Les notes de Tocqueville sur le Coran

Publié le 7 novembre 2011 - par - 1 848 vues
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Après avoir publié sa deuxième lettre d’Algérie en 1837 (http://ripostelaique.com/tocqueville-et-lalgerie.html), Tocqueville décide qu’il ira prendre directement le pouls du pays, en se rendant un jour sur place. Ce qu’il fera en mai 1841. Pour préparer ce voyage, il prend alors des notes sur le Coran en mars 1838, afin de s’imprégner plus encore de la culture arabo-musulmane. Ces notes sont divisées en chapitres, qui suivent les sourates du Coran. Ces annotations sont des phrases courtes, qui n’ont aucune liaison entre elles (Tocqueville, précurseur de Twitter ?). Mais ne vous y trompez pas : dans ces phrases on retrouve tout l’esprit d’analyse et de synthèse du grand penseur. Sans les prendre pour paroles d’évangile, l’objet de cet article est de mettre en exergue les notes qui résonnent encore fortement avec l’actualité d’aujourd’hui.

« Encouragement, préceptes pour la guerre sainte. »
C’est la première note prise par Tocqueville. Cela en dit long sur sa perception de l’essence même du Coran. Il explique à son cousin Louis de Kergolay parfaitement pourquoi : « La doctrine que la foi sauve, que le premier de tous les devoirs religieux est d’obéir aveuglément au prophète ; que la guerre sainte est la première de toutes les bonnes œuvres… toutes ces doctrines dont le résultat pratique est évident se retrouvent à chaque page et presque à chaque mot du Coran. » Tocqueville nota donc à de nombreuses reprises ce genre de phrase sur la guerre sainte. Celles qui sont commentées ci-dessous en sont une petite sélection.

« Sainteté de la guerre sainte, encouragée à la fois avec énergie et violence. »
C’est à n’en pas douter l’une des raisons qui explique le nombre d’actes terroristes islamistes à travers le monde (pour rappel, plus de 17 000 depuis le 11 septembre 2001). Pour de nombreux islamistes, le terrorisme n’est en effet qu’une forme comme une autre de guerre sainte. En effet, un verset du Coran dit «O vous qui croyez ! Prenez garde ! lancez-vous [en campagne] par groupes clairsemés ou lancez-vous en une masse !». Les groupes terroristes se considèrent ainsi comme les « groupes clairsemés » de la guerre sainte. Une guerre sainte encouragée à de maintes reprises dans le Coran, avec énergie et violence nous dit Tocqueville. Et il faut bien comprendre que pour le Prophète, il n’y a rien de mal à cela, bien au contraire ! Croire l’inverse, c’est un peu comme s’imaginer que Jean Moulin pouvait condamner les actes terroristes de la Résistance Française en quarante…

« Magnifique récompense pour ceux qui meurent les armes à la main. »
On sait bien que l’on promet aux kamikazes islamistes maintes récompenses religieuses pour s’être fait exploser. Notamment les fameuses soixante-douze vierges en tant que martyr de l’Islam.
Les kamikazes se considèrent en effet comme des martyrs, mais aussi comme des combattants mourants les armes à la main. En oubliant au passage que l’Islam condamne le suicide en toute circonstance, ainsi que tout acte portant atteinte à l’intégrité de son corps. Tocqueville nota d’ailleurs la « prohibition du suicide » dans le quatrième chapitre. Mais Mahomet n’avait certainement pas imaginé qu’on puisse avoir un jour l’idée de mener la guerre sainte par l’intermédiaire d’une pratique aussi absurde, lâche, et si peu virile. Il n’a donc pas condamné explicitement cette pratique dans le Coran. Les kamikazes estiment profiter d’une sorte de « vide juridique », ce que la plupart des savants de l’Islam contestent. Dans le quatrième chapitre, Tocqueville a aussi noté la « Défense de tuer les croyants. ». C’est une autre contradiction des kamikazes, qui considèrent que des musulmans peuvent faire partis des « dégâts collatéraux », voire même qu’ils peuvent être directement visés. De toute évidence ils ont tort, mais il est vrai qu’ils se permettent, en plus, d’interpréter le Coran comme bon leur semble…

