient été prononcées dans un contexte qui n’avait plus rien à voir avec le présent. Ainsi, l’organisation présidée par Pierre Boussel-Lambert affirmait-elle, en plein pendant les Trente Glorieuses, (1945-1975) que « les forces productives avaient cessé de croître », montrant par là-même l’inévitable écroulement du système capitaliste. Contre toute réalité, ces militants trotskistes reprendront sans relâche cette analyse de leur chef historique, et bien évidemment insulteront ceux de la LCR notamment qui oseront faire remarquer qu’entre les années 30, où le fondateur de l’Armée rouge prononça ces paroles, et les années 1970, il s’était passé pas mal de choses, et notamment une Guerre mondiale qui avait eu pour conséquence de relancer la machine économique, et de voir les Trente Glorieuses permettre au monde du travail d’obtenir des avantages sociaux conséquents.

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En 2011, Jean-Luc Mélenchon, aussi obtus que l’OCI des années 70, ne veut pas reconnaître que le Front national est le premier parti ouvrier de France, et que nombre de déçus de la gauche se tournent vers lui. Pour lui, deux chiffres sont terribles. Un sondage ne lui accordait que 2 % des intentions de vote dans le monde ouvrier, tandis que 36 % allaient vers Marine Le Pen (1). Autre chiffre encore plus terrible pour celui qui passe son temps à qualifier la présidente du FN de fasciste et à dire qu’entre le Front national et le mouvement social, « Ce serait eux ou nous », il vient de constater que 64 % de ses électeurs (deux sur trois) voteraient Marine, si elle était au deuxième tour ! (2) De quoi donner raison à Plantu, qui avait fortement courroucé Méluche, en comparant son programme avec celui de la présidente du FN. (3)

Certes, fidèle à ses célèbres colères contre les journalistes, Méluche hurlera à la manipulation médiatique. Pourtant, les exemples du terrain prouvant que les ouvriers de gauche prêts à voter FN sont légion, comme on l’a vu avec l’affaire Fabien Engelmann, leader CGT des communaux de Nilvange, passé de NPA au Front national. Lors d’une assemblée, les ouvriers syndiqués ont envoyé balader, par 20 voix sur 23, les bureaucrates cégétistes qui les sommaient de répudier leur leader de toujours ! A sa façon, Jean-Luc Mélenchon incarne jusqu’à la caricature ces quelques lignes que Gilbert Collard consacrait à Caroline Fourest, suite à son livre contre Marine Le Pen.

« Étrange livre qui est comme un conte pour enfants, si j’ose dire, où il y a les bons toujours bons et les méchants toujours méchants, jusqu’à la fin des temps, sans aucun espoir de rémission. C’est le livre d’une petite bourgeoise qui a lu beaucoup de livres, qui est figée dans ses idées comme dans un fauteuil roulant des années trente, qui se croit encore à l’époque des ligues, du boulangisme, de la cagoule, que sais-je.

Comme si le monde n’avait pas changé, comme si le parti communiste avait encore Marchais à sa tête et Duclos à son micro, comme si la gauche n’avait pas eu Mitterrand et ses ambigüités irréprochables, comme si la droite n’avait pas ouvert ses portes à Besson, Lang, Charasse, Buisson de Minute, Hortefeux, condamné, mais aujourd’hui en appel, donc pas condamné définitivement, comme si le Front national n’avait pas à sa tête une jeune femme qui a sauté sur les genoux de son père, mais pas sur Diên Biên Phu, comme s’il fallait avoir la crainte d’un passé qui finalement n’existe que pour ses supposés adversaires qui en tire prébende, honneur et spécialisation dans la détestation systématique d’une frange électorale de la population ».

Le leader de Parti de Gauche est incapable de comprendre que le clivage gauche droite, dont il se réclame d’une manière religieuse, n’a plus lieu d’être. Son logiciel de pensée l’empêche de comprendre que la chute du Mur change la donne. Il ne peut envisager que les partis socialistes, dont le PS, qui gèrent l’Union Européenne avec la droite, n’ont plus rien de commun avec les valeurs de la gauche. Il ne peut pas davantage admettre que le Front National de 2011 n’ait rien à voir avec l’extrême droite qui attaquait le Parlement le 6 février 1934, et pas davantage avec Hitler, Mussolini, Franco. De même que le Parti communiste, qui le soutient, n’a plus rien à voir avec les représentants staliniens inféodés à l’URSS des années 30, 50 ou 70. Aveuglé par ses premiers engagements militants, il en est encore à pourchasser la paille catholique, dans laquelle il voit un danger pour la laïcité, oubliant la poutre islamiste, qui menace ni plus ni moins notre modèle civilisationnel. Il se montre donc incapable d’envisager qu’une grande recomposition politique est en train de se mettre en place, et qu’elle opposera les patriotes aux mondialistes. Il peut encore moins imaginer, sans gripper son logiciel de pensée, qu’il y aura des patriotes de gauche et de droite, et des mondialistes de droite et de gauche.

