Les limites du dernier numéro de "Marianne" sur les intégrismes religieux…

A lire absolument le Marianne(1) sur les intégrismes religieux.
Le journal Marianne publie cette semaine sous le titre choc : « Les nouvelles guerres de religion » une série de 9 articles aux signatures diverses. Martine Gozlan ouvre le ban en décrivant « ces cléricalismes qui menacent la planète ». Elle analyse la bigoterie désintégratrice. Dans son article sont incorporés des petits tableaux informatifs signés d’autres auteurs jouant sur des titres évocateurs tels que : Grèce : « A la fortune du pope » ; Nigeria : « Au-delà d’un héritage empoisonné »; Irlande : « 25.000 € pour un juron » ; Russie : « Dieu bénisse le Kremlin » ; Tchétchénie : « Un voile s’abat sur les femmes ; Indonésie : « pogroms antichrétiens ».
Au-delà du sel ou de la violence de l’accroche, le contenu des informations fait plutôt frémir. On sent que notre XXIème siècle sera le siècle de tous les dangers si des voix ne s’élèvent pas pour contrer ces dérives. Alors comment agir et comment lutter contre ces intégrismes ? Martine Gozlan en appelle à la laïcité qu’elle aimerait plus forte mais ne peut s’empêcher de qualifier, comme d’habitude, d’extrême droite raciste et islamophobe, la réaction des hollandais après l’assassinat de Théo Van Gogh. En étiquetant ainsi les rares courageux qui se positionnent par rapport aux islamistes, se rend-elle compte qu’elle leur laisse un large boulevard pour poursuivre leurs actions extrêmes, et là on ne rigole pas, on tue ? On a envie de dire à Mme Gozlan : « Ah ! Bien- pensance quand tu nous tiens ! »
Viennent ensuite des articles sur Benoît XVI, les prêcheurs américains, les intégristes d’Israël, les ultras-hindouistes, la révolte iranienne.
Deux articles sont particulièrement intéressants car ils opposent des points de vue. L’un s’intitule : « L’intégrisme est-il inhérent à l’islam ? », il met face à face deux écrivains tunisiens Hamadi Redissi et Youssef Seddik . Au premier la franchise : « dominant l’islam refuse des droits légitimes, dominé il les exige (cas de la France) », et : « dire que le djihad n’a rien à voir avec l’islam relève de l’ignorance ignorante ou de la mauvaise foi flagrante. Le corpus classique ne retient que le bon : mourir sur le chemin de Dieu » . Au second, Youssef Seddik la diversion : « les notions d’islam politique ou d’islamisme sont de simples codes à l’usage des experts en sécurité ». Qui cherche-t-il à duper quand il affirme : « le terrorisme est un meurtre et le Coran condamne le meurtre », alors que l’idée de martyr est fortement encouragée dans le Coran et que lui, spécialiste de l’islam, ne peut ignorer le verset 89 de la sourate 4 (2).
Même constatation dans l’extrait du livre (3) où échangent Taslima Nasreen et Caroline Fourest, article intitulé : « La religion, la fatwa et moi ». D’un côté le vrai, face à, je ne dirai pas le faux, mais l’artificiel, entre la douleur, les épreuves le vécu, de l’une et le raisonnement intellectuel de l’autre, il n’y a pas photo. Taslima victime d’une fatwa affirme : « La religion est pleine de haine, en particulier l’islam. Il affirme : Tuez ces gens qui ne croient pas, haïssez les chrétiens, les juifs, battez les femmes qui ne vous obéissent pas » . Si l’on comprend l’idée de Caroline: « Il existe des musulmans fondamentalistes et d’autres moins, des musulmans intégristes et d’autres non », l’ argumentation et les raisonnements alambiqués qu’elle utilise pour dédouaner complètement l’islam de la violence du Coran ne passent pas: « Un islam qui accepte de renoncer à sa part dogmatique et totalitaire est fondamentalement différent d’un islam qui refuse de renoncer à sa part « englobante », comme le disent les intégristes », raisonnement fumeux, plein de si et de si qui ne trompent personne, en tous cas pas Taslima qui répond: « Ils existent des musulmans modérés, mais l’islam lui-même n’est pas modéré ». Taslima rejoint Hamadi Ressidi : « il n’y a pas de différence entre islam et intégrisme musulman, ou, au mieux, il existe une différence de degré pas de nature ». Face au drame et à l’horreur de la fatwa Taslima a eu largement le temps de penser à la réalité de l’islam et ne s’en laisse pas conter.
Outre le premier sujet, Martine Gozlan signe un autre article intéressant : « Ce que disent les musulmans laïcs ». Article honnête où elle parle de la France, de la prise en mains du CFCM dès 2003 par les musulmans les plus intégristes, sous l’encouragement de Nicolas Sarkozy, prise en mains qui n’a jamais cessée. Elle décrit vraiment la peur, les menaces, les violences que subissent les musulmans français. Elle relate les affaires Rayhana, Chalghoumi, et récemment Mohamed Sifaoui victime d’un commando de barbus lors de la présentation de son livre à la Fnac du XIII ème arrondissement ( victime comme son ami Zemmour à Nice !).
Par cette peur ambiante Martine Gozlan explique le mutisme des laïcs musulmans. S’ils ont peur de parler, s’ils ne peuvent pas parler parce qu’on les menace, alors il faut dénoncer à leur place ce totalitarisme, alors il faut défendre nos valeurs, alors il faut construire un large mouvement de résistance. Pourquoi donc, dans ce cas, si peu d’engagement de la part de ce journal qui reste bien au chaud dans sa neutralité bien pensante ? Pourquoi qualifie-t-il systématiquement de racistes ou d’islamophobes ceux qui osent s’exprimer sur le sujet, ailleurs, souvent au péril de leur vie ? On ne comprend plus très bien !
Chantal Crabère
(1) N° 675 du 27 mars 10
(2) Ne prenez pas d’amis parmi les mécréants, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier de Dieu. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez ; et ne prenez chez eux ni ami ni secoureur.
(3) Libres de le dire Edition Flammarion

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