Les Kurdes, éternels cocus de l’Histoire

Publié le 15 octobre 2019 - par - 810 vues
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Les Kurdes ont joué et perdu.
Ils ont combattu l’État islamique à la place des Occidentaux, l’ont vaincu à Raqqa. En échange, ils avaient la promesse d’une grande autonomie des territoires conquis sur le Califat.
Puis les Américains leur ont demandé de dégarnir leur frontière avec la Turquie, les assurant de leur présence protectrice.
En ce mois d’octobre, en quelques heures, après le retrait des soldats américains, ils ont vérifié à leurs dépens l’adage : « Ne descends jamais au fond d’un puits avec une corde américaine ».

Trump a fanfaronné qu’il allait détruire l’économie turque en cas d’invasion des territoires kurdes de Syrie, puis que les Kurdes n’ayant pas participé à la libération de l’Europe en 1944, il ne voyait pas pourquoi il les aiderait. Puis que les Russes, les Chinois ou Napoléon Bonaparte pouvaient les secourir, il s’en foutait.

Rien n’a donc empêché l’armée turque et ses supplétifs islamiques comme ceux d’Al-Nostra de franchir la frontière. Les chancelleries européennes ont protesté avec la vigueur d’un anémique en fin de parcours. Les Turcs sont entrés en territoire syrien comme le couteau du boucher halal entaille la gorge de l’agneau.

Les Kurdes ont alors eu le choix entre être « génocidés » par la soldatesque de Erdogan – vieille manie turque que celle d’exterminer les peuples qui gênent – ou passer un accord d’alliance avec celui qu’ils haïssaient jusqu’alors : Bachar al-Assad.
Pas véritablement un choix, une question de survie.

Les troupes de Damas et les convois américains se sont croisés sur la route menant au Nord de la Syrie. Les Américains déguerpissent pendant que les Syriens montent sur la ligne de front. Les véhicules blindés, obèses, des uns ; les camionnettes et les pick-up étiques des autres.

Une brève rencontre pathétique.

Les troupes d’Ankara et celles de Damas se feront face, ce qui stoppera certainement l’avancée turque, mais Erdogan semble déjà avoir eu ce qu’il voulait : un corridor d’une quarantaine de kilomètres de large et de 120 km de long entre la Turquie et la Syrie.
Il n’y aura pas de bataille. Les Russes ne le permettront pas.
Et les soldats de Bachar al-Assad sont usés par des années de guerre. L’apport des Kurdes intégrés à l’Armée arabe syrienne demeure dérisoire à la puissance de l’armée de Erdogan.
La partie n’est pas inégale, elle est impossible.

Alors la suite est facilement prévisible.
Les Turcs ont leur zone tampon entre la Turquie et ce qui fut un territoire kurde. Le drapeau syrien remplace le drapeau kurde à Manbij.
Les djihadistes prisonniers sont à nouveau en liberté – tout le monde accuse tout le monde de les avoir libérés – et nous pouvons déplorer cyniquement la réussite de l’opération baptisée en novlangue « Source de la paix ».

Au même moment, aucun pays n’a le courage d’empêcher les footballeurs turcs de se mettre au garde-à- vous sur les terrains européens pour saluer l’invasion militaire de la Syrie.

Les Turcs qui ont renié l’héritage d’Atatürk sont une calamité intérieure en Europe et une menace extérieure grandissante sur sa frontière.
Erdogan fait ce qu’il veut à Strasbourg comme en Syrie.
Les seuls qui osent l’affronter sont les Turcs qui croient encore au faible pouvoir des urnes comme l’ont montré les élections municipales à İstanbul et Ankara où l’opposition anti-Erdogan a gagné.

Quant aux Kurdes, comme d’habitude, ils sont les cocus de l’Histoire.

Marcus Graven

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