Les néonicotinoïdes sont de retour : un passage obligé ?

La loi Biodiversité de 2016 avait banni l’usage des néonicotinoïdes sur les cultures, dont celle de la betterave sucrière, et ce à compter du 1er janvier 2018. Deux années plus tard, les betteraviers demandent une dérogation afin de pouvoir réutiliser les néonicotinoïdes sur les betteraves,
attaquées à nouveau par les pucerons verts qui transmettent le virus destructeur de la jaunisse.

Un rappel pour commencer. La betterave sucrière n’est ni celle que nous achetons ou cultivons pour nous-mêmes dans notre potager, ni celle qui est cultivée pour l’alimentation animale. Il s’agit d’une autre espèce, spécifique pour la fabrication du sucre blanc en tout premier lieu, mais également de l’alcool, destiné lui même à la fabrication de nombreux produits, des alcools blancs bien sûr, mais aussi des bières bitter, des liqueurs, des arômes, du vinaigre notamment.

Depuis 2018, les betteraviers avaient malgré tout eu à leur disposition deux autres produits chimiques, accordés sous dérogation, le Teppeki et le Movento, efficaces mais à durée d’action très courte. Cela ne semble pas leur avoir suffi, ils demandent aujourd’hui le retour des néonicotinoïdes, et, bien entendu, notre gouvernement de branquignoles, qui n’a rien compris aux mécanismes de la nature ni aux exigences de la biodiversité, a capitulé. Une dérogation est accordée pour trois ans, aux betteraviers certes mais aussi à d’autres…

Pour l’avoir pratiqué, le métier de cultivateur et d’éleveur est difficile et bien peu de citadins le comprennent. Quant aux bobos écolos, qui, je le rappelle, ne sont que des citadins à 99,9 %… c’est à pleurer de rire. Il suffit d’écouter leurs âneries sur la chasse, la vénerie surtout, pour se convaincre de leur redoutable inculture animalière et leur insondable connerie. Qu’ils continuent à siroter leur jus de courgette aux terrasses du 18e arrondissement et nous fichent la paix !

Revenons à la betterave. Pour être tout à fait honnête, une exigence personnelle heureusement partagée, il faut rappeler que ces néonicotinoïdes ne sont pas des produits pulvérisés. Il s’agit en fait de semences plongées préalablement dans de l’argile elle-même imbibée du produit chimique.Ces semences sont donc mises en terre, à 2,5 cm de profondeur, par une machine qui les recouvre de terre immédiatement. Il n’y a donc pas de substance volatile qui infesterait l’air alentour.

La nocivité du produit est malgré tout réelle dans les sols, surtout pour les abeilles, déjà en perdition, et les pollinisateurs en général et ne fait que renforcer ce cycle infernal qui tue la terre tout simplement, obligeant à des engrais chimiques qui eux-mêmes sont nocifs etc. La terre n’est plus qu’un « support » alors qu’à l’origine elle contenait en elle tous les ingrédients naturels nécessaires à la pousse et au développement d’une plante. Aujourd’hui, sans engrais et aliments complémentaires, dans beaucoup d’endroits, la terre n’est plus rien. On doit pourtant casser, et vite, ce cycle infernal et laisser renaître la terre, il y va de notre survie à tous, animaux et plantes.

Il est vraiment regrettable que nos betteraviers et consorts n’aient pas utilisé ces années d’interdiction pour enclencher de nouvelles pratiques. On sait en effet que les coccinelles sont de redoutables prédateurs de pucerons, les mouches cécidomyies également, les syrphes aussi, car toutes trois pondent leurs œufs dans les colonies de pucerons. Très vite ces œufs se transforment en larves qui elles-mêmes se nourrissent de centaines de pucerons par jour. Larves comme adultes ne se nourrissent que de ces pucerons et, développés à grande échelle, ils auraient fait merveille dans les champs de betteraves. Quitte à faire l’impasse, durant une ou deux années, sur 15 ou 20 % de production… petit à petit la nature aurait repris ses droits, mais il faut laisser à une grande convalescente le temps de retrouver ses forces.

Beaucoup de produits naturels s’offrent aux cultivateurs pour lutter contre les prédateurs de cultures, comme le savon noir, le purin d’ortie, la menthe, le thym, faciles à planter, mais aussi le marc de café. Celui-ci pourrait très facilement être récupéré dans tous les cafés de France, lesquels le mettraient dans un container dédié à sa récupération. Question de volonté et d’organisation. Mais cela ne suffit pas. Coccinelles et prédateurs de pucerons ont besoin d’habitats pour l’hiver.Là encore, on a arraché les haies, coupé les arbres. Nos betteraviers avaient deux ans, et même bien davantage s’ils avaient vraiment eu la volonté de changer les choses, pour remettre en place cet habitat en replantant des kilomètres de haies vives, en plantant des arbres, en laissant par endroits des tas de bois, de feuilles mortes, en ne fauchant pas des parcelles d’herbes hautes, qui sont autant d’habitats pour nos insectes auxiliaires !