« Si le sort des armes fait tomber entre tes mains ceux qui violent le pacte qu’ils ont contracté avec toi, effraye par leur supplice ceux qui les suivent »
Le Coran comporte de nombreux versets versants dans l’appel à la torture à l’encontre des infidèles, des Juifs, des Chrétiens, etc. Des tortures adaptées en fonction du pêché, et décrites assez clairement. Tocqueville nota par exemple celle-ci : « Ceux qui entassent l’or dans leur coffre et refusent de l’employer pour la foi subiront des tourments douloureux. Cet or rougi dans le feu de l’enfer sera appliqué sur leurs fronts, leurs côtés et leurs reins, et on leur dira :  » Jouissez maintenant de votre trésor » ». Au passage, voilà peut-être une des raisons pour lesquelles les monarchies du golfe financent autant l’islamisme à travers le monde : la peur d’être accusé d’entasser de l’or dans leur coffres, sans l’employer (un tant soit peu) pour la foi. Si vous croyez que « le feu de l’enfer » est symbolique et doit être pris au premier degré (si l’on peut dire), voici un verset plus explicite : « on taillera des vêtements de feu pour les incroyants, on leur versera de l’eau bouillante sur la tête, leurs entrailles et leur peau en seront consumées ».

« Peinture toute physique du paradis. »
Il suffit de lire ce verset pour s’en convaincre : « Ceux-là sont les Proches du Seigneur dans les jardins de la Félicité, – multitude parmi les Premiers, et petit nombre parmi les Derniers ! – sur des lits tressés s’accoudant et se faisant vis-à-vis. Parmi eux circuleront des éphèbes immortels, avec des cratères, des aiguières et des coupes d’un limpide breuvage dont ils ne seront ni entêtés, ni enivrés, avec des fruits qu’ils choisiront, avec de la chair d’oiseaux qu’ils convoiteront. Là seront des Houris aux grands yeux, semblables à la perle cachée, en récompense de ce qu’ils faisaient sur la terre. Ils n’y entendront ni jactance ni incitation au péché, mais seulement, comme propos : « Paix ! Paix ! » Les Compagnons de la Droite seront, parmi des jujubiers sans épines et des acacias alignés, [dans] une ombre étendue, [près d’] une eau courante et de fruits abondants, ni coupés, ni défendus, [couchés sur] des tapis élevés [au-dessus du sol], [des Houris] que nous avons formées, en perfection, et que nous avons gardées vierges, coquettes, d’égale jeunesse, appartiendront aux Compagnons de la Droite, multitude parmi les Premiers et multitude parmi les Derniers ! ». Tocqueville résuma lui-même ceci dans une note « Peinture du paradis : des jardins arrosés par des fleuves, et des houris. ». Dans sa lettre à son cousin, il explique que « Le Coran ne me paraît être qu’un compromis assez habile entre le matérialisme et le spiritualisme. », et que
« Les tendances violentes et sensuelles du Coran frappent tellement les yeux que je ne conçois pas qu’elles échappent à un homme de bon sens. ».

« Racines de l’islamisme dans le judaïsme »
C’est une sorte du tabou chez de nombreux musulmans, mais c’est un fait. Bien sûr chacun sait que « Comme le christianisme, le Coran se rattache sans cesse à toutes les idées de l’Ancien Testament dont il ne se présente que comme une suite.» (autre note de Tocqueville). Mais les interdictions liées à la nourriture, la séparation des sexes, la pudeur face à la chevelure féminine et tant d’autres sont nettement inspirées du judaïsme.

«Il accable sans cesse les juifs et ménage les chrétiens »
Cette remarque Tocqueville peut surprendre. En effet, de nombreux versets du Coran accablent assez gravement les Chrétiens. Il suffit de prendre connaissance du verset suivant, qui est loin d’être le seul dans le genre : « Qu’Allah anéantisse les juifs et les chrétiens ». Voilà bien les juifs et les chrétiens mis sur le même pied d’égalité. N’oublions pas les nombreux versets qui s’en prennent à tous les « infidèles », dont les chrétiens ne font pas moins partis que les juifs : « Jetez l’effroi dans les cœurs des mécréants, frappez-les sur la nuque, frappez-leur les doigts ». Que le Coran accable plus les Juifs que les Chrétiens, certainement. En fait, il faut certainement comprendre la note de Tocqueville comme ceci : Il accable sans cesse les juifs et ménage un tant soit peu les chrétiens.

«Abomination de l’apostasie »
Voilà ce qui explique sans doute pourquoi il est si difficile de demander aux institutions islamiques de renoncer au principe du meurtre des apostats. Voilà sans doute pourquoi Sarkozy n’a pas osé le demander lors de la création du Conseil Français du Culte Musulman. Et pourquoi Tariq Ramadan le condamne du bout des lèvres (et encore, ne serait-ce pas par Taqiya ?). Il est peut-être tout simplement impossible de demander aux musulmans de reconnaître une pratique que Mahomet avait particulièrement en horreur.

