Les limites de l'interview de Sarkozy, le 12 juillet

Dimanche 11 juillet 2010, 14,1 millions de spectateurs pour assister à la finale de la coupe du monde de football. Lundi 12 juillet 2010, 6,6 millions de spectateurs pour voir et écouter le Président de la République.
Plantons le décor : deux chaises, une table. Bravo pour la sobriété.
Face à un journaliste, qui risquait sa place (souvenons –nous des conditions de l’éviction de Patrick Poivre d’Arvor) nous avons pu voir un Président grisonnant, l’usure du pouvoir ? Etrangement calme, pas de haussement intempestif d’épaules, pas de virulence dans le ton, le Président a répondu avec sérénité, pas la moindre fausse note d’agacement. Son coach en communication a fait un sacré boulot.
Passons maintenant à l’essentiel, les questions qui fâchent. Le Président a renouvelé sa confiance en son ministre du Travail. Il s’est servi du rapport de l’Inspection Générale des Finances qui blanchit le ministre. Ces fonctionnaires du Ministère des Finances ont épluché 2 ans de courriers, de mails, de rapports en 10 jours, quelle efficacité redoutable ! Mais ont-ils pu écouter les appels téléphoniques et garde-t-on la moindre trace des entrevues privées ? Ce rapport n’amène aucune réponse sur plusieurs points essentiels : l’embauche de la femme du ministre, la remise d’éventuelles enveloppes au trésorier de l’UMP …
Cependant, le Président a annoncé la création d’une commission de réflexion pour éviter à l’avenir toute forme de conflit d’intérêt, cela voudrait-il dire qu’il y a eu un conflit d’intérêt dans cette affaire ?
Le Président a conseillé à son ministre de quitter son poste de trésorier de l’UMP. Un conseil du monarque est un ordre, dès le lendemain, nous avons appris la démission du trésorier de l’UMP.
A la question de l’enquête préliminaire et de l’indépendance de la Justice, le Président a fait un éloge appuyé envers son ami procureur .Il oublie que le procureur dépend du Parquet donc de la Chancellerie et n’est pas donc un juge indépendant.
Sur la démission des deux secrétaires d’état, le Président a déclaré qu’ils ont fait preuve d’indélicatesse et qu’il voulait avant tout prendre en compte le coté humain ; nous avons un président psychanalyste qui doit avoir un canapé à l’Elysée pour comprendre le mal-être de ses subalternes ? Il a conclu que la classe politique est en général honnête, ce qui me gène c’est le « en général ».
En bref, nous pouvons résumer toute cette partie de l’interview par ces quelques mots : « Circulez, il n’y a rien à voir ».
Le super candidat de 2007 a fait son retour, l’emploi du pronom « je » est revenu au galop. Il va tout faire tout seul, il a été élu pour résoudre tous les problèmes de la France et des Français etc.
Puis vint la deuxième question épineuse, celle de la réforme des retraites. Le ministre qui conduit cette réforme, est d’après moi sur un siège éjectable, puisque un remaniement ministériel aura lieu en octobre juste après le vote de la dite réforme.
Il a fait un constat sur la régression de la compétitivité due d’après lui aux 35 heures et à la retraite à 60 ans. Donc préparons-nous à voir d’ici peu la suppression des 35 heures.
Sur un air de justice, il nous a expliqué que nous devrons tous travailler plus mais sans être certains de gagner plus, je dirai même plus les fonctionnaires gagneront moins puisque leur salaire sera gelé et leurs cotisations sociales augmentées. De toute façon, cette réforme passera même s’il y a des millions de manifestants, avis aux syndicats.
En plus il ose nous dire que désormais on prendra en compte la pénibilité du travail mais il faudra que les salariés prouvent une incapacité de travail de 20%. Les visites à la médecine du Travail vont être nombreuses.