Nous apprenons avec intérêt, malgré tout, que Jean-Luc Mélenchon, qui vient de réussir son premier meeting, (4) a l’air de retrouver le goût du drapeau bleu blanc rouge (une petite dizaine d’entre eux étaient au premier rang) et qu’on a chanté « La Marseillaise » avant d’entonner « l’Internationale. »

Soudaine conversation au patriotisme, ou opportunisme ? A notre souvenir, la seule fois où des socialistes sont sorti le drapeau « bleu blanc rouge », dans une manifestation, ces dix dernières années, c’était à l’occasion du 1er mai 2002, lors des manifestations contre la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des présidentielles. Toute l’aile gauche, de Sos Racisme de Malek Boutih, à la Fidl de Julien Dray au Mouvement des Jeunes Socialistes, avait décidé qu’il ne fallait pas abandonner le drapeau au Front national, et avaient donc sorti les autocollants, les affiches et les banderoles bleu blanc rouge. Elles n’ont pas resservi depuis, ce qui confirmerait que l’opportunisme l’emportait largement, ce jour là, sur la conviction.

Faut-il rappeler que jamais ces drapeaux n’ont été sortis dans les rues de Paris, quand, à chaque manifestation syndicale, le Parti de Gauche distribuait ses tracts. Faut-il rappeler qu’en 2007, Mélenchon, en service commandé pour Laurent Fabius (curieux rapprochement) avait fait des parallèles peu élégants entre Ségolène Royal, qui remettait le drapeau à l’ordre du jour, et la période pétainiste ? Faut-il rappeler que l’ancien sénateur de l’Essonne et les siens ont qualifié également de « pétainiste », le débat sur l’identité nationale, contrairement à André Gérin, par exemple ?

Il faut se souvenir que lors de son débat contre Marine Le Pen, sur BFMTV, il y a quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon avait tombé le masque, sur trois dossiers essentiels. D’abord, il avait affirmé sans vergogne qu’il soutiendrait Dominique Strauss-Kahn, si celui-ci était présent au deuxième tour des présidentielles. Ensuite, il avait eu cette formule hallucinante, sur l’immigration, « qui enrichissait le peuple de France », montrant, une nouvelle fois, son incapacité de regarder les années 2011 avec d’autres lunettes que celles des années 1930. Il avait enfin aggravé définitivement son cas en parlant de l’islam, affirmant que la France n’avait aucun problème avec cette religion, mais seulement avec quelques extrémistes qu’il renvoyait dos-à-dos avec des excités évangéliques, des intégristes catholiques ou des extrémistes juifs ! Comment peut-on se dire laïque et anti-fasciste, et encourager aussi ouvertement un projet politico-religieux fasciste, qui s’est juré de mettre à bas notre modèle laïque !

Bien évidemment, autre contradiction majeure, Jean-Luc Mélenchon défend la régularisation des clandestins, et refuse de sortir de l’Union Européenne, contrairement à des hommes très marqués à gauche comme Jacques Nikonoff, ou les dirigeants du Comité Valmy. Et bien sûr, il va, durant toute sa campagne, taper comme une brute sur le Front National, et sa présidente, expliquant, quitte à nier une réalité qui le dérange, que les ouvriers ne peuvent se reconnaître en eux.

Pourtant, il n’est pas certain qu’un candidat de gauche qui chante « La Marseillaise « (le temps d’une campagne) mais défend les clandestins, qui se dit laïque, mais se prosterne devant l’islam, qui se dit proche du peuple, mais ignore l’insécurité liée à l’immigration, qui se dit contre l’Union Européenne, mais n’envisage pas de quitter l’euro, soit capable de séduire l’électorat ouvrier, pas dupe quant aux contradictions du personnage. Nombre d’entre eux, n’en déplaise au président de Parti de gauche, préféreront un(e) candidat(e) qui chante La Marseillaise depuis toujours, mais refuse toute nouvelle immigration, qui condamne l’offensive de l’islam et veut interdire le voile en France, qui prenne en compte la réalité de l’insécurité, qui touche les plus modestes, et son rapport avec l’immigration, et qui veuille sortir de l’euro et retrouver notre souveraineté, sans tourner autour du pot. Bref, un(e) candidat(e) qui fera les mêmes constats que Mélenchon, mais en tirera des conclusions totalement opposées. Tout simplement parce que l’ancien ministre de Jospin, loin d’être un oppositionnel du système, en est une béquille. Son objectif, son utilité : rabattre, par tous les moyens, les déçus de la gauche vers le Parti socialiste, au nom d’un soi-disant péril fasciste qu’il dénonce de manière grotesque, comme si Marine Le Pen incarnait la menace d’un 4e Reich en France !

Nous avouons que nous saliverions d’avance si nous assistions à un deuxième tour entre Sarkozy et Marine Le Pen. En bon militant républicain, donc, anti-fasciste, Méluche, qui, en 2002, avait appelé à voter Chirac contre Jean-Marie Le Pen, se devrait d’appeler à voter Sarkozy, pour barrer la route à « la bête immonde ». Sinon, il faudrait que celui qui réclamait l’interdiction du Front national nous explique…

En attendant, que Mélenchon continue à s’agiter, qu’il pique un maximum de voix au Parti socialiste, cela fera particulièrement plaisir à Sarkozy !

Lucette Jeanpierre

(1) http://ripostelaique.com/vote-ouvrier-pour-marine-le-pen-le-terrible-dementi-apporte-a-melenchon-et-aux-bureaucrates-syndicaux.html

(2 http://www.harrisinteractive.fr/news/2011/results_HIFR_marianne_10062011.pdf page 33

(3) http://ripostelaique.com/Plantu-dessine-Marine-Le-Pen-et.html

(4) http://www.liberation.fr/politiques/01012346337-melenchon-fait-place-comble-pour-son-premier-meeting-de-campagne

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