Les négationnistes turcs dans l’Union européenne ?

Publié le 26 décembre 2011 - par - 866 vues
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Le déni de réalité, même pour un fait anodin, n’est guère supportable. Mais lorsqu’il devient sommital, comme c’est le cas avec le négationnisme, il est franchement insupportable. Autant donc rafraîchir la mémoire de ceux qui, à l’instar de Recep Tayyip Erdogan, affirment que génocide des Arméniens «n’a jamais eu lieu» !

Il «n’a jamais eu lieu», en effet, et commence néanmoins dans la nuit du 24 au 25 avril 1915 par l’arrestation, puis l’assassinat, de 650 personnalités arméniennes. En mai, les Arméniens vivant dans des villages isolés connaissent les premières liquidations sur place. Mais impossible d’opérer de la même façon en milieu rubain : il y aurait trop de témoins étrangers ! Le gouvernement turc choisit alors de déporter les Arméniens citadins par un décret publié le 30 mai 1915, qui leur fait obligation de vendre leurs biens sous trois jours – et c’est le meilleur des cas – car, le plus souvent, ils ne disposent que d’une heure pour faire leur valise. Puis ils prennent les routes du sud, en direction de la Syrie.

Certains auront un voyage écourté, comme les 70 000 Arméniens de la plaine de Mouch, arrosés d’essence et  brûlés vifs, ou ceux de Samsun, noyés dans la mer Noire. Les autres seront conduits loin des villes, en deux files : dans l’une, les hommes, voués à être rapidement exécutés ; dans l’autre, les femmes et les enfants, contraints de marcher, sur plusieurs centaines de kilomètres, vers un lieu de regroupement, du nom d’Alep, que la plupart n’atteindront jamais, en raison notamment des viols et sévices en tout genre qu’ils subiront de la part de leurs gardiens ottomans. Les derniers survivants seront parqués à ciel ouvert, dans les déserts syrien et irakien, où ils mourront de faim, de maladie et d’épuisement.

Devant le nombre élevé de preuves (1) qui accusent la Turquie, on comprend que monsieur Erdogan ait plus qu’insisté pour obtenir, en juin 2003, l’annulation de la reconnaissance du génocide arménien comme un des préalables à l’entrée de son pays dans l’Union européenne. Mais, au fait, que viendrait faire dans l’Union européenne un pays négationniste, quand l’Europe croule déjà sous le poids des pays qui la constituent ?

La France a eu raison de reconnaître le caractère génocidaire des massacres de 1915. Elle a eu raison de promulguer, le 22 décembre 2011, une loi punissant d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende quiconque contesterait, sur notre sol, ce génocide. Larticle 305 du code pénal turc ne rend-il pas passible de trois à dix ans de prison toute personne demandant la reconnaissance du génocide arménien ? Ce même article ne vise-t-il pas également ceux qui demandent le retrait des forces turques de Chypre ? (2)

Car la Turquie continue de diligenter des colons au nord de Chypre afin de chasser définitivement les Chypriotes grecs, comme elle continue de terroriser la population kurde et d’expulser, notamment vers les pays scandinaves, des milliers de Turcs chrétiens, mieux connus sous le nom d’Assyriens.

Alors, la Turquie dans l’Europe ?

Maurice Vidal

(1) Le 27 novembre 2004, à Valence, des militants français d’origine arménienne ont été agressés physiquement par une cinquantaine d’islamistes turcs qui hurlaient : «Nos grands-parents vous ont massacrés, nous allons finir le travail !».

(2) Depuis 1974, la Turquie occupe illégalement le nord de Chypre, à tel point qu’une «ligne verte» de 180 km, surveillée par des Casques bleus, traverse l’île d’est en ouest.

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