Le troisième chapitre concernait la dette publique, quelques erreurs glanées çà et là.
« Le bouclier fiscal existe en Allemagne depuis plus de vingt ans », affirme Nicolas Sarkozy. Lemonde.fr rappelle au contraire que « cette disposition fiscale a disparu outre-Rhin depuis 2006 ».
« Il existait avant mon élection des contribuables qui payaient 100% d’impôts, c’est-à-dire qu’ils gagnaient 1.000, ils payaient 1.000 et ils partaient tous », a aussi déclaré Nicolas Sarkozy sur France 2. La version papier du Monde souligne que « jamais personne n’a donné l’intégralité de ses gains à l’Etat », et que le bouclier fiscal existait déjà sous Chirac, mais plafonné à 60%.
La France est « avec la Suède, le pays d’Europe où les impôts sont les plus élevés », selon Nicolas Sarkozy. Encore faux, comme le montre ce tableau d’Eurostat, l’office européen de statistiques, cité par lemonde.fr.
Il a failli nous faire pleurer en nous disant qu’il n’avait pas eu de chance avec la crise de septembre 2008.Mais Il a déclaré qu’il allait nous sortir de cette crise, s’il fait comme pour la croissance qu’il devait aller chercher avec les dents, nous sommes bien mal partis.
Sur l’insécurité, thème cher à notre manieur de karcher, nous avons eu quelques phrases populistes mais toujours aucun résultat. Paroles, paroles, paroles…
Dès mardi 13 juillet, nous avons eu droit à un concert unanime des chroniqueurs de certains journaux .Christophe Barbier (l’Express) et Yves Thréard (Le Figaro) disaient que le président avait été formidable et qu’il avait repris les choses en main, que le futur candidat de 2012 était remis en selle.
Mercredi 14 juillet, une nouvelle affaire concernant le ministre du Travail est parue dans Le Canard Enchaîné et dans Marianne. Lorsqu’il était ministre du Budget, M. Woerth aurait personnellement facilité la vente d’une parcelle de 57 hectares de la forêt de Compiègne à la Société des courses de Compiègne (SCC).
Un document signé de la main du ministre et publié par Marianne atteste que M. Woerth « a veillé jusqu’au bout à ce que le trésorier payeur général de l’Oise procède bien à la vente », selon l’hebdomadaire. Le Canard enchaîné rappelle qu’une transaction conclue « de gré à gré sans enchère, ni appel d’offres », comme cela a été le cas pour la vente de la parcelle de Compiègne, est contraire à une décision du Conseil d’Etat datant de 1979 stipulant que les sociétés de courses ne peuvent bénéficier d’un tel privilège .Coïncidence curieuse , sa femme fait partie de l’association France Galop et lors de l’assemblée générale de la SCC Antoine Gilibert , qui dit ne jamais avoir vu le couple Woerth , a remercié son ami Eric Woerth pour cette vente (Le Canard Enchaîné).
Honnête homme ? C’est ce que nous a confirmé le Président.
Mercredi 14 juillet, un sondage paru dans Le Parisien/Aujourd’hui en France donne les résultats suivants (1):
57 % des Français n’ont pas trouvé le président convaincant
Sur les trois grands sujets abordés au cours de l’émission, Nicolas Sarkozy n’a été jugé convaincant ni sur la réforme des retraites (53% contre 37% qui l’ont trouvé convaincant) ni sur la réduction des déficits (55% contre 29%) et encore moins à propos de l’affaire Woerth-Bettencourt (62% contre 23%).
Les seules personnes convaincues par le Président sont ses électeurs, le contraire eut été étonnant. Il doit continuer à se raser dans sa salle de bains en ayant les mêmes pensées qu’en 2007, cela suffira-t-il cette fois-ci ?
Marie-José LETAILLEUR
Voir son blog :
http://lebloglaicdechamps.over-blog.com
(1) http://www.lemonde.fr/depeches/2010/07/14/57-des-francais-pas-convaincus-par-l-intervention-televisee-de-sarkozy_823448_354_42966174.html

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