Les laïques doivent-ils abandonner à l'extrême droite le combat contre l'offensive islamiste ?

Depuis la première affaire de foulards, à Creil, en 1989, on a vu les organisations qui se revendiquaient de la défense et de la promotion de la laïcité, capituler progressivement devant les exigences grandissantes des islamistes. De la laïcité ouverte aux accommodements raisonnables, vingt années de petites trahisons et de grands reniements ont fissuré non seulement les associations laïques, syndicats, partis, mais le socle même de la République.
Si l’extrême droite occupe à présent le créneau de la lutte contre l’islamisme, n’est-ce pas parce que les autres ont déserté le terrain du combat laïque? Des événements récents illustrent dramatiquement cet état de fait.

Fallait-il laisser Fanny Truchelut seule, aux mains de l’extrême droite ?

Août 2006. Fanny Truchelut, propriétaire avec son mari d’un gîte de montagne, dans les Vosges a enregistré une réservation, par Internet, pour cinq personnes. La famille arrive, deux femmes sont voilées; bien que surprise, elle leur fait visiter les lieux, mais leur demande de retirer leur voile dans les parties communes du gîte. Horia Demiati, militante de la cause du voile dans l’entreprise, et belle-sœur de Nasser Demiati,sociologue, membre des « Indigènes de la République », refuse cette condition et quitte rapidement le gîte après avoir récupéré ses arrhes, puis va déposer plainte.
Commence alors « l’affaire Truchelut », un premier jugement la condamne à quatre mois de prison avec sursis, et à 8.490€ d’amendes et de dommages et intérêts. En appel, le verdict, bien que réduit, demeure lourd : 2 mois de prison avec sursis, et 4.000€ de dommages et intérêts.Pour « discrimination religieuse ».
Cette femme, inorganisée politiquement, frappe à toutes les portes, appelle au secours, cherche à ne pas rester isolée. Philippe de Villiers, alors en campagne présidentielle, lui téléphone et lui propose, gratuitement, son meilleur avocat, Alexandre Varaut.
A cette époque, j’anime le journal en ligne « Respublica », et je sens immédiatement les clivages que cette affaire annonce. Au sein de la rédaction, un courant défend l’idée que la rue, et un gîte, font partie de la sphère privée, et que l’attitude de la tenancière du gîte est inacceptable, suspecte, et liberticide.
Une autre partie de la rédaction estime en revanche qu’un lieu où des publics différents se côtoient ne relève pas de la « sphère privée » et intervient pour apporter un soutien à Fanny Truchelut, décelant dans l’attitude d’Horia Demiati une nouvelle offensive de l’islam pour imposer le voile partout où c’est possible. Ceux-là, quitteront « Respublica » quelques mois plus tard pour créer « Riposte Laïque ».
On connaît la suite, Riposte Laïque sera bien seul, dans le camp des laïques (avec votre site) à défendre la tenancière. Au mieux, un silence assourdissant, au pire, des propos comme ceux tenus par Caroline Fourest, osant caractériser ainsi le premier verdict : «une sanction sévère, qu’il nous faut accepter ». A l’extrême-droite des voix s’élèvent en sa faveur mais, lors d’une pétition de soutien, avant le procès, le journal en ligne « Riposte Laïque » n’acceptera pas les signatures de pétitionnaires mentionnant leur appartenance au Front national ou au MNR.
Si notre journal n’avait pas pris la défense de Fanny Truchelut, que se serait-il passé ? Lors du premier procès, on n’aurait vu que Villiers, et, lors du deuxième procès, l’extrême droite aurait tenu le haut du pavé.Est-ce vraiment ainsi que les laïques et les féministes entendent défendre la laïcité et l’égalité hommes-femmes, en se taisant sur une question de société qui interpelle tant de monde, et en laissant le Front National relayer le refus de la généralisation de voiles et de burqas, en France?

Faut-il approuver les projets de mega-mosquées financées par le contribuable?

A Marseille, le maire, Jean-Claude Gaudin, se voit retoqué par le conseil d’Etat. Pourtant, son conseil municipal a voté à l’unanimité, à l’exception de l’extrême droite, un contrat pour la construction d’une grande mosquée: 8600 mètres carrés, appartenant à la commune, cédés aux associations musulmanes pour la modique somme de 300 € par mois. Seule l’extrême droite fera un recours, que le conseil d’Etat prendra en compte.
16 juillet 2007. La municipalité de Marseille a dû monter plus efficacement son dossier .Le bail ne courait plus que pour cinquante ans, et le loyer passait à 24 000 € par an (nouvelle estimation des Domaines). La grande mosquée occupera un espace de 3 500 m2, sur un terrain municipal de 8 600 m2. Elle sera équipée d’un minaret de 25 m de haut, et pourra recevoir la visite de 5 000 fidèles. Faut-il rappeler qu’il y a déjà 62 mosquées à Marseille ?
Là encore, seule l’extrême droite fait appel auprès du conseil d’Etat.
Cet épisode se reproduira à Montreuil, où l’ancien maire, Jean-Pierre Brard, au nom de l’égalité des religions (qui n’est pas notre conception de la laïcité) fera voter un bail emphytéotique pour la construction d’une mosquée et d’une synagogue, à des conditions tellement avantageuses que le conseil d’Etat, saisi par l’extrême droite sur la seule construction de mosquée, cassera le vote de la municipalité.