« L’aumône, la bienfaisance, la patience, élevées au rang de préceptes. »
Il est connu que les associations et partis islamistes font œuvre de charité auprès des populations pauvres (comme les frères musulmans en Égypte, le Hamas en Palestine…). On présente souvent celle-ci comme une forme de manipulation politique. Mais peut-être que ces associations religieuses suivent tout simplement un précepte religieux important, et ceci de manière désintéressé ? Un désintérêt toutefois à relativiser. Tocqueville parlait de « la partie égoïste » du Coran, c’est à dire de tous ses préceptes (notamment les plus violents) dont la finalité est de renforcer la foi et la propagation de l’Islam. S’il y a désintérêt, ce n’est pas envers l’Islam en tout cas.

« Ne tuez point vos enfants par crainte de pauvreté. Nous vous donnerons la nourriture pour vous et eux. »
A priori ces préceptes sont bons et généreux. Mais l’on peut aussi y voir un encouragement -certainement involontaire – à l’assistanat que ne renierait pas notre gôche. Comme quoi son rapprochement avec l’Islam n’est pas si contre nature que ça (encore un petit effort et les Restos du Cœur deviendront un jour les Restos du Coran). Les pauvres de Gaza ne comptent-ils pas presque exclusivement sur la générosité du Hamas pour subvenir à leurs besoins ? Au-delà de la situation difficile qu’ils vivent et d’une « générosité » qu’ils peuvent difficilement refuser, ne se sentent-ils pas encouragés par le Coran ? Même si l’assistanat n’était sans doute pas l’objectif. Ce dernier était sans doute de montrer que l’Islam a réponse à tout, et règle tous les problèmes.

« Règles sur le divorce. Règles sur l’allaitement des enfants, sur la position et les droits de la femme dans la maison du mari, sur leur dot. »
Comment s’étonner que les premières annonces du CNT Libyen concernant la nouvelle constitution du pays soit l’interdiction du divorce lorsqu’on lit cette note de Tocqueville ? Comment croire le parti islamiste Tunisien quand il dit qu’il respectera le droit des femmes ? Si Ennahda le faisait, il ne respecterait pas correctement la Charia ! Alors peut-être le fera-t-il dans un premier temps pour calmer les esprits (par Taqiya plus exactement), mais il reviendra à n’en pas douter à la charge d’une manière ou d’une autre. « La femme inférieure à l’homme » comme le nota Tocqueville, et les règles régissant le divorce étant clairement édictés par le Coran.

« Permission d’épouser des esclaves dans certains cas. »
Plusieurs passages du Coran font, indirectement, référence à l’esclavage. Non pas comme une pratique à encourager, mais comme une pratique courante, qui fait parti des mœurs. Cela choque au plus haut point aujourd’hui, mais il convient tout de même se projeter 1400 ans en arrière pour comprendre le contexte historique. Mahomet ne condamne pas cette pratique, ne l’encourage pas vraiment non plus, mais il l’entérine en quelque sorte en y faisant ainsi référence. Pour rappel, Jésus n’a lui-même pas fait tellement mieux ! Ces prophètes n’ont tout simplement pas pensé au sort des esclaves, comme s’il s’agissait d’animaux domestiques (ce qui était certainement la vision qu’on avait d’eux à l’époque). Nous trouverions saugrenu qu’on nous reproche le statut que nous accordons aujourd’hui aux animaux domestiques. Mais peut-être que nos descendants le feront un jour (certains écolos le font bien déjà) ? L’humanité progresse, évolue, alors il convient donc de relativiser le passé. « Autre temps, autres mœurs » dit le proverbe. Le problème vient plutôt du fait que les livres révélés sont quant à eux figés dans le temps. Cela dit, aucun pays musulman contemporain, même parmi les plus intégristes, n’a jamais essayé d’entériner l’esclavage au nom de l’Islam (cette pratique existe malheureusement toujours cela dit en terre musulmane). D’autant plus que l’interdiction de l’esclavage n’entre pas en contradiction avec le Coran : on pourrait épouser des esclaves, mais comme l’esclavage est interdit, on ne peut pas. Le tour est joué, on peut respirer !

