Les nombreuses fatwas du ramadan

Le ramadan, un des cinq piliers de l’islam, est le mois, dit-on, du jeûne, du sacrifice et de la générosité. Mais par-delà cette litanie trompeuse, c’est un mois où les affaires marchent très bien, où les consommateurs s’adonnent aussi à cœur joie à une vie nocturne festive qui laisse les estomacs très surchargés.

Les premiers à se réjouir du ramadan  sont les télécoranistes, les télémuftis (1) et les téléoulémas  accrédités, qui sont payés grassement par les chaînes satellitaires des pays du Golfe, notamment al-Jazeera et al-Arabiyya.

C’est la saison à la fois d’une énorme bouffée de piétisme et d’une bouffe pantagruélique qui vient clore le jeûne du jour (iftaar) et précéder le jeûne du lendemain (sahour). Ce jeûne qui dure un mois lunaire commence au lever du soleil et se termine au coucher du soleil. C’est le mois où le pieux musulman doit s’interdire aussi tout rapport sexuel (complet) pendant le jeûne. Le mois se termine par l’observation de la lune de Shawwâl qui indique le début du mois lunaire suivant et  fixe la fête du Fitr (fête du « manger », soit la fête de la rupture du jeûne). 

Si la finalité du jeûne prescrit par les hommes de religion est la piété et le bienfait sur la santé, ces deux buts sont-ils la quête des fidèles ? En effet, si cette période de jeûne est faim et soif, elle est aussi mensonge, spectacle, apathie, débauche, complications digestives (S.O.S estomac), ralenti économique et avidité de gain de la part des commerçants exploiteurs. Le ramadan peut passer et repasser, les musulmans continuent de s’empresser dans les souks et les mosquées alors que leurs actions peuvent être loin de la pureté, de la piété et de la santé. Alors, à quoi bon jeûner ?    

Le ramadan est aussi la saison des questions que les jeûneurs désemparés adressent dans tous les médias pour que les savants en religion les tirent de leur embarras et les guident sur le chemin du bon jeûne. Car tout musulman veut chercher à appliquer à la lettre les prescriptions de sa religion. Comme ce sont les oulémas, et eux seuls,  qui maitrisent toutes les données du savoir-jeûner sans offenser le Très-Haut et  qui sont le trait d’union direct avec Allah qui réside dans le ciel, ils sont à la disposition des fidèles pour leur garantir un jeûne régulier qui plaise à Allah et qui garantirait la janna (le paradis) aux fidèles respectueux du ramadan.

Les musulmans se mettent en quête de réponses faciles et toutes prêtes. Ils se soumettent ainsi aux hommes de religion dont le rôle prend des proportions extravagantes. Ces oulémas deviennent les maîtres à penser des fidèles qui sont réduits au statut de moutons de Panurge. 

Pourquoi ces dizaines de chaînes satellitaires, ces centaines de stations radiophoniques, cette armée de muftis, ces brochures par millions alors qu’on claironne que  l’islam est une religion facile ? 

Si on écoute, si on lit ces fatwas ramadanesques, on a du mal à garder son sérieux : beaucoup de ces questions sont niaises, voire idiotes, et les réponses des muftis le sont encore plus.

Faites en ma compagnie un tour d’horizon de quelques unes de ces fatwas.

Toute question adressée au mufti commence par un remerciement anticipé du style  « Qu’Allah vous gratifie par le bien » ou « Qu’Allah prolonge votre vie, ô cheikh (2) » et la réponse aura toujours comme préambule : « Louange à Allah » ou « Que la paix, le pardon et la bénédiction d’Allah soient sur vous» ou «Grâce à Allah l’Unique, la prière et la paix à Celui qui n’a pas d’autres prophètes après Lui, à sa famille et à tous ses compagnons » et sera suivie du corps de la réponse avec des bribes de citations de hadiths (3) pour légitimer la réponse ou les attendus. Ces citations sont rarement en accord explicite avec la question. Les muftis procèdent aussi par analogie et terminent très souvent leur avis par : « C’est Allah qui sait le mieux » (والله أعلم). Humilité ou esquive ?        

Quels sont les sujets abordés par les jeûneurs ? Outre les questions relatives à l’âge et aux circonstances à partir desquelles le respect du jeûne s’impose, c’est surtout ce qui risque de rompre le jeûne qui inquiète le plus le jeûneur. Car la rupture du jeûne doit être compensée par l’affranchissement d’un esclave, le remplacement des jours de jeûne manqués, une offrande expiatoire (donner à manger à 60 pauvres, faire des dons en nature,  etc …).

Il y a d’abord tout ce qui pourrait pénétrer dans le corps et parvenir à l’estomac.  

Par exemple, avaler sa salive ne rompt pas le jeûne ; par contre, s’il s’agit d’un crachat, donc d’une substance impure, s’il est avalé, il rompt le jeûne. Si la salive est avalée lors de l’utilisation d’un cure-dents (السواك) parfumé au citron ou à d’autres parfums, cela rompt le jeûne.

Dans le cas des vomissements,  les muftis distinguent le vomi qu’on peut arrêter et le vomi en jet. Ils conseillent de rester « neutre » (sic). Le vomissement volontaire rompt le jeûne. Avaler le vomi rompt également le jeûne.

Le déodorant buccal utilisé par le jeûneur est permis ; cependant les muftis rappellent que l’odeur de bouche du jeûneur ne doit pas être détestée car elle est l’expression de l’obéissance à Allah et elle est appréciée de Lui. Allah la « préfère même à l’odeur du musc ».