Faut-il s’offusquer d’une manifestation contre la mega-mosquée de Cologne?

A Cologne, le conseil municipal a prévu la construction d’une gigantesque mosquée, en plein centre ville, pourvue d’un minaret de 53 mètres de haut.
On verra, le samedi 20 septembre, un rassemblement d’un millier de personnes, dont des militants d’extrême droite, mais aussi une personnalité comme l’écrivain Ralph Giuliano, ancien déporté des camps de la mort, tenter de tenir une conférence de presse pour dire leur désaccord avec ce projet.
On verra, venus de plusieurs pays, 20.000 gauchistes s’opposer, par la violence, à ce regroupement, et réclamer la construction de cet édifice religieux, au nom de leur refus du racisme de l’extrême droite. Et on retrouve la formule « anti-islamisme = racisme = extrême droite », qui relève plus du syllogisme que de la démonstration scientifique.Si l’extrême droite est contre, il faut donc être pour ?
Il sera intéressant de voir les retombées de ces manifestations sur les prochains scrutins.

Une réflexion urgente s’impose aux laïques

L’arrogante offensive de l’islam contre la laïcité exaspère de plus en plus de citoyens de notre pays qui ont en mémoire la bataille de leurs ancêtres contre l’hégémonie de l’Eglise catholique. La prolifération de voiles et de burqas est ressentie comme une agression par de nombreuses femmes, pour qui cet accoutrement constitue une régression et nie les combats féministes et laïques . D’autres faits(piscines communautaristes, constructions de mosquées de plus en plus visibles, souvent payées par le contribuable, annulation du mariage de Lille, affaire des caricatures, revendication de viande halal dans les cantines scolaires, refus de la mixité à l’hôpital, etc.) font comprendre même aux moins politisés qu’aujourd’hui, l’islam est le fer de lance d’une vaste offensive contre la laïcité, et plus largement la liberté et l’égalité, en France et dans d’autres pays d’Europe.
On constate, chez nombre de nos amis, une réactivité épidermique dès que le pape vient se promener en France et que Sarkozy lui déroule le tapis rouge en évoquant la laïcité positive. En revanche, quel silence gêné, lorsqu’il faut dénoncer l’islamisme…
Pourquoi taire que la pratique du ramadan pose de plus en plus problème à l’école, et sur les lieux de travail ? Pourquoi ne pas dire que Leila ou Abdel, quand ils veulent manger à la cantine, à cette période, sont victimes d’intimidations ? Pourquoi ne pas soutenir des projets de loi, comme ceux du député Myard, demandant l’interdiction du voile intégral dans la rue ? Pourquoi ne pas appuyer la proposition de loi de Françoise Hostalier, visant à interdire le port de signes ou de vêtements manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, politique ou philosophique à toute personne investie de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public ou y participant concurremment ? Pourquoi devoir admettre de se laisser agresser par le voile, dans tous les lieux de la société, même dans un paisible gîte de montagne ? Pourquoi admettre le voile à l’université, et lors des épreuves du bac ? Pourquoi craindre un débat sur la construction de mosquées et d’autres lieux de culte ? Avons-nous vraiment envie, au nom du principe anglo-saxon d’égalité des religions, de voir notre pays se couvrir de mosquées aujourd’hui, de temples évangéliques ou bouddhistes demain, alors que la pratique religieuse diminue d’année en année ? Pourquoi ne pas écouter les arguments de Chahdortt Djavann, romancière d’origine iranienne, expliquant qu’autoriser la construction de mosquées, en France, fait aujourd’hui le jeu des intégristes ? Pourquoi être incapable de regarder les conséquences, dans la vie quotidienne de nombreux Français, de la progression de l’islam, et de la communautarisation religieuse de nombreux quartiers?
Souvenons-nous du débat sur la sécurité en 2002. De bonnes âmes nous expliquaient que parler de ce « sentiment », c’était alimenter les fantasmes de l’extrême-droite: on a donc abandonné ce terrain au seul Front National. Les électeurs n’entendant qu’un seul parti exprimer ce qu’ils ressentaient, cruellement, dans leur chair, toute l’année, on a eu le résultat du 21 avril.
Il est temps que les laïques se décomplexent, face à l’offensive obscurantiste d’un projet politico-religieux que les islamistes, quotidiennement, font avancer. Il est temps de refuser de se laisser intimider par les « anti-racistes » du Mrap et de la LDH, qui relaient, depuis la première affaire du voile à l’école, toutes les revendications communautaristes des religieux musulmans, usant malhonnêtement de l’argument du racisme pour intimider leurs opposants, y compris au sein de ces organisations. Il est temps de prendre la mesure de l’existence, en France, d’enclaves où les religieux font la loi, et écrasent surtout les femmes et les hommes d’origine arabo-musulmane qui veulent vivre à l’européenne, en toute liberté de conscience, sans subir la loi des imams.
Faute de mener ce combat, les laïques perdront leur raison d’être, en prenant le risque de jeter dans les bras de l’extrême droite des électeurs désespérés par leur lourd silence devant l’offensive islamiste.
Pierre Cassen
Article paru dans « La Revue Commune » numéro 52, en janvier 2009
http://aear.net/

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