Les maires démissionnent, pourquoi ?

 

 

En tant que maire adjoint de ma commune pendant un mandat (six ans), j’ai suivi de près le travail pénible et peu réjouissant de maire d’une petite ville (environ 4 200 habitants). Ce qui frappe, c’est le rôle que l’élection lui a donné. Il doit être tout à la fois de nos jours. Il y a cent ans, les responsabilités étaient réparties sur trois niveaux : le spirituel venait du curé, l’éducation venait de l’instituteur et l’administratif était réservé au maire. Depuis, la société a bien changé, le curé n’est plus, l’instituteur est devenu fonctionnaire mais le maire reste à supporter toutes ces tâches.

 

Dans notre commune, les problèmes se multiplient car l’Etat se décharge de maintes obligations tout en réduisant les subventions. Alors malgré une attention constante portée par l’adjoint aux finances, les apports financiers fondent comme neige au soleil. Un exemple : lorsque je suis arrivé à la mairie, les subventions aux associations, clubs et autres groupements de citoyens étaient de 123 000 euros. J’ai été obligé pour éviter un endettement de les faire tomber à 72 000 euros, éliminant ainsi des aides à de nombreuses œuvres. Colère immédiate des habitants qui ne comprenaient pas pourquoi il fallait trancher aussi brutalement dans le budget.

 

Puis les domaines dans lesquels le maire et ses adjoints devaient se plonger occupaient non seulement les heures d’ouverture de la mairie mais aussi leurs soirées, leurs dimanches lorsqu’il y avait un incident exceptionnel : incendie, inondation, bagarre le samedi soir, trouble public par l’arrivée tardive de fêtards. Nous étions trop isolés et trop loin des grandes agglomérations pour avoir des ennuis avec des migrants.

 

M’occupant du CCAS, je devenais confesseur, inquisiteur, sauveur de couple, défenseur de la veuve et de l’orphelin avec un budget riquiqui qui permettait de ne faire que l’aumône. Pas de possibilité d’aider plus d’une famille en détresse, sinon par de bonnes paroles et des gestes d’amitié. Quant au logement social, c’était le casse-tête, n’ayant que peu d’appartements libres et disponibles.

 

Sans parler des personnes âgées, très nombreuses dans notre village car il est situé au pied du Lubéron et beaucoup de retraités venant de Paris  ou de grandes agglomérations s’y sont installés, sans compter les agriculteurs et veuves de cultivateurs dont les pensions étaient minables. Beaucoup ne dépassaient pas les 300 euros par mois. Les plus timides restaient calfeutrés dans leur logement parfois ressemblant à des taudis et comme adjoint chargé du CCAS, je faisais mes virées pour m’assurer que tout allait bien. A Noël, je faisais la tournée avec mes paquets cadeaux, une bouteille de vin, quelques chocolats et des biscuits. Pas de quoi faire la fête pendant longtemps. Je restais un peu de temps à leur parler, à les rassurer et à revivre une partie de leurs souvenirs d’antan où pour ces «  vieux » tout semblait aller beaucoup mieux. Vue ainsi par eux en effet, la vie paraissait moins brutale : avec le mari agriculteur, ils travaillaient dur leur petit lopin de terre, élevaient 3 ou 4 gamins qui plus tard n’eurent que l’idée de fuir cette région où l’agriculture était en déclin. Habitant loin et très occupés, les enfants ne venaient que rarement. Puis les moyens de communication, Internet et autres, leur semblaient être des instruments de torture qu’elles ne savaient maîtriser.

 

Et de nos jours, il devient obligatoire de tout déclarer par l’informatique et là c’est la catastrophe, obligeant les maires à organiser des séances d’apprentissage ou tout simplement passer avec leur ordinateur faire les envois.

Tous ces tracas et cette utilisation du temps administratif faisaient que les 24 heures suffisaient juste pour accomplir ce travail.

Devant la gabegie apportée par Macron et son gouvernement de riches qui n’ont aucune idée de ce qui se passe dans les communes rurales, les maires raccrochent leur tablier et ils ont raison. Quand on pense que certains maires pour la somme modique de 400 euros par mois, doivent donner plus de 35 heures par semaine de leur temps à mener les affaires de leurs concitoyens. Et de plus en plus, ils sont méprisés au niveau des préfectures qui ne font qu’augmenter les contraintes (européennes et françaises) sur les normes de construction, de sécurité, d’éducation, d’entraide sociale (RSA et autres, surtout en présence de migrants) et les ressources de la commune s’épuisent rapidement comme l’indiquent beaucoup d’entre eux, allant même jusqu’à dire qu’à la fin du mois, ils empruntaient pour payer les salaires des employés municipaux.

 

A voir les dépenses somptueuses en haut du gratin et l’arrogance des dirigeants envers le peuple d’en bas, facile à comprendre qu’ils jettent l’éponge. D’ailleurs, aux dernières élections, beaucoup avaient renoncé à briguer un autre mandat, ce qui fut le cas de notre municipalité. Quant à moi, l’expérience de six ans m’avait suffi pour me faire comprendre que nous menions un combat de plus en plus dur. Déjà sous Hollande, la vie de maire n’était pas triste, mais en écoutant les échos qui me proviennent de la mienne, la responsabilité sous Macron devient terrifiante et la diminution draconienne des subventions rend la vie administrative et sociale d’un village impossible. Sans compter la disparition des emplois aidés qui apportaient un peu de répit aux diverses associations dont certaines ont plié bagages, laissant leurs responsabilités au maire.

 

Mais il y a aussi d’autres problèmes présentés dans ce livre : histoires de copinage, de favoritisme, d’emplois fictifs qui font des conseils municipaux souvent des conflits d’intérêts. Ces disputes parfois violentes entre élus laissent les maires et leurs adjoints quasiment incapables de mener des actions sereinement, raison de plus pour ne pas se représenter ou démissionner. La politique même à l’échelle locale devient plus agressive, plus machiavélique et lorsqu’un maire est pris sous le feu des réseaux sociaux, il doit s’incliner et rechercher la tranquillité en abandonnant ses électeurs.

C’est ce qu’il se passe à l’heure actuelle.

 

En vérité, le but de Macron, non dissimulé, c’est de tuer les communes rurales. Nous en avons 36 000 dans notre pays mais en Allemagne, les actions des gouvernements ont réduit leur nombre à environ 6 000. C’est ce que voudrait obtenir Macron : environ 10 000 en obligeant les petites communes à se regrouper. Existent déjà les communautés de communes qui, je dois avouer, créent de nombreux doublons dans nos régions. Le rôle aussi des petites mairies diminue : internet vient suppléer les services municipaux : carte d’identité, passeport, aides quelconques ce qui fait que de plus en plus de petites communes se regroupent.

 

La position du maire qui, dans l’ancien temps représentait l’Etat, la République, la France, n’est plus qu’un emploi de gratte-papier perdu sous tous les diktats venant de l’Europe ou de Paris. Pour beaucoup d’entre eux, autant faire autre chose, et ce fut mon cas : un seul mandat et rédaction d’un livre pour expliquer pourquoi tant s’en vont.

Les maires sont devenus «  des maires à la dérive » !

André Girod

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14 Commentaires

  1. Si tous les maires démissionnaient en bloc, Macrotte serait bien emmerdé… Ils attendent quoi pour se faire entendre ?

  2. Notre franc Macron , imposteur et despote non éclairé est en fait un vrai jacobin
    L’etat , et rien que ça…
    Diminuer le nombre d’elus , les pouvoirs locaux , pour accroître ceux de l’état, qui devient de plus en plus une pieuvre
    Il est de plus en plus partout, totalitaire et ventripotent
    Un jour , il ira jusque dans nos chiottes…

  3. Tous les maires sont de grands électeurs :combien aux sénatoriales ont voté pour le FN ?
    Les maires de petites aglomérations sont souvent des enfants du pays se présentant sans étiquettes mais ils n’ont encore pas compris que le systeme en place dirigé par les profiteurs parigots les prenaient pour des cons et malgré ça ils ne veulent pas tenter le coup du changement !!! alors qu’ils ne viennent pas se plaindre et s’ils démissionnent on ne s’en portera pas plus mal

    • Parce que le FN RN serait mieux ?, J’ai voté pour la blonde faute d’avoir eu le seul candidat crédible qui était Fillon, mais je suis de moins en moins convaincu de la compétence de cette bande de gamellards

      • Ont ils pris lorqu’ils étaient au gouvernement des initiatives qui vous ont déplu ??? Si oui je comprend que vous votiez macron et vous avez raison de ne plus les voir revenir au pouvoir

  4. Quand je vois la corruption au niveau de ma petite commune de moins de 1000 habitants (vente de terrains d’agriculteurs élus à des lotisseurs, puis rétrocession de parcelles construites pour finir par louer à très cher des cages à poules, enfants embauchés dans les emplois périscolaires, bibliothèque, chemins privés refaits à l’occasion de travaux communaux….), si ils pouvaient démissionner on ne se plaindrait pas.

  5. Deux mandats de conseiller municipal de Droite.
    11° Arrdt à Paris. Pouvoirs limités du Maire face à l’HdV. Subventions invraisemblables.
    Normandie. Perte de responsabilité du Maire, face aux Ctés Com, Départ, Région et + !
    Ils ont raison ! Mais les Communes vont disparaitre peu à peu !
    CE QUI SOUDE UNE NATION ?
    La Famille, tout est fait pour la faire disparaitre !
    La Commune, source de Vie en Communauté !
    FOUTU !

  6. A l’ère féodale, les bourgeois (ceux des bourgs) se sont coalisés pour défendre leurs intérêts communs face au seigneur local. Ils ont pris leur autonomie au XIIe siècle. De nos jours, notre Etat jacobin prétend tout gouverner (avec ses élites incompétentes) ruine le sûrement le pays (avec sa TVA à 20% et sa Sécu à 40% sur les salaires, pour des cotis à fond perdus) et le laisse envahir. Il faut dire stop ! Elire des communes insurrectionnelles et faire la grève de l’impôt ! Rien pour le fisc !

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