« Défense de manger du porc, du sang, des animaux étouffés, assommés, tués par quelque chute. »
Vous connaissez l’obligation de manger des animaux égorgés selon le rituel islamique. Tocqueville nous éclaire sur l’interdiction qui est aussi faite de manger des animaux assommés. Or la méthode qui consiste à abattre les animaux en les assommant est désormais la règle chez nous, car c’est la méthode la moins cruelle que nous ayons trouvé aujourd’hui. Les musulmans les plus intégristes ont donc certainement une double réticence à manger la même viande que nous. Mais ne nous y trompons pas : c’est bien le halal qui entre en double contradiction avec notre conception de ce qu’est un abattage correct et fait dans le respect. Car aujourd’hui, en occident, nous avons un certain respect pour les animaux domestiques.

« Le vin, les jeux de hasard et les statues sont des abominations inventées par Satan, abstenez-vous-en. »
Exemples triviaux qui démontrent l’incompatibilité civilisationnelle entre l’Islam et l’Occident. Cela fait plus de 2000 ans que nous considérons que ces choses font partie de la vie courante, et qu’il n’y a aucune abomination à en jouir sans excès. On ne pense pas notamment que trop de statues « tue »…

« Tout ce qui tient à la guerre est précis, tout ce qui tient à la morale, excepté l’aumône, est général et confus ainsi que dans le verset précité. »
Essentiellement en marge de ses notes principales, Tocqueville fait plusieurs commentaires sur les écrits du prophète. Certains, comme celui mis en exergue, pour souligner ce qui prime à ses yeux : la guerre sainte prend le pas sur les préceptes moraux ! On peut rajouter cet autre commentaire : « Comme dans presque tout l’Alcoran, Mahomet s’occupe bien plus à se faire croire qu’à donner des règles de morale. Et il emploie la terreur plus que tout autre mobile. ».
Tocqueville souligne aussi souvent l’habilité rhétorique du prophète : « Lois de succession, avantage des mâles. Mahomet a soin de dire que ces prescriptions sont émanées de Dieu et de promettre le paradis à ceux qui y obéiront ». « Mahomet tire là très habilement d’affaire le prophète en tirant parti du grand écrivain. ». « Il rattache habilement l’islamisme à Abraham ». « (…) C’est ainsi qu’il se tire ordinairement de ce mauvais pas : « Dieu pourrait me les faire faire, mais vous ne croiriez pas davantage » ».
Tocqueville souligne aussi les réinterprétations que Mahomet a parfois fait de l’Ancien Testament : « On voit que Mahomet se rattache toujours aux religions juive et chrétienne et par elles au commencement du monde ». «(…) ce sont des histoires de l’Ancien Testament un peu altérées et des apostrophes aux juifs et aux païens. ». « Il ne sort guère du Décalogue. Il n’y a ajouté que de plus grandes prescriptions de l’aumône ».

CONCLUSIONS

Tous les textes de Tocqueville sur la colonisation algérienne ont été écrits dans un but politique : les lettres d’Algérie pour se faire élire par ses pairs, les rapports dans le cadre de ses mandats. Cela explique peut-être pourquoi on n’y retrouve pas vraiment l’esprit libre du philosophe (mis à par la dénonciation des injustices commises envers les indigènes par l’armée et l’administration). Politiquement, Tocqueville semble donc s’être inscrit dans la pensée unique de l’époque, qui était unanimement favorable à la colonisation. Mais dans ses notes de travail sur le Coran, on retrouve tout le Tocqueville qu’on aime : pertinent, critique, sans tatou et sans concession. Certes, c’est assez logique de la part de quelqu’un qui croyait à la supériorité civilisatrice du christianisme. Dommage que Tocqueville ait arrêté ses annotations au 18e chapitre. Mais sans doute pensait-il qu’il en avait assez lu par rapport au sujet qu’il l’intéressait, à savoir l’Algérie et non l’Islam (d’autant plus qu’il avait écrit à plusieurs reprises que les grandes thématiques revenaient toujours). Certes, deux ans plus tard il reprit des notes sur les fondements de l’Islam, mais il n’a jamais consacré d’ouvrage au sujet (mis à part un rapport sur les établissements coraniques en Algérie). C’est vraiment dommage, car une analyse approfondie de cette religion faite par un tel visionnaire nous aurait certainement encore plus éclairée aujourd’hui. Mais pouvait-il prévoir que l’Islam poserait un jour tant de problèmes à la société française ? Difficilement, car Tocqueville était un visionnaire, pas un prophète.

Stéphane Buret

NB : pour prendre connaissance de l’ensemble des notes de Tocqueville sur le Coran, vous pouvez lire Alexis de Tocqueville Notes sur le Coran et autres textes sur les religions, de Jean-Louis Benoît aux Éditions Bayard.

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