Le saignement de nez ne rompt pas le jeûne ; par contre les règles, les suites de couches et la saignée dispensent du jeûne car il y a souillure.

Le rouge à lèvres est accepté s’il ne couvre que la partie extérieure des lèvres. Mais les muftis ignorent-ils que la partie des lèvres destinée aux rouge à lèvres fait partie de la muqueuse buccale donc de l’intérieur de la bouche et que la plupart du temps le rouge est avalé. Le fard non plus ne rompt pas le jeûne.

Ensuite il y a tout ce qui a trait à la vie sexuelle.

Si les premières règles surviennent en plein mois du ramadan, la jeune pubère doit commencer le jeûne dès la fin des règles.

Embrasser son épouse et la caresser sans rapport sexuel ne rompt pas le jeûne …

Pour un rapport sexuel après le lever du soleil un jour de ramadan, on doit s’acquitter de cette faute par l’affranchissement d’un esclave ou par un jeûne de 2 mois consécutifs et en cas d’impossibilité, il faut nourrir 60 pauvres. La femme consentante a la même peine, sauf si elle est obligée de subir ce rapport. Les muftis se prononcent sur les rapports sexuels avec des détails saugrenus de centimètres pour distinguer les rapports  complets des rapports incomplets … La décence m’oblige à une certaine réserve …

La masturbation un jour de jeûne exige de réclamer le pardon à Allah. Le jeûne ainsi rompu  sera compensé par un autre jour de jeûne. 

La pollution nocturne ne rompt pas le jeûne car elle survient sans que le jeûneur soit consentant. Mais il doit se laver de cette souillure (janaba). A la question de savoir si deux pollutions nocturnes ou plus  imposent de se laver plusieurs fois, les muftis répondent qu’une seule fois suffirait en se référant, par analogie, au hadith rapporté par Mouslim transmis par Anas (309) : « Le Prophète faisait le tour de ses femmes et se lavait une seule fois » (أن النبي صلى الله عليه وسلم  كان يطوف على نسائه بغسل واحد …).

Pour celui ou celle qui commet l’adultère alors qu’il est lié par un lien de mariage (muhassan), la peine sera la lapidation, alors qu’un célibataire recevra seulement  100 coups de fouet et on lui infligera un bannissement d’un an.

Enfin il y a tout ce qui concerne la vie quotidienne.

Afin de parer à toute tricherie et pour éviter les tentations, les muftis conseillent aux  futurs mariés de ne consommer le mariage qu’après le mois du ramadan. C’est ainsi qu’un jeune couple a fait plus de 90 km pour avoir le statut de voyageurs et pour se permettre d’échapper au jeûne.

La musulmane qui, pendant le ramadan, provoque ses règles par des médicaments ou « en portant des charges lourdes » (sic) pour éviter le jeûne, est fautive.

Lorsqu’il s’agit d’une question d’observance du jeûne par un malade, le mufti interroge deux médecins, musulmans bien sûr, afin de s’enquérir de la réalité des  risques qu’encourt le malade, de le dispenser éventuellement du jeûne et de lui fixer la façon de s’en acquitter.

Les injections médicamenteuses sont de deux sortes : celles qui traitent ne rompent pas le jeûne, celles qui nourrissent rompent le jeûne. Les pulvérisations nasales ne rompent pas le jeûne sauf si le produit parvient à l’estomac. De même pour les gouttes dans les yeux et les oreilles. Les lavements et les injections vaginales ne rompent pas le jeûne car ils ne sont pas destinés à alimenter la personne. Par analogie, les suppositoires et les comprimés vaginaux qui ne sont pas destinés à nourrir, de même que  les doigts (sic)  du médecin lors d’un examen vaginal ou rectal, non plus.

Les patchs à la nicotine ne rompent pas le jeûne. Mais fumer rompt le jeûne.

L’endoscope qui explore l’estomac ne rompt pas le jeûne car il n’est pas destiné à nourrir, de même le spray qui enrobe la tubulure. Il en sera de même pour les anesthésies et les séances de rein artificiel.

La natation est autorisée pendant le ramadan à condition que le nageur veille à ne pas  avaler d’eau.

La femme devant son fourneau est autorisée à goûter le plat à condition de ne pas avoir l’intention d’avaler. Dans ce cas, son jeûne n’est pas rompu.

Le musulman qui voit un autre musulman manger et boire par oubli doit lui rappeler le devoir de respecter le jeûne. En réalité, toute la société musulmane est en état de vigilance pour traquer les récalcitrants au jeûne car ils sèment le mauvais exemple. 

Enfin, la rupture du jeûne survient, même, si au début du jeûne, le musulman a eu l’intention de rompre le jeûne et ne l’a pas rompu. « Car les actions sont dans les intentions ».

Pour en référer à l’actualité politique, notons que les jihâdistes au Mali, en Syrie et ailleurs sont dispensés du jeûne.

Si ces conseils juridiques parviennent à calmer les angoisses de nos frères musulmans, je conseille cependant, aux mécréants tentés de se convertir à l’islam  de bien réfléchir au moment de leur conversion. Qu’ils évitent surtout  de choisir un milieu de journée du ramadan car la loi divine les contraint à commencer immédiatement leur jeûne ramadanesque, car, attention, il n’y a pas de place pour  l’improvisation ni pour le libre exercice de sa conscience … 

Bernard DICK

(1)  Mufti : religieux qui émet des avis juridiques sur le droit islamique

(2)  Cheikh (vieux) : Il s’agit ici d’homme de religion

(3) Hadith : partie d’un recueil de faits et gestes de Mahomet (700.000,  dit-on)  rapportés par une chaîne de transmetteurs plus ou moins fiables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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