Mais non, c’est toujours la paresse de changer de pratiques, la peur de perdre trois francs six sous et l’on attend la cata pour agiter le lobby qui exige des dérogations. C’est ce qui s’appelle repousser le problème à l’infini. Affligeant.

Catherine BLEIN.
Éleveur. Conseiller régional de Bretagne

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8 Commentaires

  1. Juste un remarque. La betterave est une plante Bi-annuelle. La première année elle produit la «betterave», et la deuxième année elle utilise les réserves de la betterave pour fleurir et produire des graines.
    Les abeilles ne peuvent pas être touchées par l’insecticide puisqu’il n’y a pas de fleur. La betterave est récoltée à l’automne de la première année. L’interdiction du produit est absurde…

    • @ Francesco Jaja
      Non la betterave ne donne pas de fleurs mais relisez l’article avant de poster votre commentaire.

  2. les bobos écolos… aussi nocifs que les islamogauchistes, merci de cette démonstration

  3. Il faut aussi préciser que l’alcool de betteraves est incorporé dans les essences SP95-10 et SP98-5 ce qui les transforme miraculeusement en carburant vert.
    En oubliant totalement que pour produire un peu de cette liqueur « vertueuse » il a d’abord fallu labourer les champs en brûlant du gas-oil, semer en brûlant du GO, traiter les cultures en brûlant du GO, irriguer les champs à l’aide de motopompes au GO, arracher des millions de tonnes de betteraves avec d’énormes machines motorisées diesel, charger la récolte à l’aide de grues diesel dans une noria de semi-remorques carburant au GO et qui vont aller benner dans une cour de sucrerie parfois située à plus de cent kilomètres du champ, dans la cour de la sucrerie/distillerie d’énormes chargeuses diesel vont reprendre les divines tubercules.

  4. Suite :
    Les chargeuses sur pneus transfèrent les betteraves dans des fosses d’où elles sont extraites par des convoyeurs qui les conduisent à un lavoir géant, s’en suit un long procédé énergivore alimenté en électricité partiellement autonome grâce à une centrale thermique à gaz.
    Il ne faut pas oublier que tout ce qui entre dans l’usine (environ 20 à 25000 tonnes par jour pendant 100 à 110 jours de campagne) doit en ressortir sous forme de terre, de cailloux, de pulpes, de mélasse, de vinasse, de sucre et donc d’alcool, le tout transporté par des milliers de camions assoiffés de GO et dans le meilleur de cas par trains à motrice diesel.
    Quel est le bilant carbone de ce carburant vert, sûrement catastrophique !!
    Rien que pour le sucre le ratio prix avec la canne à sucre est de 11/1

    • Ainsi non contant de produire un carburant vert réellement hyper polluant, on va finir par éradiquer les 10 % d’abeilles restantes dans nos campagnes, l’avenir n’est pas rose.
      Et pourtant je suis très loin d’être un adepte du discours écolo, mais là on dépasse les limites de l’entendement.

  5. Une pratique culturale qu’il convient de dénoncer , largement utilisée dans l’agriculture dite « .conventionnelle  » ( l’agro-chimie quoi pour faire simple ) : la monoculture , sur les mêmes parcelles chaque année !
    Pratique qui concentre à la longue , les maladies et les ravageurs .
    Dans les années 50 / 60 , l’agriculture c’était la polyculture : jamais deux années de suite les mêmes plantes cultivées au même endroit .
    Nous ne connaissions pas l’exigence de ces produits chimiques , ni ces engrais de synthèse ( donc chimiques ) .
    Nos anciens se conformaient aux méthodes ancestrales et éprouvées ( et tous les français mangeaient à leur faim : attention ) ; à c’t heure c’est rendements maxi et exportations : la pieuvre financière a lancé ses tentacules sur le monde paysan , conséquence LOA 62

  6. Pour les agriculteurs, les betteraviers, les choses sont simples. Le syndicat bien pensant (Fnsea, ou Fnsja) sont les courroies de transmission du lobby phythosanitaire (Monsanto- Bayer) via Bruxelles et le ministre agricole français. Donc ce n’est pas demain que les choses vont changer …

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