1

Les mots réflexes des orateurs

Il y en a trois qui reviennent systématiquement dans les discours ou les commentaires des politicards et autres journaleux. Ce qui est grave, c’est qu’ils ont déteint sur tous.

Le premier est « par rapport » qui peut être prononcé ou écrit plusieurs fois dans une même phrase.

Le deuxième est « globalement ».

Le troisième est « fondamental ».

Pas de discours sans que ces trois poncifs ne soient utilisés.

Par rapport est discriminant, ou différenciateur.

Globalement, au contraire est intégrateur. On pourrait même entendre « globalement par rapport à ceci à cela… » sans y voir contradiction.

Fondamental, adjectif, s’applique à un concept qui ne repose sur rien d’autre que lui-même. Or, cet adjectif est utilisé à tout propos, même pour un détail qui ne fonde rien du tout.

Par rapport peut être remplacé avantageusement par sur, de, à, vis à vis de, comparativement à, face à, relativement à, etc. selon le contexte.

Globalement est parfois employé pour, en gros, principalement, grosso modo, généralement, dans l’ensemble, tout compris, sans distinction…

Fondamentalement est le plus difficile à remplacer, car il n’a aucun sens précis ou général. C’est un adverbe lancé au hasard pour faire bien. Les énarques en abusent pour agrémenter leurs discours creux. Ça ne sert à rien, mais ça ne mange pas de pain. Ça voudrait être la marque d’un certain niveau de culture, puis qu’employé dans le grand monde, par des gens « culturés ». Même Éric Zemmour en use.

J’ai cité Éric Zemmour que j’apprécie, et j’apprécie aussi Pierre Cassen qui « parrapporte » beaucoup dans ses vidéos. Dommage ! Je n’ai pas leur niveau, et je ne veux pas les dénigrer mais ils pourraient faire attention à ne pas pervertir leurs discours par des poncifs de politicards inutiles (les poncifs et les politicards).

À cette liste j’ajoute « réinventer », verbe très employé ces temps-ci, à cause de l’épidémie. Ce verbe mérite une attention particulière : en effet on ne réinvente que ce qui a déjà été inventé, CQFD. Dans la bouche de ceux qui utilisent ce mot, on a l’impression qu’ils parlent d’innover. À ce moment-là réinventer est un mauvais choix de vocabulaire. Il faudrait dire trouver autre chose, d’autres solutions, sortir des sentiers battus, inventer, créer, innover, etc. On dit à la télé qu’il faut réinventer un nouveau mode de consommation, de production, d’enseignement à l’école, de loisirs, mais on ne dit jamais qu’il faudrait réinventer un mode de gouvernance. S’agirait-il de revenir au gaullisme, au bonapartisme, à la royauté ? C’est pourtant le chantier de réflexion le plus urgent à ouvrir. Il commence par : comment se débarrasser de ce gouvernement de pieds nickelés qui ont réinventé le fil à couper le beurre ?

Marc Larapède