Les JO : un scandale peut en cacher un autre

Acte I : un scandale annoncé, le choix de Pékin

Ce fût un grand classique, et de bonne guerre.
Dix des plus grandes organisations de défense des droits de l’homme rédigent un « petit livre » rouge pour dénoncer les crimes de la dictature à la chinoise. « Reporters sans frontières », emmené par le virulent Robert Menard, en rajouta plusieurs couches en désignant à la vindicte populaire la flamme olympique, symbole des valeurs universelles bafouées par le choix de Pékin.
Le président du CIO fait semblant, pendant un temps raisonnable, de croire aux promesses de ses interlocuteurs chinois pour, en fin de compte et selon une formule bien rodée, déclare qu’il ne faut pas attendre du CIO qu’il règle des problèmes que les instances politiques internationales n’ont pas su résoudre.
Les athlètes français tentent de sauver les valeurs de l’Olympisme en proposant de porter un badge avec un extrait de la Charte « pour un monde meilleur. C’est en réponse à cette initiative que le 10 avril à Pékin, en introduisant la conférence des 205 Comités nationaux Olympiques, le président du CIO en dit juste un peu trop, juste assez pour que nous prenions conscience d’une règle de la Charte Olympique qui nous avait échappée jusque là. La règle 51 qui comme le rappelle Jacques Rogge, interdit toute forme de propagande ou de manifestation politique ou religieuse sur les sites Olympiques.

Acte II : un scandale ignoré, l’apartheid sexuel

La déclaration de Rogge fait « tilt » dans nos esprits de laïques et féministes. Pourquoi alors le CIO accepte-t-il le voile islamique sur le stade Olympique ?
Jusqu’à présent, de la Charte Olympique, cette loi qui s’applique à tous, nous n’avions retenu que le rejet de toute forme de discrimination quelle qu’en soit le cause et notamment de race ou de sexe. C’est au nom de ce principe que le Comité national d’Afrique du Sud fût exclu pour cause d’apartheid pendant plus de 30 ans. Il ne réintégra la famille Olympique qu’en 1992 à Barcelone. C’est aussi au nom de ce principe que nous exigeons du CIO, l’exclusion des Comités nationaux qui ne comportent pas de femmes dans leurs délégations.

Nous avions obtenu que le CIO mette en œuvre une politique d’incitation auprès des pays concernés (versement de 40% des crédits de la solidarité au développement du sport à l’intention des femmes). Les résultats avaient suivi avec la régularité d’un métronome. Le nombre de pays récalcitrants dégringolant de 35 à Barcelone en 1992, à 26 à Atlanta en 1996, 9 à Sydney en 2000 et …encore 9 à Athènes en 2000.
Le noyau dur était atteint. Il s’agissait pour l’essentiel des pays islamistes qui pratiquent l’apartheid sexuel : Arabie Saoudite, Brunei, Emirats Arabes Unis, Koweït, Oman, Qatar et Yémen. Les autres pays ayant pour excuse de n’envoyer que de minuscules délégations.
A Pékin, grande surprise, le « noyau dur » s’effrite. Deux des très conservatifs pays du Golfe « craquent » : Oman et Emirats Arabes Unis, auxquels s’ajoute le Yémen. Il reste donc 4 pays islamiques dont les délégations sont composées uniquement de femmes : Arabie Saoudite, Brunei (qui n’est pas présent à Pékin), Koweït et Qatar.
Mais, leurs athlètes sont …voilées. Comme le sont celles d’Iran, pays que nous avions ciblé dans nos attaques lors des JO d’Atlanta en 1996. A la veille de la cérémonie d’ouverture, ils prirent la décision d’envoyer une tireuse à la carabine voilée et, pour cacher le fait qu’elle était seule au milieu d’une bonne quarantaine d’homme, elle fût aussi (la) porte drapeau.. Le gros des sportives iraniennes se produit dans des Jeux séparés, dits de la Solidarité islamique, qui ont lieu tous les 4 ans à Téhéran depuis 1993 et qui sont fermés aux hommes et à la presse. Ces Jeux sont cautionnés par le CIO !
Certes, nous avons envie de nous réjouir car certains des pays que nous avons ciblés ont compris qu’ils ne pouvaient pas maintenir les femmes hors des JO. Mais ce sont des femmes « handicapées » qui sont autorisées à concourir en public. Handicapées par le port d’un voile.
Il faut se poser sérieusement la question : aucune athlète autorisée à concourir ou une poignée d’athlètes voilées confinées dans quelques disciplines alibi, ou encore des Jeux séparés pour les femmes excluant la présence des hommes et des journalistes, la signification en est la même, c’est-à-dire l’affirmation d’une idéologie politico-religieuse contraire à l’esprit et à la lettre de la Charte Olympique.

Acte III : un scandale à venir, les Jeux de la ségrégation

Le double langage du CIO est évident.
Et cela se produit dans l’indifférence quasi générale. Aucun des commentateurs de la télévision, lors de la cérémonie d’ouverture de Pékin, ne relève la présence ou l’absence de femmes, ni la montée en puissance du « voile » islamique, préférant ce gargariser de la beauté des costumes folkloriques. Il n’y eut qu’un moment de faux espoir, lorsque la délégation du Bahreïn passe avec devant la tribune de la presse avec une femme voilée. L’un des commentateurs se souvient l’avoir vue courir « avec son foulard et son collant, comme le lui impose… », Suit un brouhaha qui rend le commentaire inaudible : mais gageons qu’il voulait dire la loi religieuse de son pays. Et il conclut par un « pas pratique! » ironique.
Ce sont maintenant 14 (+) délégations qui comportent des femmes voilées (athlètes, membres du soutien des équipes ou simples invitées ? difficile à dire ?).
C’est ainsi une permission de transgresser la règle 51 qui est donnée par le CIO aux pays islamiques. Les prétextes affichés sont ; « parce que mieux vaut des femmes voilées que pas de femmes » selon la porte parole du CIO. Pire encore : parce que « il s’agit d’un choix personnel » dixit le président du CIO dans une interview au journal belge Le Soir.
Ne nous y trompons pas, il ne s’agit d’un hasard mais d’une stratégie du CIO qui vise à intégrer le monde islamique dans le respect des exigences politico-religieuses quitte à s’assoir sur les valeurs universelles qui sont le fondement de la Charte.
Cette volonté du CIO transparait dans les plus récentes décisions prises par ses instances dirigeantes. D’un côté le CIO annonce à Pékin, que la Marocaine Nawal El Moutawakel (non voilée), première médaillée d’or africaine, devient membre de la Commission exécutive du CIO (sous le titre « pour la première fois une musulmane (sic) élue à la Commission Exécutive »). De l’autre il pousse sur le devant de la scène l’Egyptienne, Rania Elwani. (Nouvellement voilée et qui était déjà invitée à la cérémonie de clôture des JO d’Athènes aux côtés de Rogge sous la bannière Olympique), ancienne médaillée en natation, membre du CIO et de la Commission des athlètes. Cette dernière, qui s’exprime sur le site du CIO comme modèle pour les jeunes générations, apparaît à Pékin dans les cérémonies de remise de médailles.
Cette trahison par le CIO de sa propre Charte dans un domaine qui est le sien, le sport, n’a fait que renforcer la volonté des pays islamistes de promouvoir un modèle (leur modèle) des Jeux de la ségrégation.. Allant au-delà des simples jeux de la Solidarité pour les femmes islamistes, qui commençaient à mourir dans l’ennui généralisé, ils ont engagé depuis 2005 à Ryad en Arabie Saoudite, de grandes manouvres pour organiser des jeux d’une plus grande dimension. Ceux-ci seront toujours des jeux de la ségrégation, mais seront présentés comme mobilisant les hommes et les femmes au même moment mais dans des lieux séparés pour respecter la loi religieuse. La deuxième édition aura en 2009 dans trois grandes villes iraniennes. Ce sont 7000 athlètes, 57 pays et 23 disciplines(++) qui seront concernés. L’apartheid sexuel devient ainsi un modèle exportable face aux valeurs de mixité et d’universalisme que le CIO n’a pas su défendre.
A quand la fusion entre le CIO et les jeux islamistes avec comme prochain site la capitale du Qatar qui d’ailleurs s’est porté candidat pour la tenue de prochains JO ?
Annie Sugier
Présidente de la LDIF e du Comité Atlanta-Beijing +
(http://www.ldif.asso.fr)
Lire aussi :
1. http://www.wunrn.com et http://www.womensenews.org:80/article.cfm?aid=3696
2. Collectif Chine JO 2008 « Revendications pour Pékin » signé de 9 organisations de défense des droits de l’Homme.
3. Le Monde, « A Pékin le CIO admet traverser une crise », signé du correspondant à Pékin ( du 12/04/08)
4. Libération, Rebonds: lettre ouverte au président du CIO signée A.Sugier, L.Weil-Curiel ; A-M .Lizin, E. Badinter et L.Kandel (du 5/05/08).
5. Elle, éditorial du signé Michèle Fitoussi « Voile sur les JO » (du 12/07/08).
6. Le Temps de Genève, « le foulard tenue règlementaire aux JO » (19/06/08) et « Ces femmes interdites de Jeux » ( 25/07/08) signés Caroline Stevan.
7. l’Humanité, dossier sur « l’Olympisme est-t-il en crise ? ». Le point de vue de l’ancienne inspectrice pédagogique Annick Davisse ( du 26/07/08)
8. Charlie Hebdo, « Idéal Olympique : les gonzesses au vestiaire ! » signé Agathe André ( du 30/07/08)
9. Libération , « On a oublié le badge », signé Gilles Dhers et Grégory Schneider ( du 8/08/08)
10. Le Monde, « Le badge définitivement hors Jeux », signé Solen Cherrier ( du 3/08/08)
(+) pays dont les délégations ne comportaient que des femmes voilées : Yémen, Palestine, Djibouti, Iran, Soudan, Lybie, EAU, Oman, Afghanistan, ; pays comportant une ou plusieurs femmes voilées : Maldives, Mauritanie, Bahreïn, Egypte, Ethiopie ;
(++) Le secrétaire général de ces jeux islamiques, Hassan Mirza Aghabek déclare ( cf site internet) « En accord avec la tradition et le culture islamiques, les femmes athlètes vont concourir dans des stades séparés où les hommes ne seront pas autorisés à rentrer